Cinéma Littérature et Énergie

Le soleil comme moteur

Le soleil comme moteur - Cyrano de Bergerac
Cyrano de Bergerac ©Folio+collège

L’astre solaire a fait rêver depuis bien longtemps et la plupart des religions l’ont mis au centre de leur panthéon. Sa disparition bouleversait l’équilibre du monde mais quand il était là, il assurait à l’humanité un rythme diurne qu’elle a longtemps gardé. Si loin, si puissant, ne pouvait-il donner des moyens extraordinaires pour s’arracher à la terre, aller vers les astres lointains ? N’était-il pas en même temps dangereux de trop s’en approcher à l’instar du malheureux Icare dont la cire qui tenait ses ailes avait fondu par la chaleurAujourd'hui, en thermodynamique statistique, la chaleur désigne un transfert d'agitation thermique des particules composant la matière... dégagée par le soleil. La littérature nous donne au fil des siècles quelques exemples de cette fascination envers l’astre doré, source de vie et ici source de mobilité avec un grain de poésie.L’astre solaire a fait rêver depuis bien longtemps et la plupart des religions l’ont mis au centre de leur panthéon. Sa disparition bouleversait l’équilibre du monde mais quand il était là, il assurait à l’humanité un rythme diurne qu’elle a longtemps gardé. Si loin, si puissant, ne pouvait-il donner des moyens extraordinaires pour s’arracher à la terre, aller vers les astres lointains ? N’était-il pas en même temps dangereux de trop s’en approcher à l’instar du malheureux Icare dont la cire qui tenait ses ailes avait fondu par la chaleur dégagée par le soleil. La littérature nous donne au fil des siècles quelques exemples de cette fascination envers l’astre doré, source de vie et ici source de mobilité avec un grain de poésie.

Cyrano de Bergerac

Il n’est pas simple de parler du vrai Cyrano de Bergerac ( 1619/1655 ) tant le personnage créé plus de deux cents ans plus tard par Edmond Rostand dans sa célèbre pièce éponyme est devenu un pilier de notre littérature. Pourtant, le véritable Cyrano a bien vécu au XVIIè siècle et vaut qu’on s’y attarde. Personnage truculent et querelleur, poète et bretteur, on lui doit un livre bien curieux : « Histoire comique contenant les états et empires de la lune » (publié après sa mort en 1657). Sa description de notre satellite est surtout un moyen de critiquer les hypocrisies du moment (il valait mieux le dire très indirectement). Cyrano y prend quelques libertés envers la religion et comme beaucoup d’écrivains décrit un pays imaginaire pour mieux critiquer le sien. Toujours est-il que le héros veut aller sur la lune : pour cela il va s’aider du Soleil ce qui se révèle d’une grande efficacité :

« J’avais attaché tout autour de moi quantité de fioles pleines de rosée, sur lesquelles le soleil dardait ses rayons si violemment, que la chaleur qui les attirait, comme elle fait les plus grosses nuées, m’éleva si haut, qu’enfin je me trouvai au-dessus de la moyenne région. Mais comme cette attraction me faisait monter avec trop de rapidité et qu’au lieu de m’approcher de la lune elle me paraissait plus éloignée qu’à mon partement [action de partir, dictionnaire Furetière, 1690], je cassai plusieurs de mes fioles , jusqu’à ce que je sentis que ma pesanteur surmontait l’attraction, et que je redescendais vers la terre. »

Bien plus tard, Edmond Rostand (1868/1918) reprit la même idée, cette fois-ci en alexandrins. Dans une scène du troisième acte de Cyrano de Bergerac, le héros multiplie les moyens d’aller dans la lune (en fait pour retenir un passant) dont l’utilisation du soleil et de la rosée :

«Je pouvais, mettant mon corps nu comme un cierge,
Le caparaçonner de fioles de cristal
Toutes pleines des pleurs d'un ciel matutinal,
Et ma personne, alors, au soleil exposée,
L'astre l'aurait humée en humant la rosée !»

Si scientifiquement la méthode peut faire sourire, poétiquement, l’idée ouvre sur un de nos plus vieux rêves : voler.

Graffigny et Jules Verne

Nous l’avons constaté à plusieurs reprises : le XIXè siècle réussit à marier des éléments scientifiques avec une forte imagination créatrice. On ne parle pas encore de science-fiction mais le principe est là. On aurait tendance à résumer ces livres d’anticipation à l’énorme production de Jules Verne. En fait, l’écrivain n’était pas seul et des auteurs un peu tombés dans l’oubli mériteraient attention. Parmi eux, George le Faure (1856/1953)  et Henri de Graffigny (1863/1934). Le premier est un écrivain prolifique qui s’est plutôt spécialisé dans les ouvrages d’aventures, du genre « cape et épée ». Henri de Graffigny est un auteur assez inclassable : vulgarisateur à l’image de Camille Flammarion qu’il admire, il passe de l’astronomie à l’électricité, des expériences agricoles au roman d’anticipation. Il écrivit au total plus de 200 livres ! Parmi ceux-ci, les rocambolesques Aventures extraordinaires d'un savant russe, publiées de 1888 à 1896, qui font de ces deux auteurs des pionniers français de la science-fiction. Faure et Graffigny ont écrit (en partie en commun) un ouvrage en cinq volumes, sur les aventures d’un savant russe nommé Ossipoff parti à la conquête de l’espace par le moyen d’un canon (ce qui fait penser évidemment à De la terre à la lune de Jules Verne). Le livre est féru d’astronomie et a d’ailleurs été préfacé par Camille Flammarion, grand vulgarisateur dans ce domaine. Le Faure et Graffigny étaient, à l'époque de la parution, des auteurs déjà reconnus. L'ouvrage se divise en quatre parties, qu'il était possible d'acheter et de lire séparément : La Lune (1889), Le Soleil et les petites planètes (1889), Les Planètes géantes et les Comètes (1891), Le Désert sidéral (qui devait se nommer Les Mondes stellaires, 1896). La fantaisie côtoie la précision scientifique et rigoureuse des données astronomiques, physiques ou chimiques. Dans l’ouvrage paru en 1889 (Le Soleil et les petites planètes) Faure et Graffigny imaginent un vaisseau spatial utilisant un immense miroir pour recueillir la pression de la lumière solaire : « C’était cinq jours après cette conversation : l’immense parachute de sélénium entourait la sphère, rattaché par des câbles à la chambrette dans laquelle devaient prendre place les voyageurs, la sphère elle-même, suspendue à deux mâts métalliques, était placée au foyer du réflecteur parabolique, il ne restait plus qu’à centrer les miroirs et le départ avait été fixé au lendemain. »

