Dossier : Les défis énergétiques de l’Afrique

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Décryptages

L’ Afrique : le continent de demain ?

Tous les experts sont d’accord : après des années d’évolution assez lente, l’Afrique avance aujourd’hui très vite. Ceci dit, ils se répartissent en deux camps : les afro-optimistes (« ce sera le continent de demain »), et les afro-pessimistes (« les tensions dues à la pauvreté vont s’accentuer »). L’énergie, et notamment l’électrification solaire, a pourtant de telles perspectives devant elle sur le continent qu’elle pourrait faire pencher la balance dans le bon sens. Explications en quelques points clés.

Un habitant de la Planète sur quatre vivra en Afrique en 2050 : un défi mais aussi un formidable potentiel. Ici, un marché à Jimma, en Ethiopie. ©Thinkstock

L’Afrique, moteur de la démographie mondiale

Le nombre d’habitants reste, pour un pays ou un ensemble de pays, un élément de puissanceEn physique, la puissance représente la quantité d'énergie fournie par un système par unité de temps.... La Chine en a été l’exemple. En Afrique, la population approche 1,2 milliard d’habitants (16 % de la population mondiale) en 2015 et devrait doubler d’ici à 2050, pour représenter le quart des habitants de la Planète. Il s’agira de populations jeunes : selon l’Unicef, en 2050, 40 % des enfants de moins de cinq ans dans le monde vivront sur le continent africain1. À ce même horizon, 10 % des naissances mondiales se produiront au Nigeria. Il y aura en revanche un revers à la médaille, l’explosion démographique provoquant un exode rural et un déséquilibre villes/campagnes qui menacera l’agriculture et donc l’alimentation du continent.

Une sous-consommation énergétique mais des besoins exponentiels 

Plus de 600 millions de personnes, soit 2 Africains sur 3, n’ont toujours pas accès à des sources d’énergie modernes. À l’exception de l’Afrique du Sud, la consommation moyenne de l’Afrique sub-saharienne se situe autour de 162 kWh par habitant et par an, alors que la moyenne mondiale tourne autour de 7 000 kWh. En 2015, le continent africain est à l’origine de moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serrePhénomène naturel permettant un accroissement de la température de l'atmosphère d'une planète grâce à la présence de certains gaz.... Mais dans la mesure où ses besoins en énergie vont fortement croître sous l’effet de la croissance économique, de la démographie et de l’urbanisation, la question de son modèle de développement – sera-t-il durable et bas carbone ? – se pose avec acuité.

Le leapfrog (saute-mouton) signifie qu’un système atteint des objectifs avancés en sautant des étapes intermédiaires.

La richesse des potentiels énergétiques

L’Afrique dispose de ressources importantes : 8 % des réserves pétrolières mondiales, 7 % des réserves de gaz, 4 % des réserves de charbon, 10 % du potentiel hydro-électrique, 17 % de l’uraniumMétal gris, très dense et radioactif, l'uranium est un élément relativement répandu dans l'écorce terrestre et l'eau des océans..., 15 % de la géothermieLe terme géothermie désigne à la fois la science qui étudie les phénomènes thermiques internes au globe terrestre..., 38 % de l’éolien, 300 jours de soleil par an en moyenne (selon des chiffres cités à la réunion Energy Trilemma Summit à Addis Abbeba en 20152). Voir le décryptage « Un potentiel énergétique énorme et varié ». 

Un passage direct vers un système bas carbone ? 

L’importance du potentiel en sources d’énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide..., et la prise de conscience mondiale des enjeux climatiques, conduisent certains experts à considérer que l’avenir énergétique de l’Afrique ne ressemblera pas à celui des pays développés mais passera directement à un système d’énergie bas carbone. Selon les estimations communiquées début 2016, par le directeur de la Banque africaine de développement (BAD), le Nigérian Akinwumi Adeesina, la hiérarchie entre les énergies renouvelables sur le continent s’établirait comme suit : 11 000 GW de solaire, 350 GW d’hydro-électricité, 110 GW d’éolien, 15 GW de géothermie3.

25 % : la part probable des Africains dans la population mondiale en 2050.

La chute des prix des matières premières 

L’Afrique est riche en ressources naturelles mais ne peut compter seulement sur celles-ci pour asseoir son développement économique. Outre le pétrolePétrole non raffiné., dont le cours est passé de niveaux supérieurs à 100 dollars le barilUnité de mesure de volume de pétrole brut qui équivaut à environ 159 litres (0,159 m3)... à la mi-2014 jusqu’à moins de 30 dollars en janvier 2016, de nombreux minerais (or, cuivre, manganèse, phosphates) ou productions d’origine végétale (oléagineux, café, coton) ont vu leurs cours chuter. La cause principale en est le ralentissement de la croissance, tout particulièrement en Chine, l’un des meilleurs clients des richesses de l’Afrique. Ces baisses sont à la fois un risque – moins de revenus, donc moins d’investissements nationaux – et une opportunité au sens où elles constituent une incitation à la diversification économique et à s’inscrire dans les chaînes de valeur de la production mondiale et donc à attirer des investissements extérieurs.

Le leapfrog 

De nombreux économistes pensent que les pays africains bénéficieront du mode de développement appelé en anglais leapfrog (saute-mouton), qui permet d’atteindre des objectifs avancés en sautant des étapes intermédiaires que les pays développés ont pu connaître par le passé. Un exemple est celui du téléphone : le continent africain n’est pas passé par la téléphonie fixe avant de connaître un essor exceptionnel du mobile (près de 500 millions d’utilisateurs pour 1,2 milliard d’habitants). La production d’énergie solaire délocalisée peut contribuer puissamment à l’électrification de l’Afrique, en limitant la nécessité de construire des réseaux de distribution électrique alimentant chaque village. Voir le décryptage « L’électrification : les espoirs d’une révolution solaire ». 

 


Sources :

(1) Rapport UNICEF 

(2) Conseil mondial de l’énergie

(3) Interview à Jeune Afrique – L’Afrique en 2016 – Numéro hors-série 4