Medellín : un modèle d’urbanisme social et de mobilité durable
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La ville de Medellín, en Colombie, a été citée en exemple dans le monde pour sa politique de réduction des favelas, ces faubourgs très pauvres des grandes villes sud-américaines. Cette politique sociale réussie a eu pour originalité de placer les questions de transports en commun et d’environnement urbain au cœur des actions entreprises.
© SHUTTERSTOCK - Le téléphérique urbain de Medellin a permis de désenclaver les quartiers pauvres bâtis sur les collines.
Medellín : une métropole latinoaméricaine en mutation
Medellín (3,7 millions d’habitants) est la seconde ville de Colombie, après la capitale Bogotá. Située à 1 500 mètres d’altitude, elle est bâtie dans une vaste cuvette naturelle, dont les versants très pentus sont occupés par les populations les plus pauvres. Ce phénomène de faubourgs défavorisés a été provoqué, à Medellín et dans d’autres grandes villes latino-américaines, par l’exode régulier des populations rurales vers les villes à partir des années 1950.
Des barrios nés d’un urbanisme non planifié
Pendant des années, les autorités de la ville ont négligé toute planification et les populations ont occupé les zones péri-urbaines « à l’horizontale », avec des habitations précaires, sans moyens de transports et sans services publics, créant des milliers d’hectares de favelas (selon le mot utilisé au Brésil) ou de barrios (en espagnol). Ces faubourgs sont devenus à Medellín des zones de non-droit, contrôlées par les cartels de la drogue, dont celui de Pablo Escobar, qui fut un des piliers du trafic mondial de la drogue.
L’urbanisme social : un projet continu de lutte contre la pauvreté
À partir de 1995, les principaux cartels ont été démantelés et les diverses équipes municipales, quelle que soit leur couleur politique, ont engagé une politique de reconquête spatiale et de lutte contre la pauvreté, exprimée par le concept d’ «urbanisme social ».
Les transports en commun au cœur du désenclavement
Les transports ont été essentiels au désenclavement des quartiers pauvres. La hauteur des dénivelés et l’enchevêtrement des constructions rendaient impossible le recours aux bus. Le choix s’est alors porté sur un téléphérique, le Metrocable, semblable à ceux des stations de sports d‘hiver. Quatre lignes de télécabines ont été progressivement installées, permettant de transporter une moyenne de 70 000 passagers par jour, à une vitesse de 18 km/h. En outre, un escalator géant de près de 400 mètres, découpé en huit sections, permet de monter dans un des quartiers les plus élevés de la ville, Comuna 13, qui était l’un des plus dangereux en matière de sécurité.
Le téléphérique est un moyen de transport de plus en plus apprécié dans les grandes métropoles. En Amérique latine, il en existe aussi à Rio de Janeiro et à La Paz, de même qu’en Asie (Singapour, Hong Kong) et en Europe (Londres, Cologne, Budapest). En France, Brest et Toulouse en possèdent et un a été inauguré fin 2025 entre plusieurs localités du Val de Marne près de Paris.
A Medellin, des connexions ont été assurées entre Metrocable et les autres modes de transports : le métro préexistant, un nouveau réseau d’autobus articulés pour avoir une plus grande capacité, un tramway sur pneus pour négocier des parcours en pente et avec virages serrés. Ces nouveaux transports sont considérés par la municipalité comme un outil d’inclusion sociale à l’égard d‘une population jusqu’alors coupée du reste de la ville.
Agriculture urbaine et espaces verts : recréer du lien
Un deuxième axe a été de développer l’agriculture urbaine, pour améliorer la production alimentaire mais aussi recréer un minimum de racines rurales en secteur urbain. La municipalité s’est appuyée pour cela sur les réseaux associatifs. La Fondation Salva Terra par exemple a organisé pour des familles une soixantaine de potagers en périphérie de la ville. Celles-ci gardent une partie de la production et revendent le reste pour s’assurer un petit revenu. En parallèle, une politique de création d’espaces verts a été menée.
Logement, services et culture : vers une ville plus inclusive
Dans le même temps, les municipalités successives ont engagé la construction d’immeubles de logements pour densifier l’urbanisme et le « verticaliser » pour éviter l’étalement des quartiers défavorisés. Un programme d’écoles, de bibliothèques publiques et de centres culturels pour jeunes a complété l’action municipale pour améliorer les conditions sociales.
Pollution et mobilité : les défis d’une ville en transition
Quoique centrée sur les transports en commun, la politique de rénovation urbaine de Medellín s’est accompagnée d’un phénomène spectaculaire : l’augmentation du nombre de véhicules à moteur, qui a doublé de 2005 à 2015, et notamment du parc de motos qui s’est accru de près de 300 % sur la même période.
Baptisée la « ville de l’éternel printemps » en raison de sa température moyenne qui varie de 18 à 28 °C tout au long de l’année, l’agglomération est devenue très polluée. La municipalité a introduit des mesures fréquentes de circulation alternée ou d’interdiction temporaire des véhicules. Mais le phénomène de smog est aggravé lors des phénomènes climatiques El Niño qui, en Colombie, provoquent à intervalles réguliers de fortes sécheresses.