Dossier : La Chine et l'énergie

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Climat : les nouvelles responsabilités de la Chine

La Chine affronte un défi : poursuivre son développement et élever le niveau de vie de 1 380 millions d’habitants, tout en maîtrisant sa consommation d’énergie, la pollution et ses émissions de gaz à effet de serre. Étant devenue la deuxième puissance économique du monde, derrière les États-Unis, elle a une responsabilité dans l’avenir durable de la planète. Enfin, du  fait de son influence historique, ses méthodes influeront sur les chemins de la croissance dans de nombreux pays du monde émergent.

Image prise en mars 2018 à Pékin, un jour de pollution record.
Une rue de Pékin en mars 2018, noyée sous des nuages de particules. La pollution urbaine a incité la Chine à engager une transition énergétique volontariste. ©WANG ZHAO / AFP

Les émissions de carbone

Avec une consommation énergétique fondée à plus de 60 % sur le charbon, la Chine est responsable en chiffres absolus d’environ 28 % des émissions mondiales de CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre..., soit une part comparable à celles des États-Unis et de l’Europe réunies. Mais rapporté à un habitant, ce taux d’émission est estimé à 7,8 tonnes par an (16,1 tonnes pour le citoyen des États-Unis, 6,8 tonnes pour un Européen, 1,9 pour un Indien et 0,9 pour un habitant de l’Afrique sub-saharienne…). La moyenne mondiale est de 4,9 tonnes.

28,9 millions : le nombre de voitures vendues en 2017 sur le marché intérieur chinois.

 

Les émissions chinoises de COdues à la combustion des énergies fossiles, qui étaient stables depuis 2014, sont reparties à la hausse en 2017. La raison principale en est le regain d’activité de son industrie, qui est très dépendante du charbon et a du mal à se convertir à des énergies moins émettrices. Le phénomène n’est pas propre à la Chine. Il a été constaté à l’échelle mondiale, et notamment en Europe, où là aussi les cycles de meilleure croissance économique se traduisent souvent par une augmentation des émissions. 

La volonté de la Chine de décarboner son économie n’est cependant guère mise en doute. Elle a fixé un pic de ses émissions totales de CO « autour de 2030 », c’est-à-dire qu’après cette période elles devraient baisser en chiffres absolus. Elle s’est fixé une part de 20 % d'énergies non fossiles (essentiellement renouvelables) dans son mix énergétiqueLe mix énergétique, ou « bouquet énergétique », décrit la répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour la consommation énergétique d’un territoire... primaire en 2030, contre 7,5 % en 2016.

Plusieurs raisons stratégiques l’y incitent. Mais des difficultés majeures la freinent.

Les facteurs incitatifs

Réduire la pollution. La volonté de « rendre le ciel de nouveau bleu »1, selon la formule utilisée en Chine, est la principale incitation. Le recours massif au charbon et la faiblesse des réglementations environnementales ont provoqué des pollutions de l’air, de l’eau et des sols qui ont atteint des niveaux insupportables pour la population. La montée des classes moyennes, plus exigeantes en matière d’environnement, a créé une pression sociale qui a conduit le gouvernement à agir. L’exploitation des petites mines de charbon a été arrêtée, les centrales polluantes ont été écartées des villes. Selon des études américaines, le nombre de jours de pollution grave à Pékin est passé de 58 en 2013 à 23 en 2017, et la concentration en particules fines a baissé de 32 % en moyenne depuis 2014.

Assurer la croissance.  L’aspiration de 1 380 millions de citoyens chinois, qu’ils soient riches ou pauvres, à une vie meilleure impose à la Chine de maintenir un taux de croissance économique élevé. De 2002 à 2012, le pays a vu son PIB (Produit intérieur brut) progresser à un rythme supérieur à 9 %, avec une pointe à 14,2 %. La croissance a ensuite baissé mais a connu un nouveau rebond en 2017 à 6,9 %. À titre de comparaison, la croissance moyenne en Europe a été en 2017 de 2,5 %. La Chine s’est engagée fortement lors de l’Accord de Paris en décembre 2015 et elle doit donc adopter une transition énergétiqueLa transition énergétique désigne le passage du système actuel de production d'énergie... profonde pour que sa croissance ne soit pas bridée par les impératifs climatiques. Elle accorde une attention particulière à l’« intensité carbone », qui mesure les émissions de CO2 par rapport au PIB2.

Maintenir un leadership. Le président Xi Jin Ping a été, avec l’ancien président américain Barack Obama, un des promoteurs de l’Accord de Paris, acquérant ainsi une forte image internationale. Il a affirmé vouloir continuer dans la même ligne après la distance prise par le président des États-Unis Donald Trump à l’égard des transitions énergétiques.

Les obstacles à surmonter

Remplacer le charbon. La principale difficulté pour la Chine est de développer les énergies capables de se substituer peu à peu au charbon. Ce n’est pas si simple ! Dans certaines provinces, les autorités avaient pris des mesures pour interdire l’usage industriel ou domestique du charbon en préconisant le recours au gaz. Mais les pénuries de gaz et d’électricité provoquées par la forte demande et les limites des infrastructures gazières ont suscité un tel mécontentement que les autorités ont dû revenir sur leurs mesures d’interdiction. Conséquences des pénuries, les prix du gaz se sont envolés dans certaines provinces.

Bien utiliser l’électricité renouvelable. La Chine connaît un peu le même problème que l’Allemagne… Ses plus grands parcs éoliens se trouvent dans le nord du pays, alors que les zones de forte demande se situent sur les côtes est et sud. Or son réseau de transport d’électricité est encore faible. De ce fait, une partie de l’électricité qui pourrait être produite grâce aux nouvelles installations doit être abandonnée :  en 2015, 15 % de l’électricité éolienne et 9 % de l’électricité solaire ont ainsi été « perdues »3.  

La Chine émet autant de COque les États-Unis et l’Europe réunis.

 

Satisfaire la demande automobile. En 2000, la Chine représentait environ 1 % des ventes mondiales de voitures neuves. En 2017, 28,9 millions de véhicules ont été vendus en Chine, soit 30 % des nouvelles immatriculations dans le monde. Sur la même période, la part des États-Unis est passée de 35 % à 20 %, et elle continue de décroître. Même si le marché semble connaître un net ralentissement, la consommation des produits pétroliers s’est envolée, augmentant la dépendance énergétique du pays.

La Chine a parié sur le développement des véhicules électriques. Selon les scénarios de l’AIEL'AIE (IEA en anglais) est une agence autonome au sein de l'OCDE, créée en 1974 lors du premier choc pétrolier... (Agence internationale de l’énergie)4, 1 voiture sur 4 sera électrique en Chine en 2040. Mais les prévisions en ce domaine sont toujours aléatoires. 

 

 

La Chine s’engage dans un marché national du carbone

La Chine a lancé en décembre 2017 un marché national du carbone, une mesure qui pourrait donner une impulsion nouvelle à un mécanisme considéré comme essentiel dans l’action contre le réchauffement climatique : celui de « donner un prix au carbone ». Voir le décryptage "Les mécanismes pour donner un prix au carbone".

L’Europe a été la première région mondiale à mettre en place un tel système qui fixe à des secteurs industriels des plafonds d’émissions et instaure en leur sein un système d’échanges de « permis d’émissions ».

La Chine avait déjà ouvert 7 marchés provinciaux du carbone : 4 villes (Shenzhen, Shanghai, Pékin, Tianjin) et 3 provinces (Canton, Hubei, Chongqing). D’autres marchés locaux se sont développés aux États-Unis (la Californie notamment), au Japon, en Nouvelle-Zélande.

Le passage à un marché national avait été promis par le gouvernement chinois. Il est cependant limité au secteur de l’électricité, en forte expansion et dominé par les grands groupes d’État. La production électrique est assurée à 65 % par le charbon et est responsable de près de la moitié des émissions du pays dues aux énergies fossiles. Le nouveau marché ne couvre pas d’autres secteurs très émetteurs, comme l’acier, le ciment, la chimie, le transport, etc. Cette extension interviendrait ultérieurement, selon les dirigeants chinois.

La mise en œuvre de tels « marchés » est complexe. Le marché européen d’échange de quotas n’a jamais réussi à hausser le prix de la tonne de carbone à un niveau suffisant. Le but de ce système est en effet d’inciter les entreprises à opter pour des méthodes de production moins carbonées afin de ne pas être pénalisées par le coût des permis d’émissions.

 

Sources :

(1) En anglais, “make the skies blue again”.

(2) Selon les autorités chinoises, la Chine a, en 2017, réduit de 46 % son intensité carbone par rapport à son niveau de 2005. Son objectif pour 2030 est une baisse de 60-65 % par rapport à 2005.

(3) Voir l'étude de l’AFD (Agence française du développement)

(4) Étude AIE (en anglais uniquement)