Dossier : Les "Sagas des énergies"

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Saga des énergies

L'Histoire de l’énergie en Norvège

En partenariat avec L'Histoire et La Recherche

Avec seulement 4,9 millions d’habitants répartis sur un vaste territoire tout en longueur, la Norvège a su développer un modèle énergétique unique en Europe.

Le pays a su compter sur la disponibilité d’une énergie hydraulique fournissant la quasi-totalité de son électricité à bas coût. La découverte dans la seconde moitié du XXe siècle d’importants gisements de pétrole et de gaz en mer du Nord assure à la Norvège une indépendance énergétique telle que le pays devient le troisième exportateur d’énergie dans le monde, après la Russie et l’Arabie Saoudite. L’industrie pétrolière, largement gérée par l’État, est à l’origine de 21 % de la création totale de richesses dans le pays.

La Norvège, qui fait déjà parti des bons élèves dans le respect des engagements du protocole de Kyoto avec son industrie et ses habitats neutres en émission carbonique, s’est imposée de nouvelles exigences en matière environnementale. Cependant, une réduction rapide de l’utilisation d’énergie fossile apparait peu probable.


  • Histoire de l'énergie
    en France
  • Les choix énergétiques
  • La Norvège aujourd'hui
  • Les enjeux du futur

La Norvège : quels choix énergétiques au fil du temps ?

  • Moyen Âge
  • XVIe
  • XIXe
  • XXe
  • XXIe
 
Moyen Âge : l’eau, une source d’énergie importante
Moyen-Âge
© THINKSTOCK

Au printemps, la neige et l'eau de fonte alimentent les nombreuses cascades dont la puissanceEn physique, la puissance représente la quantité d'énergie fournie par un système par unité de temps... est utilisée dès le début du Moyen Âge pour faire tourner les roues des moulins. L’utilisation du bois demeure prédominante pour chauffer les habitations.

XVIe siècle : le développement de l’industrie du bois
XVI
© Jakub Halun / WIKICOMMONS

L’économie norvégienne connait un progrès décisif au XVIe siècle avec l’introduction de la scie mue par la force hydraulique (voir image). La Norvège peut ainsi utiliser ses larges ressources en bois. Le bois est flotté sur les rivières jusqu’à la mer où se sont installées les scieries. Afin d’éviter la déforestation, un décret royal de 1688 ferme un certain nombre de scieries.

 
1814-1840 : une longue dépression économique
1814
© Nasjonalbiblioteket / WIKICOMMONS

Le 10 octobre 1814, la Norvège se sépare du Danemark et entre dans une nouvelle union avec la Suède. Le marché commun avec le Danemark n’existe plus et le marché britannique se ferme aux exportations de bois norvégiennes. Le pays plonge alors dans une profonde dépression économique et manque sa révolution industrielle. C’est avec l’assouplissement des pratiques de libre échange que l’on assiste à l’essor économique, avec le commerce spectaculaire de la marine marchande entre 1850 et 1880.

1890 : la tentation du grand Nord
1890
© ERIK VEIGARD / SCANPIX / AFP

Durant la majeure partie du XIXe siècle, l'archipel de Svalbard (voir image), situé à 960 km au nord du territoire norvégien, est le théâtre d'expéditions scientifiques venues de toute l'Europe, dans l'espoir de mettre la main sur de nouvelles ressources naturelles d'énergie. Des veines de charbon y ont été mentionnées dès le XVIIe siècle par les chasseurs de baleines. A la fin des années 1890, au moment où le prix mondial du charbon subit de fortes hausses, des mini-entreprises éclosent dans la région, consistant en une ou deux maisons ouvertes quelques mois par an.

1890-1900 : l’essor de la houille blanche
1890
© Nasjonal biblioteket / WIKICOMMONS

A la fin du XIXe siècle, l'avènement de la production d'électricité par l'utilisation de la puissance de l'eau, surnommée « la houilleAu sens strict, la houille désigne la qualité de charbon intermédiaire entre le lignite et l'anthracite... blanche », permet au pays d’alimenter les usines grâce aux abondants cours d'eau. Ainsi en 1895, l’État norvégien - qui a toujours eu une tradition interventionniste - achète sa première chute d’eau pour fournir de l’électricité à la ligne de chemin de fer de Setesdalsbanen. Par souci d’indépendance énergétiqueL'indépendance énergétique d’un pays ou d’un territoire désigne sa capacité à satisfaire l’ensemble de ses besoins en énergie..., des lois empêchent les étrangers d’entrer en possession des chutes d’eau, des mines ou des forêts.

