Dossier : L'Allemagne et l'énergie

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Allemagne et renouvelables : l’exemple du 1er janvier 2018

Tout de suite après le réveillon de la nouvelle année 2018, entre 3 h et 7 h du matin, la production d’électricité renouvelable de l’Allemagne a été égale au chiffre de la consommation électrique du pays. Que cela signifie-t-il exactement et quelles leçons en tirer ?

Image d'une éolienne au bord de la mer Baltique.
La région de la mer Baltique est l'une des plus grandes zones de production d'électricité éolienne. ©OLIVIER MORIN / AFP

Le 31 décembre 2017, à minuit, cinq sources d’énergie principales contribuaient à la production électrique de l’Allemagne : des éoliennes, notamment au bord de la mer Baltique, des centrales à biomasseDans le domaine de l'énergie, la biomasse se définit par l'ensemble des matières organiques d'origine végétale ou animale..., des usines de barrages hydrauliques, des centrales thermiques à charbon et gaz et des centrales nucléaires. Comme c’était la nuit, le parc photovoltaïque ne produisait rien. Il s’agissait d’un mix classique pour assurer la sécurité d’un réseau. On peut le suivre sur le site interactif en temps réel smard, ouvert à l’été 2017 par les opérateurs allemands.

  • À partir de 3 h, le vent, déjà très fort, s’est encore accru.
  • De 6 h à 7 h, les éoliennes ont généré une quantité d’électricité de 35 gigawatt-heures (GWh). 6 GWh ont été fournies par la biomasse et l’hydraulique, soit un total de 41 GWh pour les énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide....
  • Dans la même plage horaire, les centrales thermiques fossiles (essentiellement à charbon) ont contribué à hauteur de 8 GWh et les centrales nucléaires de 4,7 GWh. Avec d’autres apports conventionnels (incinérateurs, etc…), la production totale électrique a atteint 58 GWh.
  • Dans le même temps, la consommation s‘est établie à un niveau très bas, explicable par la torpeur qui s’empare généralement d’un pays quelques heures après les festivités de fin d’année… La consommation s’est fixée à 41 GWh, face à une production totale de 58 GWh, dont 41 GWH d’électricité renouvelable1.

Les pays européens s’échangent de l’électricité, certains exportant régulièrement plus de 10 % de leur production nationale.

Quelle interprétation ?

Certains médias ont titré que l’Allemagne avait donc vécu pendant une heure sur sa seule production renouvelable. Cela n’est pas exact puisque la production incluait une part d’électricité de sources fossiles et nucléaire. Aurait-il été possible de « débrancher » les centrales à charbon et les centrales nucléaires apparemment inutiles ? Non, car si l’hydraulique et la biomasse fournissent une production prévisible, l’éolien en revanche est soumis aux sautes de vent. À midi d’ailleurs, le vent a nettement faibli. Il n’est donc pas possible de prendre le risque de dépendre uniquement de lui. C’est toute la question de l’intermittence de l’éolien (et du solaire).

Qu’est-ce que l’Allemagne a donc fait des 17 GWh produit en « surplus » ? Elle les a exportés vers les pays voisins, dont 6,4 GWh vers la France, 5 GWh vers l’Autriche et 2 GWh vers le Danemark.

La France a réceptionné sans difficulté cette électricité, ainsi que le montrent les courbes, également en temps réel, que publie le réseau français de transport de l’électricité (RTE).2

La France a, toute la nuit et même toute la matinée, importé des quantités d’électricité importantes d’Allemagne (des puissances de 3 300 à 7 700 GW), en exportant en même temps vers l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, la Suisse. Dans l’après-midi, c’est d’Espagne que la France a importé de l’électricité, alors qu’elle en exportait cette fois vers l’Allemagne.

Effectifs depuis plusieurs années, les échanges d‘électricité entre pays européens sont bénéfiques à plusieurs titres. Ils permettent une assistance mutuelle dans le cas où un pays connaît une baisse de production. Les interconnexions permettent de mobiliser sur les marchés de gros la ressource disponible la plus compétitive à un moment donné.

Les échanges permettent aussi de mieux réguler l’intégration sur les réseaux de l’électricité éolienne ou solaire, variable par nature. Si le vent ne souffle pas sur la mer Baltique, il peut faire tourner les éoliennes dans le sud de l’Espagne : les réunir sur un réseau unique permet de bénéficier de ce qu’on appelle le « foisonnement ». Sans oublier cependant qu’il peut y avoir des périodes – rares - pendant lesquelles la production d’électricité renouvelable est très faible à l’échelle de tout le continent européen, avec un froid sibérien, donc une forte demande mais avec peu de soleil et des vents très faibles.

 

 

Sources :

(1) Voir le graphique sur le site de l'Agence fédérale des réseaux allemande (en allemand uniquement)

(2) Voir le graphique sur le site du RTE