Dossier : L’Inde et l’énergie

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Décryptages

L’Inde et le charbon : la difficile transition énergétique des pays en croissance

L’Inde a engagé un impressionnant programme d’énergies renouvelables. Mais sa consommation de charbon va continuer à croître dans les années à venir. C’est l’illustration de la difficulté à engager une transition énergétique quand la croissance économique, la pression démographique et l’émergence des classes moyennes font que toutes les sources d’énergie sont nécessaires.

Un ouvrier casse du charbon manuellement dans une exploitation près d'Allahabad, dans le grand état de l'Uttar Pradesh (nord de l'Inde). ©DIPTENDU DUTTA / AFP

Avec 1,3 milliard d’habitants1, l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé du monde, derrière la Chine. Dans moins de sept ans, elle devrait dépasser sa voisine asiatique et atteindre 1,5 milliard vers 2030. En 2035, l’Inde ambitionne d’être dans le « top 5 » des économies mondiales, avec un développement important de ses classes moyennes. Cet essor démographique et économique fait que le sous-continent indien a un besoin croissant d’énergie. Sa consommation d’énergie a doublé depuis 1990, ce qui en fait le 3ème consommateur mondial, derrière la Chine et les États-Unis. Bien entendu, la consommation moyenne d’énergie par habitant reste très faible.

7,6 % : la croissance du PIB indien en 2016, le plus fort taux du monde.

Aujourd’hui, son mix énergétiqueLe mix énergétique, ou « bouquet énergétique », décrit la répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour la consommation énergétique d’un territoire... primaire est dominé par le charbon (plus de 50 %), suivi du pétrolePétrole non raffiné. (30 %) et du gaz naturel (près de 8 %), ces deux dernières ressources étant pour la plus grande partie importées. L’Inde a engagé de très importants programmes d’énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide..., notamment dans le solaire photovoltaïque (voir le décryptage L’Inde et le solaire : une ambition qui vise à rassembler Nord et Sud). Mais sa dépendance au charbon devrait encore s’accentuer, en tout cas pendant quelques années, avant (peut-être) de plafonner. Les dernières statistiques de l’Agence internationale de l’énergie (AIEL'AIE (IEA en anglais) est une agence autonome au sein de l'OCDE, créée en 1974 lors du premier choc pétrolier...)2 indiquent que la demande indienne en charbon devrait augmenter de 5 % par an jusqu’en 2021. L’Inde possède les cinquièmes plus importantes réserves de charbon dans le monde, et dispose donc d’une source locale, bon marché, qui emploie des millions d’ouvriers non qualifiés. (Il est à noter que la demande en charbon sera encore plus forte au Vietnam ou en Indonésie, avec dans les deux cas 7,2 % de hausse annuelle).

Si la demande en charbon croît en Inde, elle se stabilise en Chine où les niveaux de consommation de 2021 devraient être inférieurs à ceux de 2013. La difficulté de l’Inde à faire comme la Chine tient à sa natalité beaucoup plus élevée et à sa forte croissance économique qu’elle se refuse légitimement à freiner. Selon les statistiques nationales indiennes, la croissance du PIB a été de 7,6 % entre mars 2015 et mars 2016, ce qui est la plus forte du monde.

Les efforts de l’Inde pour une transition énergétiqueLa transition énergétique désigne le passage du système actuel de production d'énergie... sont pourtant indiscutables. L’Inde a été longtemps réticente à des engagements internationaux sur le climat, faisant valoir les besoins de sa croissance et pointant du doigt la responsabilité historique des pays riches. Elle s’est pourtant engagée résolument dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serrePhénomène naturel permettant un accroissement de la température de l'atmosphère d'une planète grâce à la présence de certains gaz.... Sa contribution nationale déposée à la COP21 de Paris a été saluée par des organisations non gouvernementalesUne ONG est une organisation d’intérêt public qui ne relève ni d'un État, ni d’une institution internationale... reconnues comme Climate Action Tracker3 qui analysent les engagements de tous les pays. L’Inde prévoit notamment :

  • Une réduction de 20 à 25 % de ses émissions rapportées au produit intérieur brut d’ici 2020, et de 33 à 35 % de ses émissions d’ici 2030, par rapport à ses niveaux de 2005, ce qui est un rythme d’amélioration de l’intensité énergétique de l’économie indienne très soutenu.
  • D’assurer 40 % de sa production électrique par des sources d’énergie non fossiles d’ici 2030.
  • D’accroître ses surfaces forestières de 24 à 33 %, en augmentant la capacité de captage du CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... de 2,5 à 3 gigatonnes par an de CO2.

Témoin de son engagement, l’Inde a annulé en juin 2016 la construction de quatre grands projets de centrales à charbon et réduit son programme dans ce secteur. Alors que sa capacité devait passer de 211 GW en 2016 à 289 GW en 2022, elle ne sera accrue qu’à 239 GW.

La demande indienne en charbon devrait augmenter de 5 % par an jusqu’en 2021, selon l’Agence internationale de l’énergie.

L’Inde a ratifié l’Accord de Paris le 2 octobre, jour anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi. Le geste peut paraître purement symbolique, mais il est un incontestable signal intérieur. L’image de Gandhi – vivant très simplement, tissant lui-même ses habits – est très forte auprès du peuple indien. Venant d’un premier ministre issu du nationalisme hindou, Narendra Modi, le message va au-delà d’un simple engagement économique.

Comme en Chine, la nouvelle volonté indienne est encouragée par les problèmes de pollution urbaine, provoquée par les centrales à charbon périphériques, une circulation automobile exponentielle avec des carburantsUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)... dont les normes ne sont pas les mêmes que les normes européennes, une absence de régulation des circulations de poids lourds. La pollution a atteint des niveaux alarmants dans la capitale New Delhi. Le taux de particules fines y est le plus élevé du monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS)L’OMS est, dans le domaine de la santé, l’autorité de direction et de coordination des travaux à caractère international au sein des Nations Unies....

 

 

Sources :

(1) Banque mondiale 

(2) World Energy Outlook (en anglais uniquement)

(3) Climate Action Tracker (en anglais uniquement)