Les bases de l’industrialisation du pays sont posées.

 
2 décembre 1905 : la fondation de Norsk Hydro
1905
© Norsk Hydro history gallery / WIKICOMMONS

Avec l'aide financière de la riche famille suédoise Wallenberg et de plusieurs banques françaises, l'ingénieur et industriel Samuel Eyde (voir image) fonde le groupe énergétique norvégien Norsk Hydro. La compagnie construit sa première centrale à énergie hydraulique à proximité d'Oslo en 1907. En dix ans, la Norvège fera construire 11 centrales hydrauliques (on en dénombre actuellement plus de 600). L'hydraulique assure jusqu'à aujourd'hui quasi intégralement la production d'électricité dans le pays.

1900-1920 : la lutte pour le charbon
1900
© Store Norske

Plusieurs nations se lancent dans une course au charbon sur l'archipel Svalbard : des industriels américains, britanniques, suédois, russes et norvégiens s'emploient à racheter les petites entreprises locales. Au plan politique, Norvège, Suède et Russie réclament chacune la possession de Svalbard. Finalement, l'archipel passe sous la souveraineté norvégienne en 1920 et la chute mondiale du prix du charbon sonne la fin de la compétition. La compagnie étatique Store Norske s'impose et demeure aujourd'hui l'unique producteur de charbon en Norvège.

1921 : l’organisation du secteur électrique
1921
© Norges vassdrags- og energidirektorat / WIKICOMMONS

L’État norvégien s’organise dans sa gestion de l’électricité et crée l’entreprise Norges vassdrags- og energiverk, responsable des opérations des centrales électriques du pays.

Avril 1940 : la course à la bombe atomique
1940
© Ole Friele Backer / WIKICOMMONS

Dès 1934, dans son usine de Vermosk, la compagnie Norsk Hydro a déjà construit sa première centrale commerciale capable de produire en grandes quantités de l'eau lourde (ou oxyde de deutérium), qui s’avère indispensable pour les expériences sur la bombe atomique. En avril 1940, Hitler envahit la Norvège et s'empare de l'usine de Vermosk. En 1942, ayant pris connaissances des ambitions nucléaires allemandes, les Alliés entament une série d’actions de sabotages en direction de la centrale et des stocks d'eau lourde.

1962-1965 : la découverte des richesses de la mer du Nord
1962
© Conoco Phillips / Norwegian Petroleum Museum

La découverte de gaz aux Pays-Bas à la fin des années 50 soulève la question du potentiel des ressources en énergies fossiles dans la mer du Nord, très peu considérées jusqu’alors. Le gouvernement norvégien prend conscience du potentiel économique de son territoire marin et en proclame la souveraineté de l’État. Seul le Roi ou son représentant direct est autorisé à délivrer des licences pour l’exploration et la production de pétrolePétrole non raffiné. et de gaz. En avril 1965, 22 licences d’exploration, de forageUn forage consiste à creuser un trou dans le sous-sol grâce à une machine adaptée... et de production sont attribuées à des compagnies pétrolières.

1969-1972 : l’aventure pétrolière commence
1969
© WIKICOMMONS

Le développement pétrolier de la Norvège commence réellement en 1969 avec la découverte par la compagnie Phillips Petroleum du gigantesque gisementUn gisement est une accumulation de matière première (pétrole, gaz, charbon, uranium, minerai métallique, substance utile…)... Ekofisk, à 320 km au sud-ouest de Stavanger. Il demeure aujourd’hui le gisement le plus important en mer du Nord. La compagnie norvégienne Statoil est créée en 1972.

Fin des années 1970 : les barrages remis en question

L’industrie hydraulique, toujours en pleine expansion, connait des remises en questions virulentes par des populations ancestrales du nord du pays déplacées sans ménagement. Ripostant à l’idée d’exploiter les chutes de Mardalfossen, le fondateur du mouvement écologique Deep Ecology, Arne Naess, s’enchaîne avec 300 militants pour protester contre la construction d’un barrage.

