Énergie à Madagascar : difficile transition vers un mix plus durable
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Madagascar est la 5e plus grande île du monde1, dans l’océan Indien, à quelques centaines de kilomètres du continent africain. S’étendant du nord au sud sur plus de 1 500 km, elle est d’une superficie supérieure à celle de la France et de la Belgique réunies, avec une population de 32,7 millions d’habitants en 2025 qui croît deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Madagascar : un territoire vaste, contrasté et vulnérable au .
© GREGOIRE POURTIER / AFP - La faiblesse des réseaux électriques centraux de Madagascar conduit à installer des petites unités solaires délocalisées.
Traversée par le tropique du Capricorne, Madagascar connaît des climats très différents, allant d’un système tropical avec régime de mousson au nord-ouest jusqu’à une situation quasi désertique à la pointe sud, qui est la partie la plus pauvre de l’île. Les paysages sont d’une grande diversité, entre les plaines côtières et les hauts plateaux du centre – les « hautes terres » - qui s’étagent entre 1 000 et 1 500 mètres et représentent 70 % de la superficie du pays. Cette variété confère à Madagascar une richesse biologique exceptionnelle. Mais celle-ci est menacée par la déforestation, due à l’agriculture sur brûlis2 et à la production de , ressource essentielle dans les vastes zones rurales du pays. L'agriculture sur brûlis est un système agraire dans lequel les champs sont défrichés par le feu et cultivés pendant une période brève avant d’être remis en jachère.
D’autre part, même si le mouvement a été stoppé, les terres du pays ont été parmi les plus convoitées par les investisseurs étrangers, notamment indiens et coréens, à la recherche d’espaces agricoles. Comme la plupart des pays africains et asiatiques, Madagascar connaît un très fort exode rural qui provoque une expansion mal maîtrisée des grandes agglomérations.
Une économie malgache fragile face aux crises climatiques et sociales
Madagascar est l’un des dix pays les plus pauvres du monde, où 80 % d’habitants gagnent moins de 2 dollars par jour. Il est également l’un des plus menacés par le dérèglement climatique et a connu en 2015 et 2016 les pires années de sécheresse depuis 35 ans, dues notamment au phénomène El Niño. Ce phénomène est un renversement de la circulation des alizés dans l'océan Pacifique sud qui modifie la circulation des courants marins et provoque de nombreuses perturbations climatiques... Madagascar subit aussi régulièrement des phénomènes climatiques extrêmes, comme le cyclone Enawo en avril 2017. Malgré ces handicaps, l’économie, avec l’appui de l’aide internationale, a une forte capacité de résilience.
Des infrastructures énergétiques limitées et inégalement réparties
La consommation finale en dépend à environ 80 % de la , essentiellement le bois et le charbon de bois, utilisée pour le chauffage et la cuisson des aliments. Les produits pétroliers, importés dans leur quasi-totalité, représentent 17 % du et sont consacrés essentiellement au transport. La part de l’ n’est que de 2,4 %.
Les difficultés des liaisons entre les ports et les hauts plateaux ont pour effet de rendre difficile la distribution des carburants. Il faut sept heures de route pour rallier le grand port de Toamasina (Tamatave en français) à la capitale Tananarive, dans le centre de l’île. Le port pétrolier d’Antsiranana (Diego Suarez) est situé à l’extrême nord de l’île et celui de Mahajanga (Majunga), sur la côte occidentale. Or les hauts plateaux concentrent l’activité, la capitale utilisant à elle seule la moitié de la consommation d'hydrocarbures, alors qu'elle ne représente que 10 % de la population.
L’électrification : un défi majeur pour le développement de Madagascar
Le taux d’électrification progresse rapidement (20 % en 2018 contre 40 % en 2023) mais reste l’un des plus faibles de l’Afrique sub-saharienne. Moins de 40 % de la population a accès à l’électricité, selon les estimations de la Banque mondiale. Ce taux tombe à 5 % dans certaines zones rurales, plongées dans le noir dès que la nuit tombe.
La capacité électrique totale du pays en 2023 est estimée à moins de 870 MW, soit à peine plus que la Corse. Elle est assurée aux deux tiers par une douzaine de barrages hydroélectriques vétustes et souvent mal entretenus. L’autre moitié est assurée par une centaine de petites unités thermiques, aux rendements faibles, fonctionnant au . La distribution électrique est très aléatoire, avec des petits réseaux locaux mal reliés entre eux.
Les projets de transition énergétique
Un premier plan visant à rendre le système énergétique plus durable avait été élaboré en 2015. Depuis septembre 2025, le nouveau pouvoir militaire a réaffirmé sa volonté d’engager Madagascar dans une véritable , en recherchant notamment le soutien des Émirats arabes unis. L’objectif : remplacer progressivement les nombreuses petites centrales thermiques par des solutions hybrides et renouvelables, avec une priorité donnée au solaire.
Parallèlement, une grande centrale hydroélectrique est en cours de développement à Sahofika, sur la rivière Onive. Ce projet doit contribuer à renforcer la capacité de production du pays, encore largement dépendant du .
Madagascar dispose également d’importantes ressources minières — nickel, cobalt, chrome, titane, métaux lourds — mais la valorisation de ces filières reste freinée par la faiblesse de certains cours mondiaux. Quant à son sous-sol et à sa vaste zone maritime, ils abriteraient des bassins sédimentaires favorables à des gisements de pétrole et de gaz. Ces ressources fossiles restent toutefois inexploitées à ce jour, faute d’investissements suffisants et de conditions de développement stables.
Sources :
- Après l’Australie (île-continent), le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo.
- L'agriculture sur brûlis est un système agraire dans lequel les champs sont défrichés par le feu et cultivés pendant une période brève avant d’être remis en jachère.
- Banque mondiale