Dossier : Les "Sagas des énergies"

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Saga des énergies

L'Histoire de l'énergie en France

En partenariat avec L'Histoire et La Recherche

Avec près de 66 millions d'habitants représentant 1 % de la population planétaire, la France consomme de l'ordre de 2,5 % de l'approvisionnement énergétique mondial et importe près de la moitié de ses besoins énergétiques. Les conflits du XXe siècle ont profondément souligné sa fragilité. Les deux guerres mondiales furent marquées par un rôle décisif de l'État dans la gestion de l'énergie, avec de grandes nationalisations au lendemain de la Libération. Le premier choc pétrolier de 1973 a conduit le pays à se lancer dans un grand programme électronucléaire afin d'assurer son indépendance énergétique. Mais les moyens financiers et humains mobilisés dans ces programmes se sont faits au détriment du développement des énergies renouvelables, à l'exception de l'énergie hydraulique développée très tôt.

Si les années 2000 ont été caractérisées par un retrait progressif de l'État dans les entreprises énergétiques, il conserve un rôle politique fort dans la maîtrise des prix de l'énergie, devenue un enjeu social, et dans l'avenir de la filière nucléaire. L’énergie nucléaire représente aujourd’hui 77 % de la production d’électricité et 17 % de la consommation totale d’énergie en France, plaçant le pays au premier rang mondial de l’utilisation de l’atome.


  • Histoire de l'énergie
    en France
  • Les choix énergétiques
  • La France aujourd'hui
  • Les enjeux du futur

La France : quels choix énergétiques au fil du temps ?

  • XIIe
  • XVIIIe
  • XIXe
  • XXe
  • XXIe
 
Moyen Âge : l'eau, le vent, le bois
Moyen-Âge
© THINKSTOCK

Jusqu'au Moyen Âge, la force musculaire de l'homme et de l'animal constitue la source principale de l'énergie. Plus tard, les monastères jouent un rôle important dans l'utilisation de l'énergie hydraulique : un moulin à eau vaut alors le travail de cent hommes. Au XIIe siècle, les Croisés revenus du Proche-Orient introduisent le moulin à vent dans les pays côtiers d'Europe (l'Italie, la France, puis l'Espagne et le Portugal). Cette technologie bon marché sert à moudre du grain et du blé, et sera essentielle dans le développement des récoltes à grande échelle. Mais l'énergie de base reste le bois, facile à transporter et principalement utilisé pour le chauffage.

 
XVIIIe siècle : les prémices de la révolution industrielle
XVIII
© P. DELMISSIER

Tandis qu’une grave pénurie de bois en Europe a déjà lancé l’Angleterre dans sa révolution industrielle par une utilisation du couple charbon/vapeur, la France en est toujours à la prospection.

Le XVIIIe siècle sera marqué par la découverte des premières mines de charbon dans le nord de la France et la Lorraine et du tout premier gisementUn gisement est une accumulation de matière première (pétrole, gaz, charbon, uranium, minerai métallique, substance utile…)... de pétrolePétrole non raffiné. : Pechelbronn, en Alsace.

 
1827 : les débuts du chemin de fer
1827
© THINKSTOCK

Le premier chemin de fer français est inauguré entre Saint-Étienne et Andrézieux pour transporter la houilleAu sens strict, la houille désigne la qualité de charbon intermédiaire entre le lignite et l'anthracite... entre la mine et le port d'embarquement sur la Loire. Pourtant, en ce début du XIXe siècle, les industriels traditionalistes sont encore réticents à utiliser le charbon comme combustibleUn combustible désigne tout composant ou matière solide, liquide ou gazeux susceptible de se combiner à un oxydant....

1850-1900 : l’essor de la production charbonnière
1865
© THINKSTOCK

Il faut attendre les effets combinés d’un développement rapide des chemins de fer et de la navigation à vapeur et de la découverte de nouvelles mines dans le Pas-de-Calais et en Lorraine, pour donner au charbon une véritable impulsion. La production passe de 12 millions de tonnes (Mt) pour une consommation de 18 Mt en 1865 à une production de 40 Mt pour une consommation de 63 Mt en 1913.

