Dossier : Le Grand Paris : conjuguer histoire et vision du futur

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La longue histoire de l’expansion de Paris

Paris s’est constitué autour d’un noyau historique formé de l’île de la Cité, du Louvre et du quartier latin. Les réalités de l’expansion économique ont toujours conduit la capitale à dépasser les fortifications successives qu’imposaient les impératifs militaires de défense de la ville. Puis les révolutions industrielles et les « trente glorieuses » (les années de croissance de 1946 à 1975) ont poussé la ville « hors les murs ». Le projet actuel du « Grand Paris » est une nouvelle étape de cette extension continue.

Image d'une carte de Paris à la fin du dix-neuvième siècle.
L'expansion de Paris s'est faite par cercles concentriques. Ici une carte de la ville de 1889. ©SHUTTERSTOCK

Les sept enceintes de Paris

Pas moins de sept ceintures ont enserré Paris depuis les débuts de l’ère chrétienne1. Après les enceintes gallo-romaine et carolingienne, le roi Philippe Auguste, le premier à conforter le pouvoir royal face aux grands seigneurs régionaux, édifia au XIIIe siècle une muraille dont il reste quelques pans. Charles V, un siècle plus tard, puis Louis XIII au XVIIe siècle élargirent le périmètre pour réintégrer les faubourgs qui s’établissaient progressivement autour des fortifications. La Bastille, les grands boulevards d’aujourd’hui et la place de la Concorde dessinent alors les contours de Paris.

La réorganisation de la vie économique et financière à la fin de l’Ancien régime, juste avant la Révolution de 1789, conduit à construire le mur des « fermiers généraux ». Il s’agissait de permettre à ces collecteurs d’impôts de percevoir une taxe sur les marchandises entrant dans la ville. Les commerçants passaient par des « barrières », dotées de bâtiments d’octroi dont quelques-uns subsistent, notamment place Denfert-Rochereau et place de la Nation.

En 1845, à la fin du règne de Louis Philippe, une ligne de fortifications est dressée par le Premier ministre d’alors Adolphe Thiers, englobant Paris et des communes environnantes, encore largement agraires, qui sont devenus aujourd’hui des quartiers aux noms bien connus : Montmartre, La Villette, Belleville, Bercy, Auteuil, etc. L’essor économique sous Napoléon III va conduire à une urbanisation rapide de ces quartiers qui sont intégrés dans le Paris « intra-muros » de seulement 100 km2 que nous connaissons aujourd’hui.

À partir de 1900, la construction du métro par l’ingénieur Fulgence Bienvenüe accroît encore le caractère compact de la ville. Son réseau est le plus dense du monde et reste dans l’enceinte de Thiers. Les fortifications restent en place jusque dans les années 1920, isolant physiquement la banlieue. Une « zone » d’habitat misérable se crée autour de la capitale.

La planification de 1960

L’idée d’un essor coordonné avec les banlieues naît véritablement à partir de 1960, alors que la VRépublique naissante instaure un fort dirigisme économique, avec un État planificateur de l’industrialisation et de l’urbanisme.

Dans les vingt ans qui suivent, une série de développements majeurs interviennent :

  • la construction de neuf « villes nouvelles » (comme Sénart-Evry, Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée ou Saint-Quentin-en Yvelines) est lancée en grande banlieue afin de réduire la concentration de la population sur Paris ;
  • un Réseau Express Régional, le RER, déploie ses cinq voies ferrées sur 587 km et 250 points d’arrêt et de grands axes autoroutiers sont construits,  permettant des transferts massifs de salariés de la banlieue vers les centres d’activité centraux ;
  • un quartier d’affaires, La Défense, est érigé à proximité de la capitale et est aujourd’hui le premier d’Europe par l'étendue de son parc de bureaux ;
  • de nombreuses lignes de métro sont prolongées de quelques stations pour desservir les communes limitrophes où des programmes de réhabilitation sont lancés.

Le pôle de Paris-Saclay, à 20 km de la capitale française, regroupe 19 établissements supérieurs et les centres de recherche de quelque 50 entreprises.

L’essor de la région Île-de-France

Au début des années 1980, les lois de décentralisation enclenchent une montée en puissanceEn physique, la puissance représente la quantité d'énergie fournie par un système par unité de temps... des régions qui a été particulièrement sensible en Île-de-France. De grands équipements s’implantent, comme le parc de loisirs à dimension européenne Disneyland à Marne-la-Vallée ou le Stade de France dans la banlieue populaire de Saint-Denis.

La région Île-de-France prend conscience qu’elle est l’une des plus importantes zones d'activité économique du monde et que son développement doit être conçu de façon globale. Les grandes écoles françaises déménagent progressivement en banlieue, les laboratoires de recherche s’y installent. Puis, à partir de 2005, huit « pôles de compétitivité » ayant pour but d’accroître l'attractivité économique des territoires sont décidés. Par exemple, à 20 km au sud de Paris, sur un plateau couvrant 27 communes, s’est constitué un pôle d'excellence scientifique et technique, Paris-Saclay, qui vise à égaler la Silicon Valley en Californie ou la région de Cambridge au Royaume-Uni. Il regroupe 19 établissements supérieurs (2 universités, 10 grandes Ecoles, et 7 organismes de recherche) et les centres de R&D de quelque 50 entreprises. Il concentre ainsi quelque 15 % de la recherche scientifique française, chiffre qui devrait être à terme compris entre 20 et 25 % 2.

Malgré ces évolutions, le nouvel espace a toujours souffert d’une conception en étoile, notamment au niveau de ses transports qui rendent difficiles le déplacement d’une zone d’activités à une autre sans transiter par le centre de Paris. Le projet du « Grand Paris », conçu dès 2008 et qui se déploie depuis 2013, a notamment pour objectif de résoudre ces difficultés et d’effacer la notion de « banlieue » se référant à un centre. Voir le décryptage « Le projet du Grand Paris ».

 

 

Sources : 

(1) Voir carte interactive

(2) Voir Site Paris-Saclay