Île de la Réunion : vers une autonomie énergétique

Publié le 21.02.2018
Lycée
Histoire, géographie et géopolitique

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La Réunion, l’une des cinq régions françaises d’outre-mer1, est une île de l’océan Indien, au climat tropical, sur la route des cyclones. Trois fois plus petite que la Corse, c’est une île volcanique, avec un des volcans les plus éruptifs du monde, le piton de la Fournaise. L’activité économique est concentrée sur les côtes où se situent les villes de Saint-Denis, le chef-lieu, et Saint-Pierre. En raison d’un fort taux de natalité, la population de l’île est passée de 600 000 en 1990 à 850 000 en 2015. Poussée par cette croissance démographique et par un fort développement touristique, la consommation énergétique a progressé de 40 % depuis l’an 2000.

Photo d'un petit parc photovoltaïque dans l’île de La Réunion.

Une forte dépendance aux énergies fossiles

Comme la plupart des territoires d’outre-mer, La Réunion est largement dépendante des importations de produits fossiles2. Sur les 1 427 kilotonnes d'équivalent pétrole (ktep)  de consommation d’énergies primaires en 2016, 1 236 sont importés : 70  % d’hydrocarbures et 30 % de charbon. Celui-ci, en provenance d’Afrique du sud, est utilisé pour la production d’électricité.

Hormis le utilisé pour les centrales électriques, l’essentiel des carburants est destiné au transport, à 71 % pour le routier, à 28 % pour l’aérien. Le centre très montagneux conduit à une circulation essentiellement littorale, très encombrée, avec des transports en commun peu développés. La consommation dans le secteur routier n’a cessé d’augmenter depuis 2000, passant de 322 ktep à 442 ktep en 2016. Au sein de cette consommation, la part du est passée de 56 à 78 %.

L’électricité (253 ktep de production en 2016) est assurée à 39 % par le charbon et à 27 % par le fioul lourd et le  .

Sur l’île de La Réunion, certaines centrales thermiques associent charbon et bagasse pour produire électricité et chaleur.

Les ressources locales

La , l’eau et le soleil assurent à l’île tropicale ses faibles ressources locales énergétiques : 191 ktep, soit 13 % de ses besoins.

En matière d’énergies primaires, ces ressources locales sont assurées pour plus de la moitié par la bagasse, le résidu fibreux du broyage de la canne à sucre. Elle est utilisée, comme au Brésil, pour produire de la pour le résidentiel tertiaire et l’industrie sucrière ainsi que de l’électricité.

L’énergie solaire, moitié photovoltaïque, moitié thermique, a maintenant dépassé l’énergie hydraulique (43 ktep contre 40 ktep). Cette dernière, grâce aux grandes usines de Takamaka et Rivière de l’Est, est présente depuis des décennies, mais avec une grande variabilité selon les années en raison de la pluviométrie irrégulière.

L’hydraulique représente 16 % de la production électrique, la bagasse 8 %, le solaire photovoltaïque 8 % et les autres (éolien, , etc) 2 %. Ce taux de 34 % de pénétration des énergies renouvelables dans la production électrique est stable depuis 2005, leur augmentation ayant été absorbée par la croissance des besoins.

Les objectifs

Dans ce contexte, l’objectif prioritaire est de réduire le taux de dépendance énergétique de l’île, c’est-à-dire le rapport entre les ressources locales et la consommation totale d’énergies primaires (importations comprises). Ce taux de dépendance tourne depuis 2005 autour de 87 %3.

Sous l’impulsion de l’État et des instances locales, un « plan climat-énergie » a été adopté en décembre 2014, confirmé lors de la programmation pluriannuelle de l’énergie en décembre 2016.4 Les objectifs sont :

  • d’atteindre 50 % d’énergies renouvelables dans le en 2020 et de tendre vers l’autonomie énergétique en matière d’électricité en 2030 ;
  • de réduire de 10 % le volume d’importation des carburants fossiles en 2020 ;
  • d’améliorer l’ de 10 % en 2020 et de 20 % en 2030 en agissant notamment sur la consommation des logements et des établissements publics.

Les moyens d’action

Transports – Le programme pluriannuel pour La Réunion préconise de développer les transports en commun, d’installer des téléphériques, d’accroître la mobilité électrique au niveau des flottes d’entreprises et de la logistique du dernier kilomètre, et d’accentuer les actions de communication pour sensibiliser les usagers. Il est à noter que la dépendance à l’égard des importations fait que les coûts réels des carburants sont élevés. Mais , les règles de la solidarité nationale font que des prix de vente maximum sont fixés pour les différents carburants, en cohésion avec ceux de la métropole5.

Energies renouvelables – Il existe peu de sites naturels encore exploitables pour l’énergie hydraulique et seules quelques extensions d’ouvrages existants et des unités de très petite taille sont envisagées. L’éolien est très modeste en raison de régimes de vent très irréguliers et d’un environnement protégé (La Réunion est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco). Le solaire est donc une priorité, notamment dans une utilisation locale. Avec une capacité installée de 165 MW, il a augmenté de 44 % entre 2011 et 2015. Il devrait s’accroître de 20 MW d’ici 2018 et de 30 MW en 2023. Mais là aussi, le manque d’espace interdit de grands parcs. La centrale de Bardzour (9 MW) est associée à des serres de maraîchage. Des systèmes de micro-grids ont été installés dans les endroits les plus isolés, comme le Cirque de Mafate, atteignable à pied ou par hélicoptère, où vivent 300 familles. Le solaire thermique est développé pour l’usage domestique (135 000 chauffe-eau solaires équipent près d’un logement sur deux).

Malgré le caractère volcanique de l’île, il n’y a aucune installation géothermique. Des études sont en cours pour localiser des ressources en dehors du périmètre du patrimoine mondial de l’Unesco.

86,6 % :
le taux de dépendance énergétique de La Réunion en 2016

Les recherches avancées

Concernant les énergies marines, un prototype à terre pour capter l’énergie thermique de la mer a été installé à Saint-Pierre. C’est l’un des trois bancs d’essais de cette technologie à l’échelle mondiale.

Une batterie sodium-soufre, d’une capacité de stockage de 1 MW, a été installée en 2010 sur la commune de Saint-André. Un parc de batteries d’un total de 5 MW est prévu. Comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France veut développer des capacités de stockage (hors hydraulique) pour mieux gérer l’intermittence du solaire et de l’éolien et vise un objectif de 100 MW d’ici 2020. Les îles françaises pourraient à elles seules assurer la moitié de cet objectif.

Sources :
  1. La France compte 5 départements et en même temps régions d’outre-mer (DROM) : Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte. Elle a 5 collectivités d’outre-mer (COM) : Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Wallis et Futuna, la Polynésie française. La Nouvelle-Calédonie est une collectivité dite sui generis. Les « Terres australes et antarctiques françaises » sont administrées depuis La Réunion. L’îlot de Clipperton est sous l’autorité directe du gouvernement français.
  2. Voir le bilan énergétique
  3. À titre de comparaison, il est de 82 % en Guyane, de 87,5 % en Corse, de 88 % en Guadeloupe, de 94 % en Martinique.
  4. Voir le Plan Climat-Energie et la PPE 
  5. Au 1er janvier 2018, les maxima étaient de 1,12 euros/litre pour le gazole, de 1,43 pour l’essence sans plomb - Voir le site officiel

 

Économie et politiques énergétiques

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