1990 : création d’un fonds souverain pétrolier
1990
© WIKICOMMONS

La prospérité du pays est devenue largement dépendante des revenus de l’industrie du pétrole. Malgré un niveau de vie comptant parmi les plus élevés du monde, la Norvège s’inquiète du moment où les réserves de gaz naturel et de pétrole commenceront à s’épuiser. C’est pourquoi le gouvernement crée en 1990 un fonds souverain pétrolier, géré par la banque centrale norvégienne, qui reçoit l’ensemble des rentrées d’argent liées au pétrole. Il est le premier fonds souverain au monde.

1992-1996 : l’organisation du marché électrique
1992
© THINKSTOCK

Les centrales et les réseaux électriques sont divisés entre les entreprises publiques Statkraft et Statnett, cette dernière exploitant 10 000 km de lignes à haute tension et une centaine de postes électriques. En 1996, afin de faciliter les interconnexions entre leurs systèmes d’exploitation de réseau électrique, la Norvège et la Suède mettent en place un marché commun de l’électricité par la création de la bourse énergétique à laquelle se joindront la Finlande et le Danemark. En 2008, un câble sous-marin relie les réseaux électriques scandinaves à celui des Pays-Bas.

 
27 avril 2010 : fin du conflit frontalier avec la Russie
2010
© Kremlin / WIKICOMMONS

Après plus de quatre décennies de conflit avec la Russie, la Norvège signe un traité destiné à délimiter les frontières maritimes entre les deux pays au sud-est de la mer de Barents, ouvrant de nouveaux horizons à la prospection pétrolière dans cette zone. En juin 2013, le gouvernement norvégien autorise le forage dans tout le secteur norvégien de la mer de Barents.

Avril 2014 : le fonds souverain se met au vert
2014
© IGOR GEDILAGHINE / AFP

Considéré comme le plus grand du monde (quelque 750 milliards d’euros), le fonds, alimenté par les revenus pétroliers et gaziers,   adopte l’objectif de doubler sa participation dans les projets respectueux de l’environnement. Le pays veut faire du fonds une vitrine politique transparente et éthique. Il interdit par exemple les investissements dans l’industrie du tabac et de l’armement.     

Mai 2015 : le désengagement du charbon

La Commission des finances du norvégien adopte à l’unanimité un accord imposant au fonds souverain de limiter ses investissements dans le secteur du charbon. Les compagnies minières ou les énergéticiens dont plus de 30 % de l'activité ou du chiffre d’affaires est lié au charbon ne pourront plus bénéficier des apports du fonds.

Les énergies, un mix en perpétuelle évolution

Un grand exportateur de pétrole et de gaz

Assurée d’abord uniquement par l’hydraulique, la croissance économique de la Norvège s’appuie à partir des années 1960 sur l’exploitation des richesses en hydrocarburesLes hydrocarbures sont des composés chimiques dont les molécules sont constituées d'atomes de carbone et d'hydrogène... de la mer du Nord. Traditionnellement interventionniste, l’État a imprimé sa marque de façon originale en mettant en place le premier fonds souverain du monde. Il s’efforce de l’orienter aujourd’hui vers des investissements assurant un développement durableIl s’agit d’un « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». et éthique.

Au début des années 70, alors que l’exploration offshoreTerme anglais désignant les zones et les opérations d'exploration ou d'exploitation pétrolières en mer... est dominée par les compagnies étrangères, l’État norvégien décide de s’impliquer davantage. La compagnie norvégienne Statoil est créée en 1972, et le principe d’une participation à hauteur de 50 % de l’État pour chaque licence de production accordée est voté (cette loi sera par la suite assouplie). Pendant plus de dix ans, la compagnie Statoil recevra plus de 50 % des permis d’exploration et de production de pétrole accordés par le gouvernement. Elle est partiellement privatisée en 2001.

Le secteur pétrolier participait en 2009 à plus de 21 % de la création de richesse dans le pays, soit 3 fois plus que le secteur manufacturier et 22 fois plus que les industries primaires. Cet immense apport de richesse, par les taxes et les productions en partie gérées par l’État, aura eu en partie raison des inquiétudes environnementales soulignées par les partis écologiques ; en particulier la pollution au large des côtes norvégiennes et la destruction de l’écosystème local dans un pays où la pêche demeure depuis le Moyen Âge une des activités principales.

