Dossier : Les grands défis du nucléaire

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Décryptages

La sûreté nucléaire : anticiper les risques

L’industrie nucléaire est très réglementée et remarquablement sûre. Mais la gravité des accidents lorsqu’ils se produisent, leur impact immédiatement mondial et leurs répercussions sur les opinions publiques font qu’elle ne peut se permettre aucun dysfonctionnement grave.

11 mars 2011: un tremblement de terre et un tsunami frappent le Japon. La centrale de Fukushima Daiichi est gravement endommagée. Il s'agit de l'accident nucléaire le plus important après Tchernobyl. © AFP PHOTO/JUNG YEON-JE

Les incidents et accidents nucléaires sont classés selon une échelle internationale, appelée l’échelle INES (International Nuclear Event Scale). Le niveau 0 répertorie des anomalies n'ayant aucune conséquence sur la sûreté. De 1 à 3, il s'agit d'incidents. Et, à partir de 4, on parle d'accidents. À titre d’exemple, en 2013 en France, ont été déclarés à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)L’ASN est une autorité administrative indépendante créée en 2006 et qui assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté nucléaire..., 1 018 anomalies, 103 incidents de niveau 1, 2 de niveau 2 et aucun incident ou accident au-delà1.

 

L’industrie nucléaire française n’a enregistré que des « incidents », jamais d' « accidents ».

L’accident grave d’un réacteur nucléaireSitué au cœur de la centrale nucléaire, le réacteur est une sorte de chaudière géante... (de 5 à 7 sur l’INES) est caractérisé par la fusion lente du cœur, c’est-à-dire du combustibleUn combustible désigne tout composant ou matière solide, liquide ou gazeux susceptible de se combiner à un oxydant..., sous l’effet de la chaleurAujourd'hui, en thermodynamique statistique, la chaleur désigne un transfert d'agitation thermique des particules composant la matière... qu’il dégage. Un magma en fusion, appelé corium, se forme peu à peu. Il risque de percer la cuve, voire le fond du bâtiment réacteur qui constitue la dernière barrière de protection. Des rejets importants de matière radioactive, dont notamment de l’iode et du césium, peuvent alors se produire hors du site.

Trois accidents majeurs

 

7 : le nombre de niveaux d’incidents et d’accidents sur l’échelle internationale INES

Les enseignements

Chacun de ces accidents a mené les ingénieurs à identifier les fragilités des réacteurs en activité2 :

  • l’accident de Three Mile Island a conduit à améliorer le pilotage des réacteurs et la formation des opérateurs. Il a conduit à prendre conscience que, malgré tous les systèmes de prévention, un accident avec fusion du cœur pouvait se produire. Des moyens de « gérer » ce type d’accidents ont été mis en place : filtres permettant de décomprimer l’enceinte en limitant les rejets, recombineurs d’hydrogène pour éviter toute explosion. Ces dispositifs ont été implantés sur de nombreuses centrales (dont le parc français) mais n’existaient pas à Fukushima.
  • l’accident de Tchernobyl a conduit à étudier la dissémination des particules radioactives dans les airs et leur dépôt sur le sol. Celle-ci n’est pas concentrique, mais « en peau de léopard », compte tenu de l’influence des vents. Il a mené aussi à améliorer le confinement sur les réacteurs de troisième génération, comme l’European Pressurized Reactor (EPR) français. Par exemple, la mise en place d’un « cendrier », sur un radier de plusieurs mètres de béton, pour contenir d’éventuelles fuites d’un corium ayant percé la cuve.
  • l’accident de Fukushima a mis en avant l’importance des deux éléments simples qui permettent de reprendre en 48 heures le contrôle d’un réacteur : l’eau et l’électricité, indispensables aux opérations de refroidissement du cœur. Placer les générateurs en hauteur, prévoir des générateurs mobiles de secours, stocker de l’eau à proximité immédiate sont apparus comme des précautions indispensables. La mise en place de forces d’intervention rapides, capables d’agir de façon autonome sur plusieurs sites en même temps, a été engagée, notamment en France, pour faire face à des situations de catastrophes naturelles, comme celle enregistrée au Japon. La gestion de l’information de public et de l’organisation des mouvements de population ont également été étudiées.

 

Sources

(1) INRS (Institut de radioprotection et sûreté nucléaire)

(2) SFEN (Société française de l’énergie nucléaire)