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La Fed envisage une baisse des taux et intervient sur les marchés monétaires

Le président de la Banque centrale américaine devrait annoncer une légère baisse des taux d'intérêt mercredi face à une conjoncture moins favorable. Jerome Powell aura aussi à s'expliquer sur les problèmes rencontrés par les grandes banques et entreprises pour trouver des liquidités.

L'attente de la décision sur les taux a été brouillée par des dysfonctionnements sur les marchés monétaires qui ont contraint la Fed à injecter massivement des liquidités par deux fois en 24 heures.

Il faut remonter à la crise financière de 2008 pour trouver une telle intervention.

A travers la Fed de New York, l'institution a injecté 75 milliards de dollars mercredi après les 53 milliards de dollars la veille à travers son outil de prises de fonds en pension à un jour (repo).

Pour des raisons techniques, le marché des liquidités s'est asséché depuis mardi.

Cela a provoqué une hausse des taux sur les contrats à très court terme de repo largement supérieure aux taux d'intérêt au jour le jour, qui sont le principal outil monétaire de la Banque centrale, et qui se situent actuellement à 2-2,25%.

Plusieurs facteurs, dont une forte demande de dollars de la part des entreprises sur le point de payer une échéance fiscale, ont provoqué ces tensions.

L'intervention de la Fed de New York a précédé la reprise d'une réunion monétaire à Washington à l'issue de laquelle Jerome Powell devrait annoncer une légère baisse des taux au jour le jour, d'un quart de point de pourcentage, s'accordent à dire les économistes.

"La réunion du Comité monétaire a repris à 9H00 locales (13H00 GMT) comme prévu", a indiqué une porte-parole de la Fed.

Une large majorité d'acteurs financiers (63,5%) s'attendaient mercredi à cette deuxième baisse des taux en deux mois, selon l'évolution des produits à terme suivie par CME Group.

La veille, entre les craintes autour de l'impact des attaques contre des installations pétrolières en Arabie Saoudite et le manque de liquidités sur les marchés monétaires, les investisseurs avaient douté un instant que la Fed puisse aller de l'avant dans l'abaissement de ses taux.

- Explication -

Jerome Powell doit tenir une conférence de presse à 18H30 GMT après la publication du communiqué du Comité monétaire et celles de nouvelles prévisions économiques. Il sera sans doute interrogé sur le couac sur le marché des liquidités.

Et si tous estiment qu'en raison des fortes incertitudes qui planent sur l'économie américaine, il sera difficile à Jerome Powell de donner des indices précis sur ce qu'il compte faire par la suite, "cela ne change pas le besoin fondamental de baisser les taux d'un quart de point mercredi", a assuré à l'AFP l'économiste en chef chez Oxford Economics, Kathy Bostjancic.

Lors de sa conférence de presse de fin juillet qui avait suivi une baisse des taux --la première depuis plus de 10 ans-- Jerome Powell avait semblé hésiter entre l'assurance qu'il ne fallait pas s'attendre à un long cycle de baisses des taux tout en laissant entendre que ce n'était pas non plus un geste isolé.

Depuis, les données économiques ont continué à être mitigées.

L'inflation --hors alimentation et pétrole-- s'est installée au plus haut depuis presque un an à 2,4% en août, selon l'indice CPI.

Cette tendance qui va dans le bon sens pour la Fed reste à confirmer.

Le secteur manufacturier, qui était en berne depuis plusieurs mois, a enregistré un rebond en août, mais il pourrait ne pas durer.

Les tensions commerciales et les tarifs douaniers demeurent une épée de Damoclès pour les entreprises et leurs investissements. Pour autant, un vent d'optimisme modéré souffle depuis quelque temps avec la perspective d'une session de discussions à haut niveau entre les Etats-Unis et la Chine qui doivent se tenir à Washington début octobre.

"La guerre commerciale va-t-elle se résoudre ou se poursuivre? Il est tout à fait possible qu'elle dure encore un an", a averti un économiste du Peterson Institute for International Economics. "Si c'est le cas, cela va affaiblir les investissements (...) et justifiera une autre baisse ou deux à l'automne", ajoute pour l'AFP cet ancien économiste de la Fed, Joseph Gagnon.

Les taux au jour le jour américains entre 2 et 2,25% sont loin des taux zéro ou négatifs pratiqués en zone euro et au Japon, ce qui fait trépigner Donald Trump qui réclame des taux à zéro voire négatifs pour que le dollar et les exportations restent compétitifs.

Mais si elle est décidée comme attendu, la baisse de mercredi fixera les taux juste en dessous de 2%. Deux membres du Comité monétaire, qui avaient voté contre le repli des taux en juillet, pourraient récidiver, estimant que l'économie n'a pas besoin de ce stimulus.