Aujourd’hui, la Norvège possède les plus grandes réserves de gaz naturel en Europe, après celles de la Russie. Le gouvernement norvégien estime à 4,6 milliards de mètres cube les ressources en gaz restantes, dont 40 % n’ont pas encore été découvertes. Plus de la moitié des ressources connues sont localisées en mer du Nord, tandis que d'importantes quantités de gaz naturel sont estimées aux alentours de la mer de Norvège et la mer de Barents. La Norvège est un grand pays exportateur de gaz, notamment vers l’Allemagne et le Royaume-Uni (un quart des exportations pour chacun des pays), la France (près de 15 %) et les Pays-Bas (autour de 10 %). Le système de transport consiste en 7 800 km de canalisations et la Norvège a inauguré en 2007 son premier terminal de gaz naturel liquéfié (GNLLe GNL est du gaz naturel liquéfié (LNG en anglais), constitué presque exclusivement de méthane...) : Snøhvit.
En matière de pétrole, la Norvège est également exportatrice : 90 % de la production de pétrole brut est exportée vers le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la France et l’Allemagne.

L’hydraulique, une ressource très ancienne

Mise à profit dès le Moyen Âge, la richesse en eau de la Norvège a permis un développement de l’hydroélectricité dès la fin du XIXe siècle. Dans les années 60-70, une prise de conscience des enjeux environnementaux se fait jour et en 1972 le gouvernement crée l’un des tout premiers ministères de l’environnement au monde.

Si l'énergie hydraulique est considérée comme une énergie renouvelable, les constructions de centrales à proximité de cascades sont considérées comme largement destructrices du paysage et de la nature. Dans un pays habitué aux négociations politiques, l’industrie hydraulique a fait l’objet de violentes oppositions sociales. En 1978, le gouvernement prévoit la construction d’un barrage et une centrale hydroélectrique à proximité de la rivière Alta, située au nord de la Norvège. Le projet, qui implique l’établissement d’un lac artificiel et l’inondation du village ancestral, rencontre aussitôt une vive résistance politique. Les mouvances les plus radicales en appellent à la désobéissance civile, entraînant une répression policière jamais vue depuis la seconde guerre mondiale. La construction de la centrale est enfin effective au début de l’année 1982.

Mais les enjeux économiques demeureront prédominants en comparaison des préoccupations sociales et seront à l’origine du retard du pays dans le développement des énergies alternatives, notamment éolienne.

Aujourd’hui, la production d'électricité est à plus de 95 % assurée par l'énergie hydraulique, le reste étant assuré essentiellement par la biomasseDans le domaine de l'énergie, la biomasse se définit par l'ensemble des matières organiques d'origine végétale ou animale... et les déchets. Elle peut fortement varier d'année en année en fonction des précipitations et des quantités d’eau des réservoirs. Ainsi, la Norvège est un exportateur d’électricité pendant les années humides et un importateur durant les années sèches, principalement du Danemark, de la Suède et de la Finlande.

Une grande consommation d’électricité

Compte tenu des conditions climatiques extrêmes, le confort de vie est une donnée essentielle. Avec plus de 23 000 kWh, la Norvège est en 2008, après l’Islande, la seconde consommatrice d’électricité par habitant parmi les pays membres de l’Agence Internationale de l’Énergie, dont 46 % est utilisée pour l’industrie et l’habitat. C’est trois fois plus que la moyenne de consommation d’électricité des pays européens, dans laquelle se situent, entre autres, la France et l’Allemagne, et deux fois plus que le géant américain.

L’électricité est aussi à l’origine du renouveau du transport ferroviaire, en 1952, quand l’État norvégien décide d’électrifier la moitié de son réseau ferroviaire le plus utilisé (80 % du trafic), le reste des lignes utilisant des locomotives dieselLe diesel est avant tout le nom d'un moteur à combustion interne fonctionnant par allumage spontané.... Mais dans ce pays relativement vaste à la géographie tout en longueur et, surtout, disposant de carburantUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)... bon marché, la voiture et l’avion demeurent les modes de transport privilégiés.

