De l’apartheid à la ville durable : la métamorphose urbaine de Johannesburg

Actualisé le 13.02.2026

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Histoire, géographie et géopolitique

Johannesburg, grande métropole d’Afrique du Sud, s’est engagée dans le réseau mondial C40 Cities, qui rassemble les villes les plus actives dans la lutte contre le . Cette volonté de réduire son s’accompagne d’un autre enjeu majeur : corriger les fractures urbaines et sociales héritées de l’apartheid, encore visibles dans l’organisation de la ville.

Johannesburg, en Afrique du Sud, n’est ni la capitale officielle du pays - qui est Prétoria - ni sa capitale économique, désormais représentée par Le Cap en raison de la forte concentration d’entreprises innovantes qui s’y sont implantées. En une dizaine d’années, l’Afrique du Sud s’est imposée comme le pays phare du continent africain dans les domaines du numérique financier, du cloud computing et d’intelligence artificielle. Le Cap est devenu le véritable « hub » de ce développement, porté par la présence de grands groupes internationaux et d’universités de haut niveau.

Johannesburg demeure toutefois la grande métropole historique et politique, symbole à la fois du régime d’apartheid et de la lutte menée pour y mettre fin.

Un héritage urbain marqué par l’apartheid

De 1948 à 1991, l’apartheid, instauré par la minorité blanche descendante des Afrikaners, a organisé un développement séparé des populations selon des critères raciaux. Sur le plan urbain, ce système a produit une ville fragmentée, où les quartiers riches et bien équipés étaient éloignés des grands townships comme Soweto, Orange Farm ou Alexandra.

Aujourd’hui, Johannesburg compte près de 5 millions d’habitants dans son centre, mais plus de 12 millions dans une agglomération tentaculaire qui s’étend presque jusqu’à Pretoria, située à 65 km. Cette forte dispersion a entraîné une limitée, des temps de transport très longs et une gouvernance urbaine particulièrement complexe.

Les « corridors de la liberté » : reconnecter une ville éclatée

Les responsables de la ville ont lancé en 2013 un plan innovant : les « corridors de la liberté » (corridors of freedom), c’est-à-dire de grandes artères interconnectées, reliant ces fragments de ville pour réduire de

moitié les temps de transport et faciliter les rencontres et les mélanges. Les conseillers municipaux y privilégient le transport public, selon le modèle des « bus à haut niveau de service » (bus rapid transit), souvent en site propre, avec une grande fréquence de passages, des tarifs les plus bas possibles, avec des véhicules écologiques roulant au gaz. Des plans d’urbanisation avec commerces et logements à loyers modérés sont prévus le long de ces artères pour remplir peu à peu les vides.

Au niveau des quartiers, et notamment dans Soweto, des efforts ont été menés pour l’alimentation en eau et l’assainissement, la construction d’équipements notamment culturels, la multiplication de voies cyclables et piétonnes, le développement d’infrastructures numériques (1 100 km de fibre optique, plus de 400 zones wi-fi et la formation des populations sous-éduquées par des « ambassadeurs du digital »). Effacer l’apartheid par une « nouvelle démocratie économique » est ainsi l’ambition affichée.

Le saviez-vous ?
Le solaire et la méthanisation des déchets sont au cœur de l’électrification des quartiers pauvres de Johannesburg.

Depuis la fin de l’apartheid, Johannesburg est confrontée à un nouveau phénomène, à savoir l’afflux d’émigrés venus d’autres régions du pays ou d’autres pays africains. Ils s’installent dans des « habitats informels » (informal settlements), où les habitants n’ont pas d’ et utilisent des poêles à paraffine. Selon les statistiques, il y a plus de 180 de ces bidonvilles, rassemblant des centaines de milliers de personnes : certains existent depuis 20 ans.

L’électrification y est jugée prioritaire. Actuellement, les habitants se branchent illégalement sur les lignes du voisinage, provoquant non seulement une perte estimée à plus de 10 % de la consommation de la ville mais aussi deux ou trois accidents mortels par mois dus à l’électrocution. Ces bidonvilles ont déjà bénéficié de plans municipaux pour un meilleur accès à l’énergie, selon des méthodes faisant largement appel aux :

Avec l’appui de centres universitaires, une attention particulière a été portée à la coopération des habitants, allant jusqu’à imaginer la gestion des abonnements électriques délocalisés par des associations de quartier.

Johannesburg sur la scène internationale : une métropole engagée

Johannesburg s’affirme également comme un acteur majeur dans les réseaux internationaux de villes engagées dans la transition écologique. Elle est membre du réseau international C402, très actif lors du sommet de Paris sur le climat (COP21) et qui rassemble 96 des plus grandes métropoles au monde, représentant plus de 700 millions de personnes et un quart de l'économie mondiale.

Johannesburg s’inscrit également dans une dynamique internationale plus large autour des politiques urbaines du “care”. Cette approche, popularisée par plusieurs réseaux de villes engagées dans la justice sociale et l’équité territoriale, reste aujourd’hui active, notamment à travers des programmes comme Metropolis Care2, qui soutiennent les métropoles développant des services urbains centrés sur le bien-être des habitants, l’accès aux soins, les services de proximité et la réduction des inégalités.

Sources (disponible en anglais uniquement) : 

  1. C40 – Présentation de Johannesburg (en anglais)
  2. Metropolis Care (en anglais)