Dossier : Énergie et digital

5 contenus dans ce dossier

J'approfondis
Imprimer

Décryptages

Ville et digital : le Grand Lyon mise sur le big data

Les technologies digitales trouvent des applications nombreuses dans la gestion des villes en matière d’habitat, de transports et de gouvernance urbaine. Avec 1,3 million d’habitants, qui seront 150 000 de plus d’ici 2030, l’agglomération française de Lyon a multiplié les innovations, notamment dans un quartier pilote qui permet de tester la collecte et l’analyse d’une série de données pour améliorer la vie quotidienne.

Le quartier-pilote de Lyon (la Confluence) teste la collecte et l’analyse du Big Data
Le quartier-pilote de Lyon, la Confluence, teste la collecte et l’analyse du Big Data pour améliorer l'habitat, les transports et la gouvernance urbaine. © PHILIPPE DESMAZES - AFP

Un quartier connecté à énergie positive

Repris sur 150 hectares de friches industrielles, le quartier de la Confluence, là où la Saône rejoint le Rhône, est le concentré des politiques lyonnaises1 : des bâtiments à énergie positive (BEPOS), une flotte de véhicules électriques en auto-partage, un système digital de suivi énergétique dans chacun des logements et à l’échelle du quartier. L’objectif est que le quartier n’émette pas plus de CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... en 2020 qu’en l’an 2000, alors qu’un million de m2 auront été construits entretemps.

Inaugurés en septembre 2015, les trois premiers immeubles mixtes (logements et bureaux) sont reliés et constituent un îlot à énergie positive. Construits avec les dernières technologies en matière d’isolation, ils assurent une production autonome d’énergie (panneaux solaires, installations géothermiques, cogénération La cogénération consiste à produire en même temps et grâce à la même installation de la chaleur (énergie thermique) et de l’électricité... biomasse à base d'huile de colza, systèmes de refroidissement). Celle-ci est stockée puis restituée via une pile à combustibleUne pile à combustible produit de l'électricité grâce à l'oxydation d'un combustible réducteur au niveau d'une première électrode... .

Les immeubles sont truffés de capteurs qui mesurent les températures, la ventilation, la présence des habitants. Un « cerveau central » situé dans le sous-sol des trois immeubles gère les échanges de chaleurAujourd'hui, en thermodynamique statistique, la chaleur désigne un transfert d'agitation thermique des particules composant la matière... et de froid entre eux et régule les consommations. Par exemple, l’électricité produite par les panneaux des bureaux un dimanche ensoleillé est dirigée vers les logements privés.

Les concepteurs du quartier de la Confluence soulignent que la technologie, pour être efficace, doit impliquer les usagers. « On n’en est qu’au début. On commence juste à toucher les habitants »2, a remarqué un responsable du projet au moment de l’inauguration des immeubles. Dans ce but, les habitants ont été équipés d’une tablette de suivi énergétique permettant par exemple d’ajuster les températures à distance et de comparer sa propre consommation à celle de ménages équivalents.

Ces aménagements ont un coût. Le prix du m2 dans le quartier de la Confluence est identique à celui des plus beaux quartiers de Lyon.

A Lyon, des capteurs évaluent l’état de la chaussée (humidité, neige, verglas) pour alerter les services municipaux.

Mobilité : la plateforme Optimod 

Le quartier de la Confluence dispose d’une flotte spécifique de véhicules en auto-partage, tout comme l’ensemble de la ville qui a repris un système équivalent à l’Autolib’ de Paris. La mobilité lyonnaise est gérée depuis une plateforme de données, Optimod, alimentée par 500 points de mesure. Les informations sur le trafic sont actualisées toutes les six minutes et prévoient la situation dans l’heure qui suit. Tous les moyens de transports (automobiles, vélos, transports en commun) sont pris en compte. Un système de co-voiturage, avec 10 000 inscrits, et 33 000 utilisateurs, y est adjoint.

La gestion des données publiques  

La gestion des données publiques de toutes natures répond à deux principes : la transparence pour assurer la confiance des citoyens et la mise à disposition des autres collectivités territoriales et des entreprises. Elles sont regroupées sur une plateforme centrale, Grand Lyon Smart data3, avec plus de 500 séries de données. Elles vont des données cadastrales en 3D aux informations du trafic, des disponibilités des parkings aux images en direct des web cameras, des informations sur le patrimoine touristique aux mesures de pollution.  

Que faire de ces données ? Comment, selon l’expression des responsables de la ville, les transformer en « intelligence urbaine » ? Le Grand Lyon a mis en place un espace d’expérimentation, ouvert aux entreprises qui ont des idées d’applications utiles aux citoyens. Le TUBÀ, « tube à expérimentations urbaines », associe de grands groupes industriels, des universités, des start-ups. Il comporte en outre des espaces largement ouverts au public.

Des projets souvent originaux ont vu le jour. Les « capteurs Grizzly » donnent un état de la chaussée (humidité, température, présence de glace ou de neige) qui permet aux services municipaux de réagir. Le mobilier urbain est rendu interactif. La plateforme Onlymoov' donne en temps réel toutes les informations nécessaires pour se déplacer et se garer dans les parkings et stations de vélo. Les cyclistes bénéficient d’un calcul d’itinéraires tenant compte des aménagements cyclables.