Aujourd’hui, 37 % des émissions de gaz à effet de serrePhénomène naturel permettant un accroissement de la température de l'atmosphère d'une planète grâce à la présence de certains gaz... proviennent des transports, un secteur représentant 50 % de la consommation de pétrole du pays.

Un grand exportateur de pétrole et de gaz

Assurée d’abord uniquement par l’hydraulique, la croissance économique de la Norvège s’appuie à partir des années 1960 sur l’exploitation des richesses en hydrocarbures de la mer du Nord. Traditionnellement interventionniste, l’État a imprimé sa marque de façon originale en mettant en place le premier fonds souverain du monde. Il s’efforce de l’orienter aujourd’hui vers des investissements assurant un développement durable et éthique.

Au début des années 70, alors que l’exploration offshore est dominée par les compagnies étrangères, l’État norvégien décide de s’impliquer davantage. La compagnie norvégienne Statoil est créée en 1972, et le principe d’une participation à hauteur de 50 % de l’État pour chaque licence de production accordée est voté (cette loi sera par la suite assouplie). Pendant plus de dix ans, la compagnie Statoil recevra plus de 50 % des permis d’exploration et de production de pétrole accordés par le gouvernement. Elle est partiellement privatisée en 2001.

Le secteur pétrolier participait en 2009 à plus de 21 % de la création de richesse dans le pays, soit 3 fois plus que le secteur manufacturier et 22 fois plus que les industries primaires. Cet immense apport de richesse, par les taxes et les productions en partie gérées par l’État, aura eu en partie raison des inquiétudes environnementales soulignées par les partis écologiques ; en particulier la pollution au large des côtes norvégiennes et la destruction de l’écosystème local dans un pays où la pêche demeure depuis le Moyen Âge une des activités principales.

Aujourd’hui, la Norvège possède les plus grandes réserves de gaz naturel en Europe, après celles de la Russie. Le gouvernement norvégien estime à 4,6 milliards de mètres cube les ressources en gaz restantes, dont 40 % n’ont pas encore été découvertes. Plus de la moitié des ressources connues sont localisées en mer du Nord, tandis que d'importantes quantités de gaz naturel sont estimées aux alentours de la mer de Norvège et la mer de Barents. La Norvège est un grand pays exportateur de gaz, notamment vers l’Allemagne et le Royaume-Uni (un quart des exportations pour chacun des pays), la France (près de 15 %) et les Pays-Bas (autour de 10 %). Le système de transport consiste en 7  800 km de canalisations et la Norvège a inauguré en 2007 son premier terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) : Snøhvit.
En matière de pétrole, la Norvège est également exportatrice : 90 % de la production de pétrole brut est exportée vers le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la France et l’Allemagne.

L’hydraulique, une ressource très ancienne

Mise à profit dès le Moyen Âge, la richesse en eau de la Norvège a permis un développement de l’hydroélectricité dès la fin du XIXe siècle. Dans les années 60-70, une prise de conscience des enjeux environnementaux se fait jour et en 1972 le gouvernement crée l’un des tout premiers ministères de l’environnement au monde.

Si l'énergie hydraulique est considérée comme une énergie renouvelable, les constructions de centrales à proximité de cascades sont considérées comme largement destructrices du paysage et de la nature. Dans un pays habitué aux négociations politiques, l’industrie hydraulique a fait l’objet de violentes oppositions sociales. En 1978, le gouvernement prévoit la construction d’un barrage et une centrale hydroélectrique à proximité de la rivière Alta, située au nord de la Norvège. Le projet, qui implique l’établissement d’un lac artificiel et l’inondation du village ancestral, rencontre aussitôt une vive résistance politique. Les mouvances les plus radicales en appellent à la désobéissance civile, entraînant une répression policière jamais vue depuis la seconde guerre mondiale. La construction de la centrale est enfin effective au début de l’année 1982.

Mais les enjeux économiques demeureront prédominants en comparaison des préoccupations sociales et seront à l’origine du retard du pays dans le développement des énergies alternatives, notamment éolienne.

