Dossier : Énergie et ressources naturelles

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Décryptages

L'approvisionnement en métaux rares est-il menacé ?

Une utilisation non maîtrisée des métaux rares, potentiellement génératrice de pénuries, aurait des répercussions sérieuses sur l’économie mondiale. Mais une série de facteurs (économies, recyclage, nouvelles exploitations) peuvent aller dans le sens d’un développement durable de ces ressources naturelles stratégiques.

Image d'une unité de traitement de minerai de cobalt, métal rare, à Lubumbashi, en République démocratique du Congo.
Le cobalt est un minerai d'importance stratégique. Ici, une usine de Lubumbashi (RDC - Congo) traite des blocs de cobalt avant leur exportation en Chine. ©SAMIR TOUNSI / AFP

Les ressources en métaux rares sont réparties sur toute la planète. Les États-Unis sont de grands producteurs de béryllium, le Brésil de niobium, la République démocratique du Congo de cobalt, l’Afrique du sud de platine, l’Australie de tantale. Mais un pays est particulièrement riche en « terres rares », c’est-à-dire la famille des métaux rares la plus recherchée. Il s’agit de la Chine, nouvelle superpuissance sur la scène mondiale.

17 : c’est le nombre de « terres rares », ces métaux de plus en plus indispensables aux industries de l’énergie et de l’électronique.

 

Selon le BRGM1, la Chine dispose de près de 47 % des ressources géologiques mondiales de terres rares, devant la Russie (17 %) et le Groenland (8 %). Mais si l’on considère la production elle-même, la prédominance chinoise est beaucoup plus forte : on l’estime autour de 90 %. Cette position dominante dans la production a été acquise grâce à ses coûts d’exploitation très faibles, notamment dans ses grandes mines de Mongolie, où la main d’œuvre est bon marché et les règles environnementales peu contraignantes. Plusieurs pays industrialisés ont d’ailleurs délocalisé en Chine leurs propres usines de traitement de terres rares en raison de cet avantage en matière de coûts2.

 

La montée très rapide de la demande en raison des besoins nouveaux des filières de la transition énergétiqueLa transition énergétique désigne le passage du système actuel de production d'énergie... et du numérique (voir le décryptage « Les métaux rares, des éléments devenus stratégiques ») a fait apparaitre trois risques, qui nécessitent des réponses si l’on souhaite un développement durableIl s’agit d’un « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »..

Le risque de pénurie : économiser et recycler

L’insuffisance de production de certains métaux très demandés pourrait contraindre les industriels à différer dans le temps l’arrivée de nouvelles technologiques. Pour y faire face, il est possible de réduire les utilisations non indispensables, de recycler les produits ou de développer des solutions de substitution.

En février 2018, le constructeur automobile japonais Toyota a dévoilé un aimant qui permettrait de ne plus utiliser de néodyme dans ses véhicules électriques. D’autres modèles - la Zoé de Renault ou les Tesla - n’en comportent pas, ou dix fois moins. Les éoliennes terrestres de taille moyenne peuvent en faire l’économie. Autre exemple : l’oxyde de cérium, qui a été utilisé en quantités massives pour le polissage des pare-brise, était souvent rejeté dans la nature car non polluant. En le recyclant, les industriels ont réduit son utilisation par dix.

Le recyclage consiste à récupérer les métaux rares sur les équipements usagés, grâce à une bonne gestion de ces véritables « mines urbaines » que constituent les déchets électroniques (disques durs d’ordinateurs, téléphones portables, téléviseurs, etc). Les techniques de recyclage sont maintenant très au point. Encore faut-il que le coût des filières de recyclage ne décourage pas les investissements dans ce secteur, ce qui est encore le cas aujourd’hui. Voir le point de vue de Gaëtan Lefevre

Le risque financier 

Les cours des métaux rares sont très volatils, c’est-à-dire très fluctuants. Par exemple, les prix du lithium et du cobalt ont été multipliés par 3 entre 2013 et 2016. En revanche, quand la Chine a allégé ses quotas d’exportation de terres rares, leurs prix ont baissé.

Or le niveau des prix a une influence directe sur les investissements dans les projets miniers. Si les prix s’envolent, ils inciteront les investisseurs à s’engager dans de nouvelles exploitations minières de métaux rares. Si les prix baissent, cela est positif pour les industries utilisatrices, mais cela ne va pas inciter les investisseurs à ouvrir de nouvelles exploitations minières.

Le Japon a annoncé en avril 2018 avoir localisé des masses considérables de terres rares dans les fonds marins de l’archipel d'Ogasawara, à 2 000 km au large de Tokyo.  Mais les exploitations minières - a fortiori celles qui se situent offshoreTerme anglais désignant les zones et les opérations d'exploration ou d'exploitation pétrolières en mer... - nécessitent des investissements qui se chiffrent en milliards de dollars.

La Chine produit autour de 90 % des terres mondiales mais bien d’autres pays en disposent dans leur sous-sol.

Le risque géopolitique

Par ses richesses en métaux rares, la Chine est susceptible d’influer sur les prix de ceux-ci et donc sur les approvisionnements. Selon qu’elle accentue ou allège des quotas d’exportation, les prix de vente des terres rares varient fortement et les investissements deviennent plus ou moins risqués. Voir le point de vue de John Seaman

Une série d’autres points chauds existent dans le monde. Par exemple, le cobalt, très présent dans les batteries, est produit pour 66 % en République démocratique du Congo, un pays sujet à des conflits ethniques récurrents. Les grandes puissances, notamment la Chine et les États-Unis, sont très actives dans ces régions sensibles pour assurer leur accès à ces matières premières stratégiques.

 

 

Sources :

(1) Voir le dossier du Bureau des ressources géologiques et minières (BRGM)

(2) Voir les tendances sur le portail français des ressources minérales