Cinéma Littérature et Énergie

Vers l’infini… et au-delà ! La science-fiction ou l’énergie rêvée.

Une affiche du film Star Trek ainsi que son auteur pour illustrer l'article sur la science fiction ou l'énergie rêver
©Planète Energies

Les livres, les feuilletons et les films de science-fiction permettent de découvrir de nouvelles planètes, d’autres galaxies, des horizons très très lointains. Tous ces mondes offrent une incroyable variété d’aventures. Néanmoins, une question essentielle se pose dans ce genre littéraire : pour atteindre ces lieux si distants, il faut voyager vite, à des vitesses proches de la lumière (et même au-delà…). Mais avec quelle énergie ? Selon les imaginations débordantes des scénaristes et écrivains, les solutions sont multiples, certaines assez précises, d’autres beaucoup moins. Embarquons à pleine vitesse pour ces espaces mystérieux.

Star Trek : matière et anti-matière

La plupart des auteurs de science-fiction s’appuient sur les connaissances de leur temps, quitte à leur forcer un peu la main pour aboutir à un résultat spectaculaire qui donnera la clé de l’énergie nécessaire aux voyages intersidéraux. Il en va ainsi de la notion parfaitement scientifique d’antimatière qui est due aux travaux du prix Nobel britannique (1933) Paul Dirac (1902/1984). Les particules d’antimatière ont la même masse que leurs homologues (la matière) mais avec quelques caractéristiques différentes, en particulier leur charge électrique. Ainsi, l’électron qui a une charge négative possède une antiparticule, le positon qui a une charge positive.  Matière et antimatière quand elles se rencontrent libèrent une énergie colossale (leur masse par le carré de la vitesse de la lumière selon une équation bien connue). Il n’en fallait pas plus pour que les auteurs de science–fiction s’emparent de ce phénomène. C’est le cas d’une série télévisée extrêmement célèbre créée en 1966 par Gene Roddenberry (1921/1991) : Star Trek. En effet, le vaisseau Enterprise qui transporte les héros peut dépasser la vitesse de la lumière car il consomme de l’antimatière. Son moteur est dit « à distorsion » car il déforme l’espace à l’avant et à l’arrière du vaisseau, ce qui lui permet de dépasser les limites théoriques de 300 000 km/s. Dans le récit Star Trek, le mélange antimatière-matière utilise le deuterium (un isotopeLes atomes d’un même élément peuvent comporter un nombre différent de neutrons tout en conservant le même nombre de protons... de l’hydrogèneL'hydrogène est l'atome le plus simple et le plus léger. C'est l'élément de très loin le plus abondant de l’univers. , bien réel) avec un stabilisateur à base de cristaux, le dilithium (un matériau inventé mais essentiel à l’histoire) qui permet de concentrer l’énergie.  En dehors de cette réussite qui relève de la fiction, les essais grandeur nature pour utiliser les propriétés de l’anti-matière se sont révélés très décevants. Peu importe : pour rêver, il faut bien aller au-delà des connaissances. L’action se  place dans l’avenir et s’étale du XXIIè siècle à la fin du XXIVè. Star Trek aligne d’autres records en dehors de ses performances fictives de vitesse et d’énergie, des records ceux-là bien réels : 731 épisodes et des déclinaisons qui vont de la bande dessinée aux films. La fiction a d’ailleurs rejoint la réalité quand la NASA a accepté de nommer Enterprise le prototype de la navette spatiale dans les années 1970 (comme le premier sous-marin nucléaire américain en s’appelant Nautilus avait rendu hommage à Jules Verne). Enfin, la série Star Trek est aussi connue pour une autre technique étonnante : la téléportation qui permet aux personnages d’être transportés en un instant vers un lieu plus ou moins distant. Mais là, on reste encore vraiment dans le rêve…

Stargate : zero point energy

Une autre œuvre de science-fiction a rencontré un succès durable, la série Stargate (« la porte des étoiles »). La création est plus récente (1994) avec une différence essentielle par rapport à Star Trek : l’histoire est censée se passer de nos jours. Ici, l’exploration des galaxies les plus lointaines est rendue possible par la découverte d’une porte vers les étoiles d’où le titre de la série.

L’énergie nécessaire aux explorations lointaines tire cette fois-ci sa source d’un moteur ayant pour nom EPPZ qu’on pourrait traduire par « extracteur du potentiel du point zéro ». Cette source d’énergie très puissante, c’est l’énergie du vide. Celle-ci est bien réelle, calculée grâce à l’observation astronomique mais elle est très faible. Toutefois, dans la série de science-fiction Stargate, les Anciens ont su construire un type de réacteur qui est capable d’emmagasiner des puissances phénoménales, destinées au passage par les portes des étoiles, à l’activation de boucliers protecteurs, à la construction d’armes redoutables… Mais les merveilles de Stargate ne s’arrêtent pas là. Il existe aussi un minerai très rare, le naqahdah (les orthographes peuvent varier) dont la fission permet d’accumuler et de restituer d’énormes quantités d’énergie. Il peut ainsi alimenter un moteur hyperspatial (un moteur de taille modeste qui n’est pas plus grand qu’un attaché-case). Toutefois son usage est assez délicat et il peut exploser dans certains cas. Cet accumulateur ne connaît pas de pertes électriques et s’avère donc supraconducteur (qualité réellement observée lors du passage de l’électricité à des températures très basses). Malheureusement, les mines de naqahdah sont rares et exploitées de façon peu digne. Un isotope du naqahdah, le naquadria (là aussi les orthographes peuvent varier), est encore plus prometteur. Il est cent fois plus puissant et en même temps beaucoup plus dangereux, car très instable. En fait, le « zero point energy » et ses dérivés présentent de grands dangers qui peuvent quasiment détruire le système solaire.  La science-fiction porte souvent un message d’alerte sur les dérives de la science et la folie des hommes : on comprend que la saga du nucléaire après 1945, à la fois source d’énergie et source de destruction massive, puisse hanter les écrivains de la seconde moitié du XXè siècle.

