Dossier : Les prix du baril de pétrole et des carburants

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Décryptages

L’évolution du cours du baril de pétrole brut

Les cours du baril de pétrole brut ont connu au fil des décennies des évolutions considérables, notamment pendant les périodes de crise mondiale ( 1973, 1979 ou 2008 ) ou sous l’effet d’évolutions économiques ( 2014 - 2015 ). Leur niveau est un élément déterminant dans l’économie mondiale, compte tenu de la part dominante qu’a et que conservera le pétrole au cours des prochaines décennies. 

Réservoirs de stockage pétrolier à Hô-Chi-Minh-Ville (Vietnam). © PASCAL LAURENT / TOTAL

Le prix du barilUnité de mesure de volume de pétrole brut qui équivaut à environ 159 litres (0,159 m3)... de pétrolePétrole non raffiné. brut  est depuis des décennies une donnée géopolitique autant qu’économique. Il est fondé sur une unité de mesure traditionnelle datant du XIXe siècle, le baril (équivalent à 159 litres), même si bien sûr le pétrole est aujourd’hui transporté en vrac par oléoducsCanalisation destinée à transporter du pétrole ou des produits pétroliers raffinés sur de longues distances (sur terre ou en mer). , tankersUn tanker (ou navire-citerne) est un navire utilisé pour le transport des liquides en vrac, dans de grandes citernes (ou cuves)... ou encore trains...

En fait, il est plus juste de parler des prix des pétroles bruts au pluriel. En effet, les prix fixés sur les marchés internationaux, principalement New York et Londres, utilisent des « bruts de référence » différents, essentiellement le BrentLe Brent est le nom donné à un pétrole relativement léger, constitué d'un mélange de bruts issus de 19 gisements en mer du Nord... (brut de mer du Nord) pour l’Europe et le WTI (West Texas Intermediate) pour l’Amérique du Nord, qui présentent des différences et répondent aux lois de l’offre et de la demande qui leur sont propres. Il peut donc y avoir des évolutions de prix différentes entre ces bruts.

La part du pétrole dans le mix énergétiqueLe mix énergétique, ou « bouquet énergétique », décrit la répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour la consommation énergétique d’un territoire... mondial passerait de 31 % en 2011 à 27 % en 2035, mais resterait dominante. 

Les premiers chocs pétroliers

De 100 à 30 dollars: la chute du cours du Brent entre l’été 2014 et janvier 2016

De 1860 à 1940, les prix du baril ont oscillé selon les évènements mondiaux, grimpant pendant la première guerre mondiale, baissant pendant la crise de 1929. Entre 1948 et 1970, ils sont restés relativement stables et bas, avant d’entrer dans une série de crises, appelées « chocs pétroliersUn choc pétrolier est causé par une pénurie de pétrole réelle, anticipée ou spéculative... ».

Le « premier choc pétrolier » s’est dessiné en 1971 au moment de l’abandon du système financier international de Bretton Woods. Il s’est amplifié en 1973, lors de la guerre du Kippour, lorsque les États producteurs du monde arabe annoncèrent un embargo contre les pays soutenant Israël. En un an, le prix du baril fut multiplié par quatre.

La révolution iranienne en 1978 puis la guerre Iran-Irak en 1980 provoquèrent le « deuxième choc pétrolier », avec un doublement du prix. 

Les oscillations de 2008

Le « troisième choc pétrolier » désigne un mouvement de hausse qui a commencé en 2003, poussé par la demande croissante des nouvelles économies (Chine, Inde, Brésil…) et s’est brutalement accéléré au premier semestre 2008 au moment de la crise économique mondiale. Le cours du Brent est ainsi passé de 96 dollars le 2 janvier 2008 à 144 dollars le 3 juillet 2008. Les répercussions sur le prix des carburantsUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)... ont été plus faibles. (Voir le décryptage : « Le prix des carburants, un mélange de coûts et de taxes »).

