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États-Unis : le charbon face au gaz et aux renouvelables

Le président américain Donald Trump a pris en août 2018 des mesures destinées à soutenir la filière du charbon aux États-Unis. Depuis une dizaine d’années, celle-ci a connu un net déclin au profit du gaz naturel, poussé quant à lui par l’exploitation des gisements d’hydrocarbures de schiste. La production charbonnière a fortement baissé et rien n’indique encore qu’elle puisse repartir à la hausse. Le recul du charbon a entraîné une baisse notable des émissions de CO2, la production d’électricité par les centrales à gaz étant nettement moins émettrice de gaz carbonique que celle des centrales à charbon. Les États-Unis sont le deuxième pays émetteur (en valeur absolue) de gaz à effet de serre, dépassés par la Chine en 2007.

Image de mineurs de charbon, devant le drapeau américain,  assistant à une réunion en faveur de la politique charbonnière du président Donald Trump.
Sur la photo, des mineurs de charbon assistent en avril 2017, à Sycamore (Pennsylvanie), à une réunion en faveur de la politique du président Donald Trump. Ce dernier a promis des mesures de relance de la filière charbonnière des Etats-Unis. ©JUSTIN MERRIMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Des émissions de CO2 en baisse

Les émissions de COliées à l’énergie ont culminé aux États-Unis vers 2005 avant de diminuer en dix ans d’environ 13 %. Les émissions ont ainsi retrouvé leur niveau de 1995 alors que le produit intérieur brut (PIB) américain s’est accru dans le même temps de 80 %2. Selon les prévisions de l’EIA (Energy Information Administration), elles devraient rester à peu près stables en 2018 et 2019, ainsi que l’indique le graphique ci-dessous :

Évolution des émissions de CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... liées à l'énergie aux États-Unis (1980-2019)

Les évolutions des émissions de CO2

Source : EIA (US Energy Information Administration)

 

Le déclin du « King Coal »

30 % : la part du charbon dans la production électrique des États-Unis en 2017 (32 % pour le gaz).

Cette évolution à la baisse est due essentiellement à la substitution progressive du charbon par le gaz dans la production électrique. Disponible en grandes quantités, à des coûts généralement bas, et assurant des dizaines de milliers d’emplois, le charbon a joué un rôle essentiel, parallèlement au pétrolePétrole non raffiné., dans le développement américain. On le désigne encore souvent par le nom de « King Coal », d’après le titre d’un roman de l’écrivain Upton Sinclair en 1917. En 1990, il assurait encore plus de la moitié de la production électrique. 

L’essor du gaz de schisteLes gaz de schiste (ou shale gas) sont situés dans des roches sédimentaires argileuses enfouies à de grandes profondeurs..., au cours des années 2000, a apporté une ressource moins polluante et bon marché et les centrales à gaz ont peu à peu remplacé les vieilles centrales au charbon. La part du charbon dans le mix électriqueLe mix électrique représente les proportions de chacune des filières de production électrique : nucléaire, thermique... américain est tombée à 30,1 % en 2017, dépassée par celle du gaz naturel (31,7 %). Mais le charbon connaît encore des pics saisonniers qui le font repasser quelquefois devant le gaz, notamment selon les variations météorologiques et les besoins variables en chauffage ou climatisation.

Le développement des énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide... a également contribué, dans une moindre mesure, au rééquilibrage du mix électrique3. Grâce aux grands parcs que permet l’immense territoire américain, la production éolienne a doublé entre 2012 et 2018 et la production solaire a plus que triplé entre 2014 et 2018. Mais ces deux filières ne comptent encore que pour 7,5 % dans le mix électrique (6,3 % pour l’éolien et 1,2 % pour le photovoltaïque). Le nucléaire et l’hydroélectrique sont stables dans le mix électrique à 20 % pour le premier et 7,5 % pour le second.

Dans ce contexte économique, la production charbonnière a nettement baissé depuis dix ans, même si 2017 a marqué un léger regain en raison des exportations plus importantes, notamment vers l’Europe. Mais elle devrait rebaisser en 2018, selon l’EIA4.

Le poids des réalités économiques

Les émissions de CO2 des États-Unis sont au même niveau qu’en 1995, malgré un PIB presque doublé.

Les décisions de Donald Trump peuvent-elles relancer le charbon ? Défendant l’emploi des « super-mineurs » et affirmant que « Trump extrait le charbon » (« Trump digs coal »), le président américain a décidé de laisser aux États le soin de fixer chacun leurs normes antipollution. Il annule ainsi le « Clean Power Plan » adopté par son prédécesseur Barack Obama pour donner à l’État fédéral un pouvoir d’intervention qui aurait pu conduire à la fermeture de nouvelles centrales au charbon.

Il n’est pas sûr que la volonté de Donald Trump de « ressusciter le charbon » renverse la tendance compte tenu des réalités économiques. Le nombre de centrales à charbon est passé de 580 en 2010 à 350 début 2018. Au moins 40 autres ont prévu de fermer ou de ralentir leur production d’ici 2025. Le secteur employait 80 000 personnes en 2010 contre environ 50 000 en 2018. En outre, beaucoup des États et des villes des États-Unis mènent des politiques environnementales actives qui orientent les investissements vers d’autres sources d’énergie.

 
 
 

Sources :

(1) Il s’agit des émissions liées à la combustion des matières fossiles (production d’énergie, industrie, habitat, transport). Elles représentent aux États-Unis 95 % du total des émissions de CO2.

(2) Rappelons que le GIECLe GIEC est le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat... (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) estime que pour limiter à 2°C l’augmentation de la température moyenne de la planète, il faudra réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 40 % à 70 % en 2050 (par rapport aux niveaux de 2010), et atteindre des niveaux d’émission proches de zéro en 2100.

(3) Voir le mix électrique des États-Unis (EIA).

(4) Voir la production charbonnière (EIA).