Une imagination débordante

Si les séries Star Trek et Stargate furent de grands succès, la science-fiction a utilisé bien d’autres systèmes pour propulser ses héros à travers des espaces infinis à des vitesses défiant l’imagination. Ces différents moyens s’appuient d’abord sur l’extrapolation de techniques connues, sur les espoirs issus de la recherche de pointe et souvent sur le rêve éternel d’une énergie quasi-infinie et très accessible. D’une façon classique, dans un certain nombre d ‘écrits, l’énergie nucléaire est mise en œuvre, la fission mais aussi la fusion (ce qui est recherché aujourd’hui avec le réacteur ITERLe projet ITER vise à construire le premier réacteur expérimental de fusion nucléaire capable de produire plus d’énergie...). L’énergie apportée par la fusion thermonucléaire dans les livres et films de science-fiction semble souvent maîtrisée alors qu’elle est encore au stade de la recherche. Dans le célèbre film Matrix il est fait allusion à une sorte de fusion mais où l’intervention humaine reste nécessaire.

La concentration de l’énergie solaire s’avère également un moyen de s’affranchir des ressources fossiles comme dans le livre « The man with the golden gun » (L’homme au pistolet d’or) qui inspira une aventure de James Bond : le tueur Scaramanga s’empare en effet du convertisseur d’énergie Solex Agitator, avec un rendement étonnant de 90%. Le film est d’ailleurs contemporain du premier choc pétrolierUn choc pétrolier est causé par une pénurie de pétrole réelle, anticipée ou spéculative...… Il existe aussi toute une filmographie sur l’apocalypse post-énergies fossiles à l’image de Mad Max 2, une longue course-poursuite autour des derniers litres de pétrolePétrole non raffiné. disponibles dans une citerne. Un four solaire est utilisé dans une autre aventure de James Bond (Meurs un autre jour). Le film Chain Reaction (en France, Poursuite, 1996) est basé sur l’élimination d’un savant qui allait révéler au monde un procédé pour libérer le potentiel énergétique de l’eau.

Dans Star Wars, le terrible vaisseau l’Etoile de la Mort possède un réacteur à base d’hyper-matière qui lui permet de dominer ses adversaires. Les trous noirs (qui peuvent se caractériserEn production pétrolière en mer, on appelle riser (en français tube prolongateur, peu usité) la conduite reliant... par une singularité gravitationnelle : espace et temps se confondent) ont aussi fait rêver les auteurs de science-fiction. Un trou noir possède en effet une telle masse qu’il retient ses propres rayons. En d’autres termes, un trou noir engendre un champ gravitationnel si puissant que la vitesse nécessaire pour quitter ce champ dépassera celle de la lumière. Les trous noirs sont une découverte relativement récente même si l’intuition de leur existence remonte à plusieurs siècles. La liste des sources d’énergie dans les ouvrages de « SF » pourrait être prolongée. Basé sur des découvertes scientifiques ou inspiré par les possibilités non encore abouties, le but de la science-fiction est de faire rêver à des univers différents qu’on peut atteindre grâce à une énergie à la fois puissante et abondante. Le grand espoir   de l’Humanité…

 

 

Pour aller plus loin :

 

On peut regarder (ou revoir) des épisodes de Star Trek ou Stargate. On peut aussi lire ou relire quelques classiques de la science-fiction où la question énergétique est souvent présente : par exemple L’homme qui vendit la lune (1958).

Si les notions d’anti-matière ou d’énergie du vide vous passionnent, on peut trouver des ouvrages de vulgarisation ou encore quelques articles faisant le lien entre science et science-fiction comme celui-ci qui ne manque pas d’humour (en anglais): https://www.cjmoseley.co.uk/science/5118/science-in-science-fiction-energy-of-the-future/

Il existe en français quelques histoires de ce genre littéraire désormais bien établi qui prend ses racines chez Jules Verne et H.G. Wells. L’éditeur Jacques Sadoul a beaucoup fait pour populariser la science-fiction en France. Il a publié en 2000 une somme en cinq volumes, Histoire de la science-fiction (Librio). On peut aussi lire Simon Bréan, La science-fiction en France (Théorie et histoire d’une littérature), 2012, chez les très sérieuses Presses de la Sorbonne.

Cet article Cinéma Littérature et Énergie vous a-t-il intéressé ?

1 0