Le Japon face à son mix énergétique : dépendance, innovations et transition
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Pays très peuplé, très industrialisé, avec un espace habitable limité et pratiquement pas de ressources en énergies fossiles, le Japon est depuis plus de cinquante ans en quête d’énergies nouvelles et d’innovations technologiques. Cette démarche volontaire a placé le pays parmi les plus avancés dans la recherche sur les et l’ .
© JIJI PRESS / AFP - Malgré Fukushima, le Japon compte encore sur l'énergie nucléaire, tout en développant les énergies renouvelables. Ici, la centrale nucléaire de Tomari, dans la province d’Hokkaido, qui devrait reprendre une activité en 2027.
Un territoire sous fortes contraintes qui influencent le mix énergétique japonais
Le « pays du soleil levant » est un archipel de près de 7 000 îles et îlots, dont les quatre plus grandes îles (Honshù, Hokkaidô, Kyùshù et Shikoku) représentent 97 % de la superficie totale. Ses 127 millions d’habitants, concentrés sur les étroites plaines littorales, lui assurent le 10e rang mondial, même si le pays est en déclin démographique. Le Grand Tokyo est, avec Djakarta (Indonésie), l’une des deux plus grandes métropoles du monde, avec plus de 30 millions d’habitants.
Le Japon est une zone volcanique, située sur la « ceinture de feu du Pacifique » à la rencontre de plusieurs . Cette configuration géologique a pour conséquence une quasi-absence de ressources en énergies fossiles. Elle est aussi à l’origine de fréquents mouvements sismiques, certains très destructeurs, qui menacent les vies et perturbent les réseaux électriques et les installations industrielles.
Le pays dispose du 3e PIB mondial, avec une puissante industrie, surtout dans les secteurs de pointe comme l’automobile ou l’électronique.
Une dépendance aux importations d’énergies fossiles qui structure la stratégie du Japon
Le Japon est un grand consommateur et importateur d’énergie. Sa consommation d’énergie primaire est constituée pour 88 % des énergies fossiles dans le , notamment le gaz, qui sont en quasi-totalité importées.
Cette dépendance aux énergies fossiles a été aggravée par l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, provoqué par le tsunami de mars 2011, qui avait conduit à l’arrêt de tout le parc japonais. Dans les mois qui ont suivi, le Japon a fait des efforts de réduction de consommation sans équivalent dans le monde : moins de trains, des coupures de courant programmées, des restrictions obligatoires pour les industries, des horaires de travail aménagés, des appels au civisme, etc.
L’impact économique et climatique de l’arrêt du nucléaire après Fukushima
Malgré ces efforts, l’arrêt du nucléaire a eu pour effet :
- De faire exploser le déficit commercial du pays obligé d’importer charbon et hydrocarbures.
- De renchérir le coût de l’ pour les ménages et les entreprises (qui ont perdu en compétitivité).
- D’augmenter les émissions de , qui ont connu un pic en 2013 et ont juste retrouvé en 2019 leur niveau de 2009.
Les ambitions climatiques du Japon : neutralité carbone en 2050
Tout comme l’Union européenne, le Japon veut atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 (pas plus d’émissions de CO2 qu’on ne peut en capter). Le Japon ne cherche plus à sortir du nucléaire, mais à combiner nucléaire, renouvelables et hydrogène pour atteindre la neutralité carbone.
Pour passer d’un mix énergétique très carboné à une situation de , le Japon a défini un certain nombre de voies, qui impliquent de spectaculaires avancées technologiques, poursuivant ainsi la tradition japonaise :
- Le redémarrage progressif d’une partie du parc nucléaire, avec l’objectif d’atteindre environ 20 % du à moyen terme, avec la recherche de nouvelles générations plus sûres et performantes.
- Le développement de toutes les énergies renouvelables possibles, pour en faire la première source d’électricité avant 2040
- Le captage du CO2 à la sortie des centrales thermiques, son stockage et sa réutilisation sous toutes les formes possibles.
- L’amélioration systématique de l’ , là aussi grâce aux technologies. La consommation énergétique a diminué d’environ 20 % depuis 2010.
- La marche rapide vers une société de l’hydrogène, permettant d’utiliser cette nouvelle énergie à grande échelle dans l’industrie, les transports, l’habitat. Si l’hydrogène est présenté comme une énergie d’avenir, son déploiement massif pose encore des défis économiques.
Innovations japonaises : solaire flottant, éolien offshore et géothermie
Le Japon prévoit d’ici 2030 une forte augmentation de l’exploitation de la (200 %), de la et de l’éolien (300 %) et surtout du solaire photovoltaïque (600 %).
Mais le pays se heurte à des difficultés. Pour des raisons historiques, le réseau électrique ne fonctionne pas à la même fréquence à l'ouest et à l'est du pays, ce qui ne facilite pas l'optimisation du système.
La rareté de l’espace géographique n’est pas propice aux grands parcs solaires et éoliens. Le Japon a longtemps été, avant même l’Allemagne, le leader mondial du photovoltaïque. Dès 1994, les autorités avaient mis en place un dispositif de soutien à la filière en favorisant les installations sur les toits des bâtiments. Le Japon a aussi lancé des innovations originales comme la construction de centrales solaires flottantes sur les lacs et pièces d’eau. En matière d’éolien, le pays mise sur les éoliennes offshore flottantes, les premiers projets commerciaux sont en service depuis 2025.