Dossier : La mobilité durable

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Décryptages

Transports mondiaux : des émissions de CO2 à la hausse

La mondialisation des économies, l’élévation des niveaux de vie et le développement du tourisme ont contribué depuis la fin du XXe siècle à accroître le volume des transports, de passagers et de biens. Ce mouvement va se poursuivre d’ici 2050 et le transport est le secteur où la progression des émissions de CO2 est aujourd’hui la plus forte.

Les porte-conteneurs sont un des symboles de l'essor des échanges commerciaux entre continents. ©Shutterstock

On distingue deux blocs dans le transport mondial :

  • Le fret commercial : il est en forte hausse, en raison de la progression des échanges et de la diversification des « chaînes de valeur » des produits. Ceux-ci ne sont plus fabriqués en un seul point mais composés généralement d’éléments venus de différentes usines dans le monde.  Le fret est mesuré en « tonne-kilomètre », c’est-à-dire en multipliant la masse transportée par la distance parcourue.
  • Le transport des passagers : il est constitué pour une large part par les déplacements « urbains », courts mais très nombreux. Les autres mouvements sont des parcours terrestres plus longs (route ou rail) et des voyages aériens, en hausse continue depuis plusieurs années. Le transport des personnes est calculé en « passager-kilomètre ».

Selon l’ITF (International Trade Forum)1, qui est l’organe spécialisé des pays développés de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), ces deux blocs vont connaître une forte croissance en volume d’ici 2050 : le fret devrait tripler (de 110 000 à 330 000 milliards de tonnes-kilomètres environ), et le trafic passager devrait plus que doubler (de 50 000 milliards de passagers-kilomètres à plus de 120 000 milliards). Le nombre de véhicules automobiles passerait d’1 milliard en 2015 à 2,5 milliards en 2050.

+ 60 % : la hausse des émissions de CO2 du secteur des transports d’ici 2050 si des mesures de transition ne sont pas adoptées.

Les émissions de CO2

Cette croissance des transports mondiaux représente un défi en matière d’émissions de co2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre..., puisque la plupart d’entre eux sont assurés par des produits pétroliers (65 % du brut (pétrole)Pétrole non raffiné. mondial est dédié aux transports). L’électricité n’est pour l’instant guère utilisée que dans le rail. Au total, près d’un quart des émissions mondiales de CO2 dues à la combustion d’énergie relève du secteur des transports.

  • Le fret représente 40 % des émissions. Le tiers environ est attribuable au transport maritime symbolisé par l’essor des porte-conteneurs géants, les deux tiers relevant des déplacements terrestres. Le trafic routier est en forte hausse dans la mesure où la croissance économique s’est déplacée vers les pays émergents d’Asie et d’Afrique mal dotés en liaisons ferroviaires.
  • Dans les 60 % relevant du transport des passagers, près de la moitié des émissions sont provoquées par les déplacements urbains. Les politiques en matière de mobilité urbaine joueront donc un rôle essentiel dans la maîtrise du réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans....
  • Le transport aérien – international ou domestique – ne représente que 16 % des émissions du transport de passagers. Les voyages maritimes étant aujourd’hui proches de zéro, c’est bien le transport terrestre des personnes – urbain ou non urbain – qui est décisif.
  • En France, l’ensemble des transports (passagers et marchandises) est le plus gros contributeur (28,9 %) des émissions de gaz à effet de serre (en quasi totalité du CO2). Sa part s’est alourdie depuis 1990 (22 %) mais est stabilisée depuis 20102. Le transport routier représente plus de 95 % des émissions.

Au rythme actuel, et sur la base des politiques actuelles, on estime que les émissions mondiales du transport devraient augmenter de 60 % entre 2015 et 2050. Un scénario « bas carbone » a été élaboré par l’ITF, mais dans le meilleur des cas, il ne ferait que maintenir le même niveau global d’émissions en 2050. Ce serait un résultat remarquable compte tenu de la multiplication par 2 ou 3 du volume des transports, mais insuffisant au regard des objectifs de limitation de la température moyenne de la Planète que s’est fixée la communauté internationale.

Le transport aérien ne pèse que pour 10 % dans le total des émissions totales de CO2 du secteur des transports.

Les objectifs du scénario « bas carbone »

  • En matière de fret et de mobilité urbaine, l’objectif est de réduire en chiffres absolus les émissions. Les technologies nouvelles (meilleur rendement des moteurs, motorisation électrique ou au gaz, efficacité des carburantsUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)... classiques, biocarburantUn biocarburant est un carburant produit à partir de matières végétales ou animales...) devraient permettre de réaliser les deux tiers du chemin, mais ne suffiront pas. De nouveaux comportements citoyens et de nouvelles organisations logistiques sont nécessaires. Dans le cas du fret : partage de camions, rationalisation des parcours et optimisation des livraisons. Dans le cas de la mobilité urbaine, intermodalité, auto-partage, rationalisation du trafic grâce au big data (voir le décryptage « La mobilité urbaine »). Alors que le parc automobile mondial devrait plus que doubler d’ici 2050, il faudrait maintenir l’usage en ville aux niveaux de 2015, selon l’ITF.
  • Le transport aérien, même s’il ne pèse que pour 10 % dans le total des émissions dues à la mobilité s’est fixé à lui-même d’ambitieux objectifs. Alors que le nombre de passagers devrait quadrupler entre 2015 et 2050, l’objectif de la filière est de réduire de moitié ses émissions. Elle compte pour cela sur l’allégement du poids des avions par passager transporté, l’amélioration des moteurs et l’optimisation des trajets. Le biokérosène est encore très peu utilisé mais à terme sa part pourrait croître au-delà de 70 %. Une telle perspective fait cependant peser une incertitude sur les coûts à un moment où les compagnies sont engagées dans une dure concurrence sur les prix offerts aux passagers. Les professionnels ont également décidé de mettre en place un système de « compensation carbone » qui, s’il ne conduit pas à une réduction absolue des émissions des avions, peut contribuer à la lutte pour le climat en soutenant par exemple la reforestation3.

 

 

Sources :

(1) Rapport annuel ITF (en anglais uniquement)

(2) Statistiques du transport en France

(3) Les Échos