Dossier : Climat : la difficile application de l'Accord de Paris

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La responsabilité des États dans l'action pour le climat

Les États ont une lourde responsabilité dans la lutte contre le réchauffement climatique puisque l’Accord de Paris leur a confié le soin de se fixer à eux-mêmes des objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES). Leurs « plans-climat » doivent être fortement améliorés pour limiter le réchauffement à 2 °C, voire 1,5 °C, d’ici 2100. Mais l’annonce en juin dernier par le président Donald Trump du retrait des États Unis fait peser une lourde incertitude sur l’avenir de ce processus. 

Image de la conférence dite du "One Planet Summit", organisée à Paris en décembre 2017, avec 50 dirigeants mondiaux.
Le "One Planet Summit" a réuni en décembre 2017, à Paris, 50 dirigeants mondiaux, qui ont examiné comment relancer leurs efforts contre le réchauffement climatique. ©LUDOVIC MARIN / AFP

Les négociateurs de l’Accord de Paris de décembre 2015 ont fait le pari qu’il est possible d’arriver à des résultats par l’auto-régulation des États, avec une transparence des statistiques observables par tous. La méthode a été préférée à la fixation de chiffres globaux contraignants dans un accord international – comme dans le Protocole de KyotoLe Protocole de Kyoto est un traité international organisé dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques... en 1997 – avec le risque qu’il ne soit jamais réellement appliqué.

Les États seront appelés à revoir leurs contributions volontaires au cours de l’année 2018, car ce qu’ils ont déposé actuellement est insuffisant. Ils seront aiguillés par un rapport du GIECLe GIEC est le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat... explicitant les efforts à faire si l’on veut atteindre la limitation à 1,5 °C de l’augmentation moyenne de la température de la Planète d’ici la fin du siècle par rapport à la période préindustrielle. Auparavant, les États devront avoir ratifié l’Accord de Paris, pour son application à partir de 2020, une procédure parfois complexe. Voici la situation des quatre plus grandes zones émettrices de la Planète1.

2018 : l’année pendant laquelle les États seront appelés à améliorer leurs programmes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

 

Chine et États-Unis – L’Accord de Paris avait été en large partie assuré par la dynamique sino-américaine, sous l’impulsion du président d’alors Barack Obama et de son homologue chinois Xi Jinping qui avaient annoncé leurs ambitions ensemble lors de sommets bilatéraux.

La Chine a fixé des objectifs à l’horizon 2030 : commencer à réduire à cette date - et si possible avant - ses émissions de CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... et monter à 20 % la part des énergies non-fossiles dans son mix énergétiqueLe mix énergétique, ou « bouquet énergétique », décrit la répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour la consommation énergétique d’un territoire... , un défi dans un pays qui dépend encore largement du charbon. Le 13e plan quinquennal adopté en mars 2016 a intégré ces objectifs. La Chine a affiché son intention de « pousser » les pays les plus riches à aller de l’avant, notamment dans le soutien aux pays les moins développés.

Les États-Unis avaient pour la première fois accepté l’idée de contraintes chiffrées. Mais en juin 2017, le président Donald Trump, élu six mois auparavant, a annoncé le retrait de son pays de l’Accord sur le climat. Le processus juridique est long et la sortie officielle ne pourra théoriquement intervenir que le 4 novembre 2020, un jour après la prochaine élection présidentielle américaine. Les autres signataires de l’Accord de Paris ont exclu toute renégociation avec leur partenaire américain.

Mais plusieurs obstacles se présentent. Le Président Barack Obama a franchi  le pas le premier en ratifiant l’accord, avant son départ de la Maison Blanche, par un « executive agreement », au nom de la compétence de l’État fédéral en matière de politique étrangère. Mais en février 2016, la Cour Suprême, saisi par des États à majorité républicaine, a bloqué le Clean Power Act, l’ambitieux programme de Barack Obama pour limiter les émissions polluantes des centrales thermiques. Une élection de Donald Trump à la présidence pourrait avoir des conséquences imprévisibles, mais sans doute pas avant quatre ans.

La Chine a promis de commencer à réduire en 2030, et si possible avant, ses émissions de CO2.

 

Union européenne (UE) – Souvent qualifiée de meilleure élève de l’action contre le réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans..., l’UE a fixé un objectif collectif de réduction de 40 % de ses émissions de GES d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. À la même échéance, elle prévoit de porter la part des énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide... à au moins 27 % et d’améliorer l'efficacité énergétiqueEn économie, l'efficacité énergétique désigne les efforts déployés pour réduire la consommation d'énergie d'un système... d'au moins 27 %. En outre, l’UE s’est engagée à financer à hauteur de 9 milliards d’euros supplémentaires les actions contre le changement climatiqueVoir la définition du réchauffement climatique..., afin de compenser la perte financière consécutive au retrait américain. 

Inde - L’Inde a un objectif de 40 % d’énergies renouvelables dans la production électrique à l’horizon 2030, confirmant ses efforts en matière de solaire notamment. Mais sa dépendance au charbon reste très forte compte tenu de ses besoins prévisibles. L’Inde devrait être largement le pays le plus peuplé en 2050 (1,7 milliard, contre 1,4 milliard prévu en Chine). D’autre part, l’Inde fait dépendre la réalisation de ses objectifs de l’aide qu’elle recevra de la part du Fonds vert pour le climat ou d’autres moyens de financement et des transferts de technologies. Elle est sur ce plan un chef de file de nombreux pays du monde en développement qui insistent sur la conditionnalité de leur engagement.

 

 

Source :

(1) Voir la carte interactive (en anglais uniquement)