Dossier : Les villes du futur

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Masdar City : ville « laboratoire » tournée vers le monde

Masdar City est un paradoxe : elle n’a pratiquement pas d’habitants, pas de réelle vie urbaine, et pourtant elle se veut déjà une ville-monde, attirant chercheurs et entreprises et essaimant ses nouvelles technologies dans les autres régions de la Planète.

Masdar City
Aux portes de Masdar City, l'un des parcs photovoltaïques qui assure l'alimentation de la ville-laboratoire de l'émirat d'Abou Dhabi.
©Karim Sahib / AFP

Au sein des Émirats arabes unis (EAU), qui regroupent 7 émirats, celui d’Abou Dhabi est le plus riche en hydrocarburesLes hydrocarbures sont des composés chimiques dont les molécules sont constituées d'atomes de carbone et d'hydrogène... . Il y a 50 ans, Abou Dhabi était une bourgade de 3 500 habitants. Le développement a commencé avec la maîtrise des techniques de dessalement d’eau de mer, dans ces zones côtières désertiques du Golfe. Depuis, l’émirat s’est ouvert au monde, avec une population à 88 % d’origine étrangère (experts et techniciens internationaux, et surtout travailleurs pauvres du sous-continent indien).

Ce contexte explique la façon dont l’étrange ville « écologique » de Masdar City (« source » en arabe) sort de terre dans la banlieue d’’Abou Dhabi :  la foi en la technologie (qui a permis l’essor du pays), la volonté de substituer les énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide... aux hydrocarbures et de diversifier l’économie grâce à une « Silicon Valley de l’énergie », l’idée de devenir un « laboratoire » des énergies nouvelles et un investisseur mondial.

Des innovations spectaculaires

En avril 2006, la famille régnante d’Abou Dhabi annonce la création d‘une ville nouvelle. Une cité « modèle », « zéro carbone », « zéro déchets », « zéro énergies fossiles », fondée (autant qu’il est possible en zone désertique) sur l’économie circulaire. La ville devrait compter à terme (fin des années 2020) quelque 50 000 habitants résidents (dont 40 000 étrangers), 1 500 entreprises, dans une zone de 6 Km2.

Masdar City, à Abou Dhabi, abrite un Institut consacré aux énergies nouvelles, mis sur pied avec le MIT de Boston.

D’ici là, Masdar City est encore une ville largement vide. Toutefois, la cité a commencé à déployer des innovations architecturales spectaculaires  : une « tour à vent » qui capte la chaleurAujourd'hui, en thermodynamique statistique, la chaleur désigne un transfert d'agitation thermique des particules composant la matière... au sommet et restitue de l’air frais à la base après brumisation ; une profusion de panneaux solaires sur des immeubles aux façades recouvertes de films plastiques ; des ruelles étroites, dans la tradition arabe, pour se protéger du soleil et canaliser les vents ; des transports en sous-sol par voiturettes sans conducteur guidées par des rails magnétiques.

Mais l’essentiel est dans le concept d’une ville tournée vers le monde. Trois institutions symboles y fonctionnent déjà :

  • Le MIST (Masdar Institute of Science and Technology), qui se veut une université mondiale des énergies nouvelles, mis sur pied avec le MIT (Massachussets Institute of Technology). Quelque 300 étudiants et chercheurs y travaillent déjà.
  • Le siège de l’IRENA (International Renewable Energy Agency), organisation intergouvernementale rassemblant 170 pays et où l’Union européenne est très active.
  • Le siège moyen-oriental du grand groupe allemand Siemens. Abou Dhabi espère attirer d’autres grands groupes internationaux.

Des investissements à échelle mondiale

Masdar cherche à investir dans les technologies avancées : les panneaux solaires en films minces en Allemagne, le solaire thermique en Espagne, l’éolien off-shore dans l'estuaire de la Tamise. Masdar a co-investi dans l’émirat avec TotalEnergies et Abengoa Solar pour construire le plus grand projet solaire à concentration de la région, Shams 1.

D’autres unités de Masdar s’intéressent aux captage et stockage du CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre...  . Des recherches sur le recyclage des déchets et des eaux usées réutilisées pour l’irrigation sont menées avec l’objectif de les développer en Afrique.

En 2021, les Emirats arabes unis ont même lancé un projet pour produire de l’eau potable à partir de … rien, c’est-à-dire en fait en captant l’humidité de l’air. Des  «hyper-déshumidificateurs» seraient installés à Masdar City, alimentés en électricité à partir de panneaux solaires.