Dossier : Forêts et océans : les puits naturels de carbone

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Décryptages

L’acidification des océans : l’envers de la captation du CO2

L’absorption du CO2 atmosphérique par les océans et les mers augmente au fil des décennies. Ce serait une bonne nouvelle si ce phénomène n’accroissait pas à grande vitesse l’acidité des eaux, menaçant la biodiversité marine et à long terme l’économie mondiale.  Les moyens d’intervention ne peuvent être qu’indirects.

L'acidification des océans
L'absorption du CO2 par les eaux des océans provoque une élévation dangereuse de l'acidité de celles-ci. © THINKSTOCK

Les océans, qui recouvrent 71 % de la surface de la Terre, absorbent environ le quart des émissions de CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... dans l’atmosphère. Cette absorption s’effectue selon un ensemble de mécanismes reliés les uns aux autres :

30 % :  l’augmentation de l’acidité des océans depuis l’ère industrielle

Les dangers de l’acidification

Si cette absorption peut être considérée comme un fait positif face au réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans..., elle pose néanmoins un problème : l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère entraine l’augmentation du CO2 dissous qui provoque une acidification de l’eau.

Le CO2 réagit en effet avec l’eau en libérant des ions hydrogèneL'hydrogène est l'atome le plus simple et le plus léger. C'est l'élément de très loin le plus abondant de l’univers. H+ qui font baisser le pH de l’eau, c’est-à-dire augmentent son acidité (une solution est dite neutre quand son pH est égal à 7, acide quand il est inférieur, basique quand il est supérieur).

Cette acidification confère à l’eau un pouvoir de dissolution du carbonate de calcium. Or celui-ci est indispensable à de nombreux organismes marins pour fabriquer leurs coquilles et leurs squelettes via la calcification. C’est le cas du plancton, des mollusques, des crustacés et aussi des coraux, eux-mêmes indispensables à la vie de millions d’espèces marines qui vivent dans l’océan. L’acidification peut aussi entraîner la prolifération de certaines algues : si leur capacité de séquestration de CO2 peut ainsi augmenter, leur développement excessif perturbe tout l’écosystème.

Les conséquences économiques

Les micro-organismes marins étant à la base de la chaîne de l'alimentation de la faune marine, c’est toute la vie océanique qui est affectée. En particulier, on estime qu’un milliard de personnes dépendent des protéines de la mer, et que la pêche représente un marché de 100 milliards de dollars par an dans le monde. Cette question de l’acidification des océans est donc intégrée dans les grands dossiers internationaux liés au changement climatiqueVoir la définition du réchauffement climatique....

Une des caractéristiques du phénomène d’acidification dans la période qui a suivi la révolution industrielle est sa vitesse. Depuis l'ère industrielle, le pH de l’eau à la surface de l’océan, qui est basique, est passé de 8,2 à 8,1. Cette baisse de 0,1 unité correspond à une augmentation de l'acidité de l'ordre de 30 %. En 2100, l’augmentation de l’acidité pourrait atteindre 100 à 150  %.

Certains phénomènes ont déjà été attribués à l’acidification de l’océan, notamment sur la côte pacifique des États-Unis : entre 2005 et 2010, les professionnels ont détecté une corrélation entre une mortalité anormale des larves d'huîtres et la remontée des eaux très acides et faiblement oxygénées du plateau continental vers le littoral. Ils décidèrent d’ouvrir les vannes d’eau de mer des parcs à huîtres le soir et non plus le matin (quand le niveau de CO2 est plus élevé). Mais ce genre de solution empirique ne suffira pas si l’acidité augmente dans les proportions prévues.

L’acidification des océans menace la calcification du plancton, des mollusques, des crustacés, des coraux.

Des solutions indirectes

L’homme n’a pas de pouvoir direct sur ce phénomène d’acidification des eaux marines. La seule solution durable au phénomène d’acidification est de diminuer les niveaux d’émissions de CO2 dans l’atmosphère, même si les effets n’en seront perçus que dans plusieurs siècles. Il existe une telle inertie des évolutions de la concentration du CO2 dans l’atmosphère et son absorption par l’eau que la hausse de l’acidification est inévitable.

Une première démarche consiste à assurer le renforcement et la coordination de la recherche pour mieux comprendre les phénomènes écosystémiques induits par l’acidification, ainsi qu’une meilleure observation et un enregistrement des données, le tout assuré par une gouvernance internationale. En février 2015, une équipe internationale de scientifiques a par exemple utilisé des satellites pour surveiller l'acidification des océans.1

L’autre nécessité mise en avant par les experts est d’agir en parallèle sur les autres facteurs de stress du milieu marin et de son écosystème (pollution, déchets plastiques, intensité des pêches, etc…). Les outils pour renforcer la résilience dans les océans existent et doivent être améliorés. Par exemple, les aires marines protégées (AMP) permettent une certaine protection de la biodiversitéLa biodiversité désigne la diversité naturelle des organismes vivants... et l’amélioration de l’état écologique des océans.2

 

Sources :

(1) Ifremer

(2) Fondation Total