On trouve à peu près la même idée chez Jules Verne dans De la Terre à la Lune : il évoque des « photovoiles », dispositif de propulsion utilisant la pression de radiation émise par les étoiles pour se déplacer dans l’espace à la façon d’un voilier. Et c’est justement cela que l’écrivain a prédit dans son livre pour faire se mouvoir sa capsule : « Parce que, bien que nous flottions dans le vide, notre projectile, baigné au milieu des rayons solaires recueillera leur lumière et leur chaleur. Donc, économie de gaz, économie précieuse à tous égards. » Un voyage écologique avant la lettre.

Les voiles solaires

Les voiles solaires ne sont pas seulement un fantasme d’écrivain : le XXè siècle a vu quelques réalisations concrètes en particulier la voile photonique  japonaise Ikaros. Le principe de base est celui de la pression de radiation émise par les étoiles (action des photons). De grandes « voiles » permettent de mettre en mouvement (et de diriger) un engin spatial mais on devine que l’énergie fournie est incapable d’arracher un engin à l’attraction terrestre. A l’inverse, la voile solaire permet un déplacement dans l’espace. Le projet le plus abouti est japonais : Ikaros (173 m2 de « voiles ») : ce qui veut dire  Interplanetary Kite-craft Accelerated by Radiation of the Sun. La sonde a été lancée en 2010 et continue sa mission : la voile solaire permet d’accélérer un peu la vitesse initiale.

Les voiles solaires sont en fait relativement fréquentes dans les livres de science fiction, par exemple le vaisseau qui surgit soudainement dans l’univers terrien  (La paille dans l’œil de Dieu, Larry Niven, Jerry Pournelle, 1974, nouvelle traduction 2005), le célèbre La planète des singes de Pierre Boulle (1963), Il était une voile parmi les étoiles (J. et D. Le May, 1976), Le Papillon des étoiles (Bernard Werber, 2006)… Dans ce dernier livre, pour fuir une humanité qui court à sa perte, le héros s’embarque à bord d’un immense voilier solaire dans le cadre d’un projet qui s’appelle justement « Dernier espoir ». Le vaisseau peut emmener des dizaines de milliers de personnes pour trouver une autre planète où faire vivre  les hommes de bonne volonté. Le livre Les voiliers du soleil  fait aussi un personnage central de ce type de propulsion et donne même son titre à l’ouvrage : « Car le grand navire était un voilier du soleil. Il ressemblait à une fleur, à une immense corolle épanouie, brillante et circulaire, de plusieurs kilomètres de diamètre. Cette fleur était une voile. Elle ne rappelait guère les voiles carrées ou triangulaires dans lesquelles venaient s'engouffrer les vents de la Terre. Il n'y a pas le moindre souffle de brise dans l'espace. Le seul vent qui existe dans le vide est émis par le soleil : c'est la lumière. » (éd. J'ai Lu, p. 6).

 

Pour aller plus loin :

 

La lecture de Cyrano de Bergerac peut se faire sur internet où son ouvrage majeur peut être trouvé en entier (site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France ) mais demande un peu d’attention (du fait de mots moins usités et surtout de la graphie française du XVIIè siècle).

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k875831k/f46.image.r=cyrano%20de%20bergerac%20lune

La citation sur l’envol de Cyrano se trouve page 44.

Les ouvrages cités de Jules Verne ou Henri de Graffigny sont en libre-accès sur internet. On pourra lire en particulier le texte intégral des aventures du savant russe Ossipoff de Faure et Graffigny : le ton est plus comique que chez Jules Verne , quelquefois proche de la dérision ; l’astronomie domine les autres sciences mais l’imagination est bien au rendez-vous. De Graffigny n’a pas accédé à la postérité -même s’il était fort prisé de son vivant- sans doute du fait de ne pas suffisamment user d’un ton sérieux destiné à emporter l’adhésion du lecteur.

L’expérience japonaise Ikaros peut être découverte sur le site en anglais https://global.jaxa.jp/projects/sas/ikaros/ qui donne les informations essentielles sur cette aventure. Enfin, quelques classiques  de la science-fiction (où l’on retrouve souvent le thème des voiles solaires pour traverser de grandes distances avec seulement l’apport de la pression photonique) peuvent être approchés grâce au site  :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Voiliers_du_soleil

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