Aujourd’hui, la production d'électricité est à plus de 95 % assurée par l'énergie hydraulique, le reste étant assuré essentiellement par la biomasse et les déchets. Elle peut fortement varier d'année en année en fonction des précipitations et des quantités d’eau des réservoirs. Ainsi, la Norvège est un exportateur d’électricité pendant les années humides et un importateur durant les années sèches, principalement du Danemark, de la Suède et de la Finlande.

Une grande consommation d’électricité

Compte tenu des conditions climatiques extrêmes, le confort de vie est une donnée essentielle. Avec plus de 23 000 kWh, la Norvège est en 2008, après l’Islande, la seconde consommatrice d’électricité par habitant parmi les pays membres de l’Agence Internationale de l’Énergie, dont 46 % est utilisée pour l’industrie et l’habitat. C’est trois fois plus que la moyenne de consommation d’électricité des pays européens, dans laquelle se situent, entre autres, la France et l’Allemagne, et deux fois plus que le géant américain.

L’électricité est aussi à l’origine du renouveau du transport ferroviaire, en 1952, quand l’État norvégien décide d’électrifier la moitié de son réseau ferroviaire le plus utilisé (80 % du trafic), le reste des lignes utilisant des locomotives diesel. Mais dans ce pays relativement vaste à la géographie tout en longueur et, surtout, disposant de carburant bon marché, la voiture et l’avion demeurent les modes de transport privilégiés.

Aujourd’hui, 37 % des émissions de gaz à effet de serre provenaient des transports, un secteur représentant 50 % de la consommation de pétrole du pays.

Le mix électriqueLe mix électrique représente les proportions de chacune des filières de production électrique : nucléaire, thermique... norvégien en 2012

Le mix électrique définit la part des sources fossiles, nucléaire et renouvelables dans la production d’électricité. Le mix électrique n’intègre pas les problématiques liées aux transports et à l’industrie. En Norvège, la situation est simple : l’énergie hydraulique est la source quasi exclusive de la production d’électricité !

L’évolution du mix énergétiqueLe mix énergétique, ou « bouquet énergétique », décrit la répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour la consommation énergétique d’un territoire...

Le mix énergétique désigne la répartition des différentes sources d’énergie primaireL’énergie primaire désigne l’ensemble des sources d’énergie non transformées, c’est-à-dire à l’état naturel... dans la consommation énergétique finale d’une zone géographique donnée. Son évolution en Norvège est marquée par une progression forte du gaz, de même l’énergie hydraulique se maintient en tant que source d’énergie dominante.

Source : www.iea.org/stats 2011

Sélectionnez deux années pour comparer l’évolution du mix énergétique :

et

Source : www.iea.org/stats 2011 

QUELQUES CHIFFRES

 

Sources : Banque mondiale, Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et division de la population de l’Organisation des Nations unies (ONU).

QUELQUES CHIFFRES

  • SUPERFICIE

  • POPULATION

  • CROISSANCE DE
    LA POPULATION

  • VIEILLISSEMENT DE
    LA POPULATION

  • PIB

  • PIB PAR HABITANT

  • INDICE DE DÉVELOPPEMENT HUMAIN (IDH)

  • ÉMISSIONS DE CO2

Sources : Banque mondiale, Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et division de la population de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Quels choix énergétiques pour les générations futures ?

La fonte des glaces en territoire arctique, au nord de la Russie, ouvre une nouvelle voie à l’exploitation de pétrole et de gaz en Norvège. Ces perspectives n’empêchent pas le pays d’être très actif dans le combat contre le réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans..., avec une taxe carbone très lourde et des recherches avancées dans le captage et le stockage du CO2.

