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Décryptages

Johannesburg, ou comment effacer les cicatrices du passé

La plus grande métropole de l’Afrique du Sud a engagé une série de projets structurants : rassembler ses quartiers éclatés pour réduire les inégalités, faire accéder les plus pauvres à l’énergie, maîtriser la gestion des déchets. Ce plan ambitieux, qui vise à effacer les structures urbanistiques et sociales héritées de l’apartheid, s’attache aussi à réduire l’empreinte carbone de la cité. Johannesburg s’est résolument engagée dans le mouvement mondial des grandes villes qui se coordonnent pour lutter contre le réchauffement climatique.

Quartiers riches bien équipés, quartiers périphériques pauvres sans accès à l’énergie : Johannesburg doit avant tout refaire son unité. ©AFP

Johannesburg compte près de 3 millions d’habitants (73 % de population noire, 16 % de population blanche), avec ses anciens « townships » comme Soweto – le plus grand et le plus connu, Orange Farm, Alexandra, Diepsloot, etc. L’agglomération au sens large, qui s’étend très loin jusqu’à rejoindre la capitale Pretoria distante de 65 km, est estimée à plus de 12 millions.

Cette fragmentation de la ville est héritée du système d’apartheid, qui de 1948 à 1991, avait organisé le « développement séparé » des populations selon des critères raciaux ou ethniques. Toujours visible aujourd’hui, cet habitat dispersé qui éloignait les quartiers riches bien équipés des anciens « townships », a affaibli l’efficacité énergétiqueEn économie, l'efficacité énergétique désigne les efforts déployés pour réduire la consommation d'énergie d'un système..., aggravé les conditions de transport et compliqué la gouvernance municipale.

10 000 :Le nombre d’Africains qui viennent chaque mois s’installer à Johannesburg dans des conditions très difficiles.

Les « corridors de la liberté »

Les responsables actuels de la ville, et notamment le maire actuel, Parks Tau, 45 ans, natif de Soweto, se sont attaqués à cette incohérence spatiale1 et ont lancé en 2013 un plan innovant : les « corridors de la liberté » (corridors of freedom), c’est-à-dire de grandes artères interconnectées, reliant ces fragments de ville pour réduire de moitié les temps de transport et faciliter les rencontres et les mélanges. Les édiles y privilégient le transport public, selon le modèle des « bus à haut niveau de service » (bus rapid transit), souvent en site propre, avec une grande fréquence de passages, des tarifs les plus bas possibles, avec des véhicules écologiques roulant au gaz. Des plans d’urbanisation avec commerces et logements à loyers modérés sont prévus le long de ces artères pour remplir peu à peu les vides.

Au niveau des quartiers, et notamment dans Soweto, des efforts ont été menés pour l’alimentation en eau et l’assainissement, la construction d’équipements notamment culturels, la multiplication de voies cyclables et pédestres, le développement d’infrastructures numériques (1 100 km de fibre optique, plus de 400 zones wi-fi et la formation des populations sous-éduquées par des « ambassadeurs du digital »). Effacer l’apartheid par une « nouvelle démocratie économique » est ainsi l’ambition affichée.

Le solaire et la méthanisation des déchets sont au cœur de l’électrification des quartiers pauvres de Johannesburg.

L’électrification des « habitats informels »

Depuis la fin de l’apartheid, Johannesburg est confrontée à un nouveau phénomène, à savoir l’afflux d’émigrés venus d’autres régions du pays ou d’autres pays africains. Le maire les estime à plus de 10 000 par mois. Ils s’installent dans des « habitats informels » (informal settlements), où les habitants n’ont pas d’électricité et utilisent des poêles à paraffine. Selon les statistiques, il y a plus de 180 de ces bidonvilles, rassemblant des centaines de milliers de personnes : certains existent depuis 20 ans et resteront probablement en place pour longtemps.

L’électrification y est jugée prioritaire. Actuellement, les habitants se branchent illégalement sur les lignes du voisinage, provoquant non seulement une perte estimée à 13 % de la consommation de la ville mais aussi deux ou trois accidents mortels par mois dus à l’électrocution. Une quinzaine de ces bidonvilles ont déjà bénéficié de plans municipaux pour un meilleur accès à l’énergie, selon des méthodes faisant largement appel aux énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide... :

  • utilisation de panneaux solaires pour alimenter des réseaux délocalisés ou compléter l’alimentation centrale ;
  • installation de chauffe-eaux solaires sur les toits ;
  • fourniture de réchauds à gaz et de bouteilles de gaz pour réduire l’usage de l’électricité ;
  • production de méthane à partir des déchets et mise en place de micro-entreprises locales pour traiter et recycler ceux-ci.

Avec l’appui de centres universitaires, une attention particulière a été portée à la coopération des habitants, allant jusqu’à imaginer la gestion des abonnements électriques délocalisés par des associations de quartier.

« Jozy » sur la nouvelle scène mondiale

Johannesburg, appelée familièrement « Jozy », s’est aussi propulsée sur la scène mondiale, où les grandes villes jouent un rôle croissant, notamment en matière de lutte contre le changement climatiqueVoir la définition du réchauffement climatique....

Elle est membre du réseau international C402, très actif lors du sommet de Paris sur le climat (COP21) et qui rassemble 80 métropoles mondiales et 600 millions d’habitants. Elle dirige aussi l’initiative Caring cities3, qui veille à assurer le traitement équitable et le bien-être des habitants des grandes villes du monde.

 

 

Sources (disponible en anglais uniquement)

(1) Le programme de Parks Tau - mai 2016

(2) C40 – Présentation de Johannesburg

(3) Les objectifs de Caring Cities