1881 : un hommage à l’électricité
Moyen Age
© THINKSTOCK

Le Palais de l'Industrie de Paris accueille la première exposition internationale d'électricité. Le public peut y admirer des innovations telles que la dynamo, l'ampoule électrique, le tramway électrique. L'électricité s'installe progressivement dans le paysage français, d'abord pour des usages de communication (télégraphe électrique), puis pour l'éclairage et les moteurs.

 
Guerre de 1914-1918 : le pétrole, nerf de la guerre
1914
© Bibliothèque du Congrès des États-Unis / WIKICOMMONS

Jusqu’au début du XXe siècle, la France s’accommode très bien de sa dépendance totale en pétrole à l’égard des pays étrangers. Mais la guerre de 14-18 demande l’utilisation massive de moyens de transport à moteur, développés à la fin du XIXe siècle, comme les camions automobiles, l’aviation et l’artillerie de campagne par tracteurs. La France n’ayant pas de pétrole, l’Angleterre pas assez, George Clemenceau est contraint de pousser un cri d’alarme à ses alliés américains en 1917 : « Le pétrole est aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain. » L’utilisation de l’énergie prend alors une dimension politique.

« Le pétrole est aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain. »

Après-guerre : l’arrivée de l’État dans la gestion de l’énergie
Après guerre
© Archive TOTAL

Quand bien même la France récupère au traité de San Remo de 1920 la part allemande des pétroles d'Irak, elle connait le début d’une grande préoccupation d’indépendance énergétiqueL'indépendance énergétique d’un pays ou d’un territoire désigne sa capacité à satisfaire l’ensemble de ses besoins en énergie..., traduite par l'arrivée de l’État dans la gestion de l’énergie, dominée jusque-là par les entrepreneurs. En 1924, est créée la Compagnie Française des Pétroles dont l’objectif premier est de constituer des stocks stratégiques. La loi du 30 mars 1928 est l’une des premières lois sur l’énergie en France. Elle donne un monopole à l’État pour décider de la quantité de pétrole importée en France, des raffineries qui le traitent, de la répartition des carburantsUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)... sur le territoire national en fonction des besoins, et surtout, fixe ses prix par décret.

1939 : le nucléaire, enjeu de défense nationale
1939
© Bibliothèque nationale de France / WIKICOMMONS

Le physicien et chimiste français, Frédéric Joliot-Curie, découvre le principe des réactions en chaîne et ses possibles applications dans l’armement. C’est le début d’une course scientifico-militaire en pleine période de guerre. Edouard Daladier, alors président du Conseil des Ministres et ministre de la Défense, décide de protéger ces découvertes sous le sceau secret-défense, mettant le scientifique et sa petite équipe sous l’autorité du ministère de l’Armement. En mai-juin 1940, l’Allemagne envahit la France. Joliot-Curie envoie ses collaborateurs juifs s’exiler en Angleterre avec documents et brevets sous le bras.

18 octobre 1945 : la création du CEA
1942
© Courtesy of the United States Department of Energy

Durant la Seconde Guerre mondiale, les scientifiques français expatriés à Montréal entendent parler du projet Manhattan, vaste programme de recherche mené par les États-Unis avec la participation du Royaume-Uni et du Canada pour produire la première bombe atomique. Au lendemain de la Libération, ils convainquent le général de Gaulle de créer le Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA). Son rôle est de conduire « les recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie atomique dans divers domaines de la science, de l’industrie et de la défense nationale ».

8 avril 1946 : la naissance le même jour d’EDF et de GDF
8 avril 1946
© Photothèque CNR

La nationalisation d’entreprises de production, de transport et de distribution d’énergie électrique fait naître la société ElectricitéForme d'énergie découlant du déplacement de particules chargées (électrons) dans un conducteur... de France (EDF) dans un consensus politique rare. EDF devient la structure principale pour investir dans la reconstruction du pays, moteur du développement industriel. Commencé avant-guerre, le développement de l’hydroélectricité (construction de barrages et extension des lignes électriques) et des centrales thermiques au charbon est accéléré. Le même jour naît la société Gaz de France (GDF), spécialisée dans la distribution et l'exploitation du gaz naturel.

17 mai 1946 : la nationalisation de l’industrie charbonnière
17 mai 1946
© BRGM - Charbonnages de France

La guerre et l'occupation allemande auront profondément ralenti le rythme de la production charbonnière en France. Les occupants exploitent les mines françaises sans le souci de leur entretien et finissent par inonder des puitsDésigne la cavité cylindrique creusée dans le sous-sol par un forage... et détruire une bonne partie des installations. Influencé par le programme du Conseil national de la Résistance, l’État nationalise l’industrie charbonnière et crée l’entreprise Charbonnages de France. Dans un pays à reconstruire et dont les infrastructures (train à vapeur, chauffage) sont encore largement dépendantes du charbon, l’État se lance dans une grande modernisation des installations minières, qu’il mécanise, soutenu par le Parti Communiste et le syndicat CGT.

1956 : les recherches secrètes sur l’arme nucléaire
1956
© AFP

Pierre Mendès France considère que la France doit avoir l’arme atomique, à l’instar de tous les autres pays membres de l’Onu. Il lance alors en catimini un programme de recherche sur la fabrication de la bombe atomique comme arme de dissuasion. C'est sur le site de Marcoule que furent construits, en secret, les premiers réacteurs nucléaires à usage militaire, qui produiront leur premier gramme de plutonium, le 21 juillet 1956. L’usage civil en découle et EDF construit en 1963 sa première centrale nucléaireInstallation industrielle permettant de mettre en œuvre de manière contrôlée la fission de noyaux atomiques pour produire de la chaleur... à Chinon.

1957 : l’exploitation du gaz français
1951
© Archive TOTAL

Après la découverte d’un gisement à Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques par la Société Nationale des Pétroles d'Aquitaine (l'ancêtre de la société Elf Aquitaine), la France commence à exploiter son gaz naturel en 1957.

1960 : le Plan Jeanneney et le déclin du charbon
1960
© Archives Le Républicain Lorrain

La relance du charbon d’après-guerre sera de courte durée. La part du charbon dans les besoins énergétiques diminue de près de 50 % avec la montée en puissanceEn physique, la puissance représente la quantité d'énergie fournie par un système par unité de temps... du pétrole bon marché qui s'installe dans les consommations. Le pays se lance dans de grands achats de gaz auprès des Pays-Bas, de la Norvège, de l’URSS et de l’Algérie. Jean-Marcel Jeanneney, alors ministre de l'Industrie, présente un plan d'assainissement visant à limiter la production charbonnière. L’État commence à fermer les sites déficitaires, aboutissant aux grandes grèves des mineurs et à des manifestations dans les rues de Paris en mars-avril 1963.

1965 - 1969 : le difficile débat du nucléaire civil
1963
© EDF - Studio Decker

La France a vécu une série de traumatismes liés à sa dépendance pétrolière à l’égard des pays étrangers : l’embargo pétrolier qui a suivi le conflit du canal de Suez en 1956, et l’indépendance de l’Algérie – qui détient une grande réserve de pétrole dans le Sahara, en 1962. Ces coups durs la poussent progressivement vers l’énergie nucléaire, au point que les années 1965-1969 sont marquées par un grand débat public, âpre, voire violent, visant à choisir la future filière nucléaire française. Finalement, le pays adopte le modèle américain des réacteurs à eau, la filière la plus répandue dans le monde actuellement.

1970 : les recherches sur les énergies renouvelables
© Yves C. / WIKICOMMONS

Toujours dans le but d’assurer son indépendance énergétique, la France mise sur la recherche d’énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide.... À la fin des années 70, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a déjà fait d’énormes progrès dans l’énergie solaire, la chimie des fours solaires et le photovoltaïque, au point d’avoir acquis une certaine avance sur ses voisins européens. Mais les bons rendements se font toujours attendre.

1973 : le premier choc pétrolier
© AFP

Le premier choc pétrolierUn choc pétrolier est causé par une pénurie de pétrole réelle, anticipée ou spéculative... finit de convaincre de la nécessité d’investir au profit d’une indépendance énergétique. En pleine guerre du Kippour, les 16 et 17 octobre 1973, les pays arabes membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep)Créée en 1960, l’Opep regroupe 12 pays membres (l'Algérie, l'Angola, l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, l'Equateur, l'Iran, l'Irak..., qui ont déjà commencé à récupérer la maîtrise de leurs ressources par une vague de nationalisations, annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les États « qui soutiennent Israël » et le quadruplement du prix du barilUnité de mesure de volume de pétrole brut qui équivaut à environ 159 litres (0,159 m3).... De leur côté, les compagnies pétrolières investissent dans la recherche de gisement dans des endroits plus sûrs politiquement. Le pétrole français verra une éclaircie avec la découverte de gisements en mer du Nord, en Indonésie ou encore en Argentine.

1978-1981 : le nucléaire, plutôt que les énergies renouvelables
© D. MARC / EDF

Le second choc pétrolier a provoqué la multiplication du prix du pétrole brut par 2,7 en deux ans et demi. Après cette violente augmentation, le prix du pétrole repart à la baisse dès 1982. À la même époque, l’industrie électronucléaire se structure entre plusieurs acteurs, les réacteurs sont de vrais succès économiques et mobilisent tous les moyens financiers et humains. Par conséquent, la France abandonne la recherche sur les énergies renouvelables, qui s’avèrent être coûteuses et non rentables. Cet arrêt marque le début d’un profond retard vis-à-vis de ses voisins européens, notamment l’Allemagne.

 
2000-2008 : face à la mondialisation
© T . GONZALEZ / TOTAL

Dans un monde globalisé, c’est le temps des grandes fusions. Après avoir absorbé la société belge Fina, Total fusionne avec sa soeur française Elf. La fusion des industries électronucléaires Framatome et Cogema crée Areva. Surtout, le pays parachève sa filière nucléaire par la création de ses propres agences de sûreté nucléaire, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)L’ASN est une autorité administrative indépendante créée en 2006 et qui assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté nucléaire... et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)L’IRSN intervient dans les domaines de la recherche, de la formation, de la surveillance et de l'information du public....

Les énergies, un mix en perpétuelle évolution

40 ans pour arrêter la production du charbon

L’histoire française de l’énergie est une suite de choix réalisés sous des contraintes économiques, géopolitiques, sociales, qui s’entremêlent. Ils ont peu à peu façonné la réalité énergétique d’aujourd’hui.

Alors que l'État considère dès 1960 que les mines deviennent déficitaires, l'arrêt total de la filière prendra plus de quarante ans. La dernière mine de charbon française ferme en 2004 à la Houve en Lorraine, après 250 ans d’exploitation.

L’histoire de la filière charbon est intimement liée à la question sociale, de par son importante demande de main d’œuvre. Les conditions de travail difficiles et la concentration industrielle inédite dans les houillères les placent à l’avant-garde du combat syndical. L’interdiction de l'emploi des femmes en 1892 et des enfants de moins de 12 ans au début du XXe siècle pour le travail de fond, l’instauration de la journée de huit heures pour les mineurs en 1910, l’accord de 3 à 6 jours de congés payés annuels en 1930 et les grèves générales de 1936 sont autant d'acquis sociaux gagnés au fond des mines.

Aujourd'hui, la France consomme encore quelque 17 millions de tonnes de charbon, importés essentiellement d’Australie, des États-Unis et d’Afrique du Sud. Il est destiné essentiellement à l’industrie (secteur du fer et de l’acier) ou encore à la production d’électricité (4 % de l’électricité est produite par des centrales à charbon).

«  En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées  »

La volonté du pays de réduire son usage des énergies fossiles ne résulte pas initialement de la prise en compte des enjeux climatiques, mais de facteurs économiques (la facture énergétique, le développement d’activités industrielles) et politiques (l’indépendance énergétique). La problématique émerge dès les années 70 à l’issue des deux chocs pétroliers : outre le lancement du programme nucléaire, le gouvernement engage une grande politique de réduction d’énergie, ou la « chasse au gaspi ». « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées », tel est le slogan accrocheur lancé en 1973, lors du premier « choc », par l’Agence pour les Économies d’Énergies, devenue aujourd’hui l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (Ademe).

Aujourd'hui, la dépendance de la France en pétrole est de 99 %, dont les sources d’approvisionnement sont réparties entre les pays de l’ancienne URSS, l’Afrique, le Moyen-Orient et la mer du Nord.

«  Halte à la croissance  ?  »  : le rapport du Club de Rome

D’un point de vue géopolitique, les pays industrialisés recherchent une diversification de leur approvisionnement, et notamment de leur dépendance aux productions pétrolières de l’Opep. La question des réserves d’énergies fossiles est posée depuis le rapport du Club de Rome de 1972, intitulé « Halte à la croissance ? », qui se préoccupe des implications économiques d’ici 2100 d’une planète aux ressources limitées. Le sujet est occulté dans les années 80 et 90, où le prix du pétrole reste peu élevé, traduisant un marché bien approvisionné et des réserves sans cesse renouvelées. Il réapparait dans les années 2000, certains suggérant que le renouvellement des réserves n’est plus assuré et que la production pétrolière va prochainement atteindre un maximum. Aujourd’hui, la mise en exploitation de ressources demandant des efforts « technologiques » telles que les hydrocarburesLes hydrocarbures sont des composés chimiques dont les molécules sont constituées d'atomes de carbone et d'hydrogène... de roche mèreUne roche mère est une roche sédimentaire riche en matière organique qui s'est déposée en conditions marines profondes ou lacustres..., comme le gaz de schisteLes gaz de schiste (ou shale gas) sont situés dans des roches sédimentaires argileuses enfouies à de grandes profondeurs..., le pétrole en mer très profond, les gaz acides et les huiles lourdes, repoussent à nouveau le débat.
Dans les années 70, la France produisait elle-même 15 % de sa consommation de gaz naturel. En 2013, le pays a arrêté son activité d’exploitation du gaz. La loi française a interdit l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, dont les réserves nationales sont considérées comme potentiellement importantes.

Aujourd'hui, le gaz importé l’est aux trois-quarts par gazoducCanalisations destinées à transporter du gaz sur de longues distances (sur terre ou au fond de la mer). (en majorité de Norvège, puis des Pays-Bas et de Russie), et pour un quart sous la forme de gaz naturel liquéfié (GNLLe GNL est du gaz naturel liquéfié (LNG en anglais), constitué presque exclusivement de méthane...) depuis l’Algérie essentiellement.

L’automobile et la concentration urbaine

En 1970, alors que le développement en masse de l’automobile domine les transports, les industriels tentent de relancer le marché du rail avec plusieurs innovations françaises. La première ligne du turbotrain, un train propulsé par des turbines à gaz, relie Paris-Caen-Cherbourg en 1971, puis Lyon-Strasbourg. Dans le Loiret, on a posé la ligne expérimentale de l’aérotrain de Jean Bertin, un véhicule glissant sur un coussin d’air pouvant franchir les 300 km/h. Mais le choc pétrolier de 1973 réduit à néant tous ces efforts. Très rapides, ces rames sont aussi très gourmandes en carburant.
Le début des années 70 connaît également ses premiers problèmes de concentration urbaine, entraînant une réorientation des politiques de déplacement vers les transports publics de masse. Le métro est inauguré en 1978 à Lyon et à Marseille tandis que le tramway électrique se réintroduit progressivement dans le pays. L’électricité et les chemins de fer électriques montrent à nouveau leurs grandes potentialités, avec pour aboutissement la première ligne de TGV reliant Paris-Lyon en 2 h 30 en 1981.
Mais les hydrocarbures liquides restent dominants dans les transports individuels et les transports de fret. Le développement des banlieues à la fin des années 80 accroît l’utilisation des voitures et le parcours pour aller travailler s’est allongé de 3 km en moins de 20 ans, passant de 12 km en moyenne en 1994 à 15 km aujourd'hui.

Aujourd'hui, la moitié du pétrole importé est utilisé dans les transports, les transports routiers représentant 96 % de la consommation totale.

Le faux départ des énergies renouvelables

Dans les années 70, le pays s’engage dans la recherche d'énergies alternatives par la création d‘un Commissariat à l'énergie solaire (COMES) en 1978. Verront le jour la centrale solaire à concentration Thémis, située dans les Pyrénées-Orientales, ou encore l'entreprise Photowatt, qui figura longtemps parmi les meilleurs fabricants mondiaux de panneaux photovoltaïquesUn panneau solaire photovoltaïque, ou module photovoltaïque, est un assemblage de cellules photovoltaïques reliées entre elles.... Mais la baisse du prix du pétrole dans les années 1980, le succès du programme nucléaire et le coût relatif élevé des énergies renouvelables amènent à réorienter ces efforts. Seule l’hydraulique a connu un fort développement.
L’investissement dans les énergies renouvelables repart au début du siècle, notamment dans l’éolien et le solaire, mais elles constituent encore une part très faible dans le mix énergétiqueLe mix énergétique, ou « bouquet énergétique », décrit la répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour la consommation énergétique d’un territoire... primaire.

Aujourd'hui, la production électrique française est assurée en 2013 par le nucléaire à 73,3 %, l’hydraulique (13,8 %), les autres énergies renouvelables (4,8 %) et les énergies fossiles (8,1 %).

40 ans pour arrêter la production du charbon

Alors que l'État considère dès 1960 que les mines deviennent déficitaires, l'arrêt total de la filière prendra plus de quarante ans. La dernière mine de charbon française ferme en 2004 à la Houve en Lorraine, après 250 ans d’exploitation.

L’histoire de la filière charbon est intimement liée à la question sociale, de par son importante demande de main d’œuvre. Les conditions de travail difficiles et la concentration industrielle inédite dans les houillères les placent à l’avant-garde du combat syndical. L’interdiction de l'emploi des femmes en 1892 et des enfants de moins de 12 ans au début du XXe siècle pour le travail de fond, l’instauration de la journée de huit heures pour les mineurs en 1910, l’accord de 3 à 6 jours de congés payés annuels en 1930 et les grèves générales de 1936 sont autant d'acquis sociaux gagnés au fond des mines.

Aujourd'hui, la France consomme encore quelque 17 millions de tonnes de charbon, importé essentiellement d’Australie, des tats-Unis et d’Afrique du Sud. Il est destiné essentiellement à l’industrie (secteur du fer et de l’acier) ou encore à la production d’électricité (4 % de l’électricité est produite par des centrales à charbon).

« En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées »

La volonté du pays de réduire son usage des énergies fossiles ne résulte pas initialement de la prise en compte des enjeux climatiques, mais de facteurs économiques (la facture énergétique, le développement d’activités industrielles) et politiques (l’indépendance énergétique). La problématique émerge dès les années 70 à l’issue des deux chocs pétroliers : outre le lancement du programme nucléaire, le gouvernement engage une grande politique de réduction d’énergie, ou la « chasse au gaspi ». « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées », tel est le slogan accrocheur lancé en 1973, lors du premier « choc », par l’Agence pour les Économies d’Énergies, devenue aujourd’hui l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME)).

Aujourd'hui, la dépendance de la France en pétrole est de 99 %, dont les sources d’approvisionnement sont réparties entre les pays de l’ancienne URSS, l’Afrique, le Moyen-Orient et la mer du Nord.

« Halte à la croissance ? » : le rapport du Club de Rome

D’un point de vue géopolitique, les pays industrialisés recherchent une diversification de leur approvisionnement, et notamment de leur dépendance aux productions pétrolières de l’OPEP. La question des réserves d’énergies fossiles est posée depuis le rapport du Club de Rome de 1972, intitulé « Halte à la croissance ? », qui se préoccupe des implications économiques d’ici 2100 d’une planète aux ressources limitées. Le sujet est occulté dans les années 80 et 90, où le prix du pétrole reste peu élevé, traduisant un marché bien approvisionné et des réserves sans cesse renouvelées. Il réapparait dans les années 2000, certains suggérant que le renouvellement des réserves n’est plus assuré et que la production pétrolière va prochainement atteindre un maximum. Aujourd’hui, la mise en exploitation de ressources demandant des efforts « technologiques », telles que les hydrocarbures de roche mère, comme le gaz de schiste, le pétrole en mer très profond, les gaz acides et les huiles lourdes, repoussent à nouveau le débat.
Dans les années 70, la France produisait elle-même 15 % de sa consommation de gaz naturel. En 2013, le pays a arrêté son activité d’exploitation du gaz. La loi française a interdit l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, dont les réserves nationales sont considérées comme potentiellement importantes.

Aujourd'hui, le gaz importé l’est aux trois-quarts par gazoduc (en majorité de Norvège, puis des Pays-Bas et de Russie), et pour un quart sous la forme de gaz naturel liquéfié (GNL) depuis l’Algérie essentiellement.

L’automobile et la concentration urbaine

En 1970, alors que le développement en masse de l’automobile domine les transports, les industriels tentent de relancer le marché du rail avec plusieurs innovations françaises. La première ligne du turbotrain, un train propulsé par des turbines à gaz, relie Paris-Caen-Cherbourg en 1971, puis Lyon-Strasbourg. Dans le Loiret, on a posé la ligne expérimentale de l’aérotrain de Jean Bertin, un véhicule glissant sur un coussin d’air pouvant franchir les 300 km/h. Mais le choc pétrolier de 1973 réduit à néant tous ces efforts. Très rapides, ces rames sont aussi très gourmandes en carburant.
Le début des années 70 connaît également ses premiers problèmes de concentration urbaine,entraînant une réorientation des politiques de déplacement vers les transports publics de masse. Le métro est inauguré en 1978 à Lyon et à Marseille tandis que le tramway électrique se réintroduit progressivement dans le pays. L’électricité et les chemins de fer électriques montrent à nouveau leurs grandes potentialités, avec pour aboutissement la première ligne de TGV reliant Paris-Lyon en 2h30 en 1981.
Mais les hydrocarbures liquides restent dominants dans les transports individuels et les transports de fret. Le développement des banlieues à la fin des années 80 accroît l’utilisation des voitures et le parcours pour aller travailler s’est allongé de 3 km en moins de 20 ans, passant de 12 km en moyenne en 1994 à 15 km aujourd'hui.

Aujourd'hui, la moitié du pétrole importé est utilisé dans les transports, les transports routiers représentant 96 % de la consommation totale.

Le faux départ des énergies renouvelables

Dans les années 70, le pays s’engage dans la recherche d'énergies alternatives par la création d‘un Commissariat à l'énergie solaire (COMES) en 1978. Verront le jour la centrale solaire à concentration Thémis, située dans les Pyrénées-Orientales, ou encore l'entreprise Photowatt, qui figura longtemps parmi les meilleurs fabricants mondiaux de panneaux photovoltaïques. Mais la baisse du prix du pétrole dans les années 1980, le succès du programme nucléaire et le coût relatif élevé des énergies renouvelables amènent à réorienter ces efforts. Seule l’hydraulique a connu un fort développement.
L’investissement dans les énergies renouvelables repart au début du siècle, notamment dans l’éolien et le solaire, mais elles constituent encore une part très faible dans le mix énergétique primaire.

Aujourd'hui, la production électrique française est assurée en 2013 par le nucléaire à 73,3 %, l’hydraulique (13,8 %) et les autres énergies renouvelables (4,8 %), les énergies fossiles (8,1 %).

Le mix électriqueLe mix électrique représente les proportions de chacune des filières de production électrique : nucléaire, thermique... français en 2012

Le « mix électrique » définit la part des sources fossiles, du nucléaire, de l’hydraulique et autres renouvelables dans la production d’électricité. De ce fait, il n’intègre pas les problématiques liées à l’essentiel des transports et à de larges secteurs de l’industrie. La part du nucléaire est largement dominante, mais devrait décroître d’ici 2025 en raison de la politique impulsée par l’État.

L’évolution du mix énergétique de 1970 à 2012

Le mix énergétique (ou bouquet énergétique) désigne la répartition des différentes sources d’énergie primaireL’énergie primaire désigne l’ensemble des sources d’énergie non transformées, c’est-à-dire à l’état naturel... dans la consommation énergétique finale d’une zone géographique donnée. Il évolue au fil des années. Ainsi, dans le cas de la France, la part du charbon est passée de 21 % en 1970 à 4 % en 2012, tandis que celle du pétrole passait sur la même période de 64 % à 31 % en raison du développement du nucléaire.

Source : statistiques de l'International Energy Agency 2009

Sélectionnez deux années pour