Les perspectives du grand nord

décarbonisation
@ THINKSTOCK

Le gaz naturel a déjà démontré son fort potentiel dans la zone la plus proche d’Europe, avec la découverte des réserves de Snøhvit et Shtokman dans la mer de Barents, d’une superficie de 1,4 million de km2. Le gouvernement norvégien y voit le nouveau centre de gravité énergétique du vieux continent.
Courant 2011, la compagnie pétrolière norvégienne Statoil annonce la découverte de deux larges réserves de pétrole voisines dans la mer de Barents, pouvant contenir ensemble entre 400 et 600 millions de barils, sans toutefois décider de leur exploitation. La prospection pétrolière dans cette région est une activité récente, qui n’a pu prendre son essor qu’en septembre 2010, date de la signature du traité destiné à délimiter les frontières maritimes entre la Norvège et la Russie dans cette zone. Le gouvernement norvégien autorise le 19 juin 2013 le forage de ce secteur tout en interdisant l’exploration à moins de 50 kilomètres de la limite de la banquise. Cette décision déclenche aussitôt de nombreuses protestations de la part de mouvements écologiques et de l’opposition parlementaire, soucieux du danger que représenterait un accident pétrolier sur l’écosystème local piégé dans des eaux variant entre 1,8 et 4 °C. En particulier, la question du forage autour des îles Lofoten, archipel norvégien situé au nord du cercle polaire riche en espèces d’oiseaux et aux mers très poissonneuses, divise actuellement le pays au point de devenir un enjeu électoral.

Le souci d’une action contre le réchauffement climatique

éoliennes
@ THINKSTOCK

Le volontarisme de la Norvège à prospecter le pétrole sur les territoires de l’Arctique en fait-elle un mauvais élève en matière d’environnement et d’émission de gaz à effet de serre ? De par la prédominance historique de l’utilisation de l’énergie hydraulique, la Norvège peut être d’ores et déjà considérée comme une puissance économique faiblement émettrice de gaz carbonique. Le pays, qui a signé et ratifié le protocole de KyotoLe Protocole de Kyoto est un traité international organisé dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques..., a décidé en 2008 d’aller plus loin, en prévoyant de réduire de 9 % ses émissions d’ici à 2012 par rapport à 1990, de 30 % d’ici à 2030, et d’atteindre la neutralité carbone en réduisant de 100 % ses émissions d’ici à 2050.
L’instauration, dès 1991, d’une taxe carbone parmi les plus lourdes en Europe sur le gaz et le pétrole offshore, ainsi que le transport et le chauffage, reste la mesure gouvernementale la plus emblématique dans la politique climatique du pays. Elle est certainement la raison pour laquelle l’industrie pétrolière a su tenir un rôle de leadership en matière de développement technologique de captage et de stockage du carbone, une méthode consistant à injecter dans le sous-sol du dioxyde de carboneAvec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre..., préalablement « capté » puis comprimé en sortie de chaudière ou de turbines à gaz. En mai 2009, le gouvernement norvégien et les compagnies Statoil, Shell et Sasol investissent 1 milliard de dollars dans la construction du Centre Technologique de Mongstad, la plus grande installation au monde dédiée à la recherche et au développement de la capture de carbone.
Dans son rapport de 2011, « The Climate Cure 2020 report », le gouvernement norvégien présente sa stratégie permettant d’atteindre son prochain objectif, celui de réduire de 30 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Si les autorités projettent déjà une augmentation continue des émissions dans les transports et le secteur du gaz et du pétrole, ses efforts se tournent avant tout vers des mesures d’ordre domestiques, la recherche et le développement de la maîtrise des émissions carboniques et l’amélioration de l’efficacité énergétiqueEn économie, l'efficacité énergétique désigne les efforts déployés pour réduire la consommation d'énergie d'un système... à raison de 1 % par an.

Un potentiel éolien prometteur

Dans un pays doté d’une électricité issue de l’énergie hydraulique très bon marché, le développement d’énergies alternatives accuse un certain retard. C’est le cas de la filière éolienne, malgré un potentiel excellent, en particulier le long des côtes où le vent peut souffler à plus de 10 mètres par seconde. Mais seule une infime fraction de l'électricité y est produite (moins de 1 %).

Le gouvernement avait lancé en 2007 un vaste programme de Recherche et Développement, « ENERGI 21 », soutenu à la fois par l’industrie énergétique, la communauté scientifique et les autorités publiques. En septembre 2009, la compagnie StatoilHydro présente sa première éolienne flottante au large des côtes en mer du Nord, baptisée Hywind. Ces nouvelles installations, montées sur une structure flottante à quelques dizaines de mètres sous la surface de l’eau, permettent de produire de l’électricité à des emplacements où l’eau est plus profonde, jusqu’à 700 mètres de profondeur, invisible des riverains et où les vents soufflent fort. De nombreuses subventions ont été mises en place pour développer cette filière éolienne relativement neuve.

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