Afrique du Sud : sortir de la dépendance au charbon, engager la transition énergétique

Actualisé le 27.02.2026

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Collège Lycée
Histoire, géographie et géopolitique Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable

Au fil des années, l’Afrique du Sud s’est imposée comme l’une des principales puissances économiques africaines, innovante dans les services numériques. Mais elle traverse depuis plus de dix ans une crise énergétique profonde : son système électrique, largement fondé sur le charbon, est à bout de souffle. Le moderniser implique de lourds investissements et un risque d’explosion sociale. Ne rien changer menace l’industrie, la croissance et les ménages sud-africains. 

La dépendance de l'Afrique du Sud au charbon

Un pays industrialisé mais fragilisé par un système électrique en crise

L’Afrique du Sud reste l’un des pays les plus industrialisés du continent :

  • 88 % de sa population a accès à l’  ;  
  • elle représente près de 30 % de la consommation énergétique africaine, pour seulement 4,6 % de la population du continent (55,4 millions d’habitants) ;
  • son parc automobile est le plus développé d’Afrique (178 voitures pour 1 000 habitants contre 50 en moyenne) ;  
  • le pays est devenu un pôle majeur de la fintech - des startups qui modernisent les services bancaires grâce au numérique - avec plus de 500 entreprises innovantes, contribuant à un dynamisme numérique africain en plein essor.

Un parc électrique vétuste et une dépendance massive au charbon  

Deux faiblesses expliquent la crise énergétique actuelle :

Le saviez vous ?
En 2023, l’Afrique du Sud a connu des coupures d’électricité 335 jours sur 365.
  • Faute d’investissements suffisants, son parc électrique est vétuste. Ses réseaux sont en permanence au bord de la saturation. Face à une demande en forte croissance, la société publique d’électricité Eskom est contrainte à pratiquer de très nombreux délestages. En 2023, le pays a connu des pénuries d’électricité 335 jours sur 365, avec des coupures de courant atteignant 10 heures par jour. Au-delà des problèmes posés aux citoyens, surtout les plus pauvres, cette situation handicape gravement l’activité industrielle, au point de coûter au pays 1 point de croissance annuel. 
86 %
86 % C’est la part du charbon dans la production d’électricité sudafricaine en 2024.
  • Comme la Chine ou l’Inde, l’Afrique du Sud dépend d’une source dominante d’énergie, le charbon, qui a fourni en 2024 86 % de sa production d’électricité. Le pays est le 7ème producteur mondial, détient 95 % des réserves de l’Afrique, et est le 7ème émetteur mondial de CO2.  

Cette dépendance fait du charbon un enjeu à la fois économique, social et politique. 

Un dilemme politique : sécurité énergétique vs transition bas‑carbone  

Le gouvernement sud-africain doit ainsi concilier deux impératifs : d’une part assurer la sécurité énergétique à court terme, d’autre part engager la et réduire les émissions à long terme.

Le plan 2023-2027 vise une transition progressive, en intégrant un volet social crucial : des centaines de milliers d’emplois dépendent encore des mines de charbon. Une transition “juste” est indispensable pour éviter de nouvelles tensions sociales.

Diversifier l’énergie : un défi géopolitique et technique

La diversification des sources d’énergie n’est pas facile pour l’Afrique du Sud. Elle ne produit quasiment pas de pétrole ni de gaz. Pendant la période de l’apartheid, les autorités produisaient des carburants à partir du charbon (par le  ) pour contourner les embargos qui étaient imposés au pays par la communauté internationale.

La situation pourrait changer si les réserves en  , que des études américaines considèrent très vastes, se confirmaient et si le pays décidait de l’exploiter. Le gouvernement a décidé fin 2025 de mettre fin à treize années de gel sur le gaz de schiste, ouvrant la voie à des explorations dans le bassin du Karoo. Comme dans d’autres pays, un débat s’est engagé sur les dangers de la  pour les ressources en eau dans une région qui est semi-aride.

Les énergies renouvelables : un développement encore modeste

Le pays n’a investi dans les   que récemment. Quasiment nulles en 2015, les capacités installées en   et en énergie solaire sont en 2024 respectivement 3 400 MW et 6 700 MW. Le gouvernement s’est fixé un doublement des capacités d’ici 2039. Ce sont des chiffres modestes. À titre de comparaison, dans les pays les plus avancés, les capacités installées du solaire et de l’éolien dépassaient dans chaque secteur la barre des 20 000 MW en 2024.

Les autres pistes : hydroélectricité et nucléaire

L’Afrique du Sud a tenté d’impulser le projet colossal (40 000 MW) du complexe hydraulique du « Grand Inga » en République démocratique du Congo. Sa production pourrait être exportée vers de nombreux pays d’Afrique, au nord et au sud. Mais les négociations autour du projet ont connu de multiples difficultés, notamment sur le financement exorbitant de 80 milliards de dollars. Le “Grand Inga” n’a pas encore démarré.

L’Afrique du Sud exploite déjà la seule   du continent, à Koeberg, près du Cap. Ses deux réacteurs, construits dans les années 1980 (en coopération avec la France), permettent de fournir 5 % de l’électricité du pays. Fin 2025, le gouvernement a décidé d’une relance du nucléaire en prévoyant 5 200 MW supplémentaire. Une nouvelle centrale nucléaire est déjà prévue à Duynefontein, près de la ville du Cap. Le pays prévoit aussi un développement des petits réacteurs modulaires (SMR).

La Just Energy Transition Partnership (JETP) : un soutien international inédit  

L’Afrique du Sud est devenue en 2021 le premier pays au monde à signer la « Just Energy Transition Partnership (JETP) », annoncée lors de la COP26. Cette initiative, portée par un groupe de partenaires internationaux (Union européenne, France, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis), mobilise 9,3 milliards de dollars sous forme de prêts concessionnels, de dons et d’investissements privés.

La JETP ne se limite pas à financer des infrastructures : elle vise à co-construire une transition équitable, en intégrant les enjeux sociaux, la reconversion des travailleurs et le développement économique local.  

Elle reconnaît que les pays africains doivent avancer « à leur rythme » et que la transition doit être compatible avec leurs besoins de développement.

Le modèle sud-africain inspire déjà d’autres partenariats, comme celui signé par le Sénégal en 2023.  

 

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