Kenya : comment la géothermie transforme le mix énergétique du pays
Lecture 10 min
Pays carrefour de l’Afrique de l’Est, le Kenya a fortement accru sa production d’ , notamment à partir de la , et cherche à réduire sa consommation de bois de chauffage. Si plus d’un tiers de ses 46 millions d’habitants vit encore sous le seuil de pauvreté, le pays a accompli des progrès spectaculaires dans l’utilisation du numérique et de la téléphonie, ce qui favorise son développement.
© ROBERTO SCHMIDT / AFP - L'usine géothermique d'Olkaria, dans le centre du Kenya, extrait la chaleur à environ 2 km sous terre et la transforme en électricité.
Le Kenya présente un mix énergétique original : il est dominé par la biomasse, qui assure 62 % de la consommation primaire d’énergie, mais avec une production électrique qui progresse, assurée à près de 90 % par les , en tête. Le pétrole est en quasi-totalité importé.
La cuisson propre : un enjeu sanitaire, climatique et social majeur
L’usage du bois pour produire du charbon, se chauffer ou cuisiner est un problème majeur dans de nombreux pays africains. Cette pratique est source de pollution pour les populations et de déforestation néfaste pour le climat et la . Le passage à des solutions de « cuisson propre », fondées par exemple sur le biogaz, est devenu une priorité au niveau mondial. Le Kenya organisera d’ailleurs en 2026, en collaboration avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le deuxième grand sommet à ce sujet, après une première édition tenue à Paris en 2024.
L’accès à l’électricité : une progression spectaculaire en vingt ans
Le Kenya a fait d’importants progrès en matière d’accès à l’ . Au début des années 2000, seule environ 15 % de la population y avait accès. Selon la Banque mondiale, ce taux dépassait 76 % en 20241. Pour atteindre un tel résultat, le pays s’est appuyé sur une ressource énergétique clé : la géothermie, complétée par d’autres énergies renouvelables comme l’hydraulique, l’éolien et le solaire.
La géothermie, pilier du système électrique kényan
En 2024, la géothermie a assuré 46 % de l’électricité kenyane, devant l’hydraulique (20 %) l’éolien (18 %) et le solaire (4 %). Soit au total une electricité verte à 88 % !
Le Kenya a commencé à capter cette richesse calorifique de la Terre dès les années 1980, avec la construction de la première tranche de la centrale d’Olkaria, à Naivasha, à 120 km au nord-ouest de Nairobi. Cinq tranches supplémentaires ont été ajoutées au fil des années, atteignant une capacité installée de près de 800 MW, l’équivalent d’un de base. Olkaria est ainsi devenue une des plus grandes centrales géothermiques du monde, étalant ses forages sur 240 km2 pour aller extraire la à 2 km sous terre.
Le rôle du Grand Rift africain dans le potentiel géothermique
Le pays, et d’ailleurs une large partie de l’Afrique de l’Est, est situé sur une immense faille du Globe, la vallée du Grand Rift, qui s’étend sur plus de 6 000 km jusqu'en Afrique australe. Cette faille favorise de forts flux géothermiques dont le potentiel énergétique total est estimé à 20 000 MW, dont 7 000 MW au Kenya. Les Nations Unies et les banques mondiales de développement encouragent l’essor de la géothermie dans tout l’Est africain et des projets sont prévus – mais non encore aboutis – en Ethiopie, en Tanzanie, à Djibouti.
La source géothermique présente de nombreux avantages. L’une de ses utilisations les plus immédiates est le chauffage des serres, contribuant ainsi à la production agricole. Elle est aussi moins chère : un kilowattheure d’énergie géothermique au Kenya coûte 0,07 dollar, contre 0,18 pour l’énergie générée par le fioul. Elle n’émet ni polluants ni , elle est disponible en permanence et plus régulière que le solaire ou l’éolien.
Hydraulique, éolien, solaire : les autres piliers du mix renouvelable
La source géothermique est venue à point nommé pour prendre le relais de l’hydroélectricité, dont la part dans le est passée de 53 % en 2004 à 20 % en 2024. Les installations hydroélectriques au Kenya sont généralement de petite taille. En raison des sécheresses de plus en plus fréquentes, le niveau des réservoirs a baissé et la disponibilité des centrales kenyanes est tombée en dessous de 60 % alors que celle de l’usine géothermique d’Olkaria approche 95 %.
Le plan gouvernemental Vision 2030 prévoit, dans son volet énergétique, de poursuivre dans cette voie du renouvelable, pour atteindre une électricité 100 % renouvelable.
Le corridor de vents autour du lac Turkana
Le Kenya a développé une des plus grandes fermes éoliennes d’Afrique près du lac Turkana, à 500 km au nord de Nairobi. Cette région forme un véritable couloir de vents puissants venus de l’océan Indien - le Turkana Wind Corridor. Le parc éolien du lac Tukana d’une de 310 MW, est aujourd’hui la principale installation de ce type sur le continent, et d’autres projets de grande ampleur sont en préparation.
En matière de solaire, le Kenya, comme de nombreux pays africains, cherche à compléter ses réseaux centralisés par des systèmes de production décentralisés, particulièrement adaptés aux villages. Les entreprises engagées dans ce développement local s’appuient sur la performance de la téléphonie mobile kényane et sur ses solutions de micro-paiement, qui facilitent l’installation, l’entretien et l’accès à ces équipements.
Sources :