Le cours a ensuite connu une « dégringolade » au plus fort de la crise financière. Le prix mensuel moyen du brut est alors passé de 130 à 40 dollars par baril entre juillet et décembre 2008. À partir de 2009, les pays producteurs ayant réduit leur production pour maintenir leur niveau de revenus, le baril est progressivement remonté à 80 dollars. 

En 2010, la reprise économique s'est accompagnée de la plus forte croissance de demande de pétrole depuis 2004. Cela a contribué à relancer le prix à la hausse. Cette tension s'est accentuée début 2011, avec les révolutions dans le monde arabe, les marchés craignant alors des répercussions en termes de capacités de production. Le prix du Brent a atteint un nouveau pic le 13 mars 2012, à 128 dollars. Puis il s’est fixé à un niveau supérieur à 100 dollars en 20131

La chute des cours (2014-2015) et la remontée de 2016

La part du pétrole dans le mix énergétique mondial passerait de 31 % en 2011 à 27 % en 2035, mais resterait dominante. 

À l’été 2014, les cours s’effondrent, tombant en dessous de la barre des 50 dollars lorsque s’ouvre l’année 2015. La cause principale en est un excès d’offre, alimenté par la production de pétrole de schiste aux États-Unis, et cela même si la consommation mondiale continue de croître. Décidée à défendre ses parts de marché, l’Arabie Saoudite décide de maintenir les niveaux de production de l’OPEPCréée en 1960, l’Opep regroupe 12 pays membres (l'Algérie, l'Angola, l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, l'Equateur, l'Iran, l'Irak.... Elle entend ainsi obliger les producteurs de gaz de schisteLes gaz de schiste (ou shale gas) sont situés dans des roches sédimentaires argileuses enfouies à de grandes profondeurs...  américains à réduire leur propre production. Un « bras de fer » s’engage. Le cours du Brent passe sous la barre des 30 dollars le baril en janvier 2016, le plus bas niveau depuis 2003. La situation devient très difficile pour certains pays producteurs, comme le Venezuela, l’Algérie, la Russie.  

À partir de février 2016, les cours ont remonté jusqu’à atteindre 50 dollars en juin 2016, grâce notamment à une décision de l’Arabie Saoudite, du Venezuela, du Qatar et de la Russie de geler la production. Mais les incertitudes demeurent à la mi-2016.

Le mouvement de baisse a en tout cas fait décroître fortement les investissements, ce qui risque d'hypothéquer la disponibilité du pétrole dans les prochaines années et entraîner en retour des hausses substantielles de prix.

Les incertitudes du futur

Les fortes oscillations des prix au cours des dernières décennies illustrent les difficultés de la prévision, soumises aux évènements géopolitiques, aux décisions des pays producteurs, aux innovations technologiques qui agissent sur le rendement financier des exploitations, aux cycles de l’activité économique mondiale.

Les scénarios à vingt ans prévoient une forte croissance de la demande mondiale en énergie, avec une part du pétrole, certes en baisse, mais toujours dominante. Selon le scénario dit « moyen » de l’Agence internationale de l’énergie (AIEL'AIE (IEA en anglais) est une agence autonome au sein de l'OCDE, créée en 1974 lors du premier choc pétrolier...), la demande en énergie primaireL’énergie primaire désigne l’ensemble des sources d’énergie non transformées, c’est-à-dire à l’état naturel... passera de 13 000 million de tonnes équivalent pétroleLa « tep" est l'unité de mesure énergétique correspondant à l’énergie fournie par la combustion d’une tonne de pétrole... (Mtep) en 2011 à 17 400 en 2035. La part du pétrole passerait de 31 % à 27 %, la part du gaz augmentant de 21 à 24 % et celle du charbon baissant de 4 points.  La demande en pétrole passerait de 4 100 Mtep à 4 660 Mtep en 2035, selon ce scénario appelé « Nouvelles Politiques ».

 

 

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