Dossier : L'énergie en France

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Les émissions de gaz à effet de serre en France

La France fait partie des « bons élèves » de l’Union européenne en matière d’émission de gaz à effet de serre. Cette situation est due essentiellement à la mise en place il y a plus de 40 ans de sa forte capacité nucléaire qui permet une production électrique à faible émission de gaz carbonique (CO2). L’Europe elle-même est une région mondiale où les émissions ont fortement baissé depuis 1990, avec cependant une reprise à la hausse en 2017.

Image du "One Planet Summit", organisé à Paris en décembre 2017 pour relancer l'action internationale contre le réchauffement climatique.
La France a organisé en décembre 2017 un sommet sur le climat, le "One Planet Summit", en présence de 50 dirigeants mondiaux.
©ERIC FEFERBERG / AFP

La France a émis à elle seule, en 2015, l’équivalent de 457 millions de tonnes de CO(457 MtCO2eq)1. L’« empreinte carboneL’empreinte carbone (ou inventaire GES) d'un produit (bien ou service) est l'un des outils destinés à mesurer l’impact des activités humaines... », qui tient compte des émissions relatives à la production et au transport des biens importés de l’étranger, notamment d’Asie, est nettement plus élevée (678 Mt de CO2eq).

5,1 tonnes : la quantité de COémise chaque année par un citoyen français (9,6 tonnes par un Allemand).

En 2015, un citoyen français émet en moyenne 5,1 tonnes de CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... par an, sur la seule base des activités nationales, alors qu’un Britannique en émet 6,2 et un Allemand 9,62. Les Belges, les Néerlandais, les Espagnols, les Italiens émettent davantage, par individu, que leurs voisins français. La moyenne de l’Union européenne se situe à 6,8 tonnes.

À titre de comparaison, la moyenne des émissions de CO2 par habitant dans le monde est de 4,9 tonnes, avec de très fortes disparités : 16,1 tonnes pour le citoyen des États-Unis, 7,8 pour un Chinois, 1,9 pour un Indien et 0,9 pour un habitant de l’Afrique sub-saharienne…

Un mouvement de baisse interrompu

En France comme dans toute l’Europe, les émissions de GES ont clairement baissé au cours des 25 dernières années : -16,4 % pour la France sur a période 1990-2015, avec d’abord une période de quasi stabilité pendant 15 ans puis une baisse sensible sur la période des dix dernières années. 

Toutefois, ce mouvement de baisse s’est enrayé depuis 2015. Selon les dernières estimations européennes3, les émissions de CO2provenant de la consommation d’énergie ont augmenté de 1,8 % dans l’Union européenne en 2017 par rapport à 2016. Le phénomène n’est pas spécifique à la France et à l’Europe. Il est enregistré depuis deux ans dans le monde entier.

En France comme dans toute l’Europe, les émissions de gaz à effet de serre ont légèrement remonté en 2015 et 2016.

Si elle se confirme, cette évolution ne sera plus en ligne avec les objectifs de la « stratégie nationale bas carbone »4 de la France. Celle-ci vise une réduction de 40 % en 2030 par rapport à 1990.À plus long terme, en 2050, la France espère atteindre 75 % de réduction de ses émissions par rapport à la période préindustrielle (ce qu’on appelle le « facteur 4 »). 

Ce rebond provient de plusieurs facteurs : 

  • Les fluctuations de la croissance économique influent sur les émissions. Les cycles de hausse se traduisent par une croissance des consommations tandis que les crises les réduisent. La baisse des émissions de 2008 à 2015 a été en grande partie due au ralentissement mondial tandis que le nouveau mouvement de hausse de 2016 peut correspondre à la reprise économique européenne et mondiale.
  • De nombreux facteurs conjoncturels influent sur les émissions. Les conditions climatiques, avec des hivers plus ou moins froids, ont un effet sur les émissions du secteur de l’habitat. Les faibles prix du pétrolePétrole non raffiné. incitent à la consommation. La maintenance des réacteurs nucléaires peut affecter plus ou moins la production du parc.

Il convient de ne pas surinterpréter des signaux d’une année sur l’autre. Ce qui est important sont les évolutions sur le long terme.

Les émissions selon les secteurs

Le secteur le plus émetteur en France est celui des transports (29 %), devant le résidentiel et le tertiaire (16,5 %)5. L’industrie manufacturière et le bâtiment sont responsables de 11 % et l’industrie de l’énergie de 9,2 %. Ce dernier chiffre est beaucoup plus bas que la moyenne européenne (28 % des émissions), en raison de l'importance de la production électrique nucléaire en France. Le secteur électrique est en effet très peu émetteur de CO2 :  7 % des émissions totales, quatre fois moins que la moyenne européenne.

En France, dans la décennie à venir, l’industrie de l’énergie gardera la même part dans les émissions totales. L’industrie manufacturière sera appelée à poursuivre ses efforts. Mais c’est surtout dans le secteur des transports et dans celui du résidentiel tertiaire que l’effort doit porter. Si la France ne veut pas manquer son rendez-vous de 2030, elle doit réduire de 30 % les émissions des transports et de plus de 50 % les émissions du résidentiel-tertiaire.

 

 

Sources :

(1) Il s’agit d’« équivalent CO2» : les émissions du CO2lui-même s’élèvent à 336,6 Mt, devant le méthane (CH4) avec 58,9 Mt et le protoxyde d’azote (NH4) avec 41,3 Mt. À noter aussi que les émissions de GES ne sont que de 421 MtCO2eq en incluant l’UTCF (utilisation des terres, leurs changements et la forêt). Les émissions liées à l’UTCF sont négatives, dans l'UE comme en France, grâce à la croissance de la forêt.

(2) Chiffres clés du climat, France, Europe et Monde, Datalab, Édition 2018

(3) Source eurostat

(4) Suivi de la Stratégie Nationale Bas-Carbone, Ministère de la transition écologique et solidaire

(5) Chiffres clés du climat, France, Europe et Monde, Datalab, Édition 2018