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Le site de Huainan, le plus grand parc solaire flottant du monde

Après le Japon, pays pionnier, la Chine s’est lancée dans la technique du solaire photovoltaïque flottant, avec le gigantisme que lui permet la variété de son territoire. Le parc de Huainan, dans la province d’Anhui, est entré en activité, avec une capacité de 40 mégawatts (MW), et une autre installation de 150 MW est prévue dans la même région d’ici 2019.

Image du plus grand parc solaire phototovoltaïque flottant à Huainan, en Chine
Une vue partielle des 160 000 panneaux du parc solaire flottant de Huainan (Chine). ©STR / AFP

Les 160 000 panneaux du site de Huainan ont été installés en 2017 par la société chinoise Sungrow sur un vaste plan d’eau qui recouvre une ancienne mine de charbon. Le parc, qui s’étend sur 800 000 m², soit 110 terrains de football, n’est pas en concurrence avec une activité agricole, industrielle ou touristique. Les eaux sont très minéralisées et impropres à tout usage d’irrigation.  

Les panneaux sont fixés à quelques centimètres au-dessus de l’eau, sur des structures rectangulaires en plastique d’un mètre de long, qui s’accrochent les unes aux autres pour former un vaste tapis modulaires. L’ensemble est ancré au fond du plan d’eau pour ne pas dériver sous l’effet du vent. Dans le monde anglophone, les développeurs parlent, avec humour, de « floatovoltaics »…

Quelques 60 parcs solaires flottants (de plus de 1 MW) étaient installés dans le monde début 2018. La capacité totale de ces parcs est encore très modeste, à savoir moins de 200 MW (soit l’équivalent d’un grand parc solaire au sol, de quoi alimenter en électricité quelque 200 000 habitants). Cependant, elle a plus que doublé en un an1. Le Japon, qui a beaucoup de bassins d’irrigation agricole et où le foncier est cher, a été tout naturellement un pays pionnier et domine encore la filière. De tailles diverses, les plans d’eau doivent être calmes, tels des lacs de barrage, des lacs de carrières, des réservoirs d’irrigation agricole ou d’eaux industrielles, des sites de traitement d’eau, des terrains inondables… 

200 MW : la capacité de tous les parcs solaires flottants dans le monde, de quoi alimenter une ville de 200 000 habitants.

La surface souvent réduite des plans d’eau limite bien sûr la puissanceEn physique, la puissance représente la quantité d'énergie fournie par un système par unité de temps... de ces parcs. Le record du parc flottant de Huainan (40 MW) est loin derrière les niveaux des grands parcs terrestres de la Chine ou de l’Inde qui atteignent ou dépassent les 1 000 MW. 

Mais les promoteurs du solaire flottant font valoir une série d’autres avantages :

La question environnementale fait l’objet de débats. Le parc flottant, ne pollue pas, limite l’évaporation de l’eau et évite la prolifération des algues. Mais des mouvements écologistes mettent en cause le taux de couverture de la surface des plans d’eau et jugent que s’il est trop élevé, l’éventuelle vie aquatique peut être menacée.

Le Royaume-Uni possède deux des dix plus grands parcs solaires flottants dans le monde, à Londres et Manchester.

Le solaire flottant dans le monde

Le Japon a près de 50 installations de plus d’1 MW et plusieurs dizaines d’autres en projet. En mars 2018, le plus grand parc japonais (13,7 MW) a été inauguré à Chiba, près de Tokyo, à proximité d’un barrage hydro-électrique, complétant ainsi sa production. Une petite société française, basée à Lille, Ciel et Terre2, a été depuis 2006 au cœur du développement de cette filière en s’associant à un partenaire japonais Kyocera TCL Solar.

L’Inde, qui a beaucoup de lacs d’irrigation (36 000 dans le seul État du Karnataka), a annoncé un ambitieux programme soutenu par les pouvoirs publics. L’Australie aussi s’est mise sur les rangs.

Mis à part le Royaume-Uni, qui a deux des dix plus grands parcs mondiaux (le Queen Elizabeth Reservoir près de Londres et le Godley Reservoir près de Manchester), les pays européens, comme la Belgique, le Danemark, l’Italie ou le Portugal, ont jusqu’à présent privilégié des installations de moins d’1 MW. La France discute depuis plusieurs années d’un projet ambitieux à Piolenc, dans le Vaucluse, sur une ancienne carrière d'extraction de granulats, qui pourrait voir le jour en 2019. La commune alsacienne d’Illkirch, dans la banlieue de Strasbourg, finalise une petite installation sur un étang pour les besoins des services municipaux mais elle rencontre l’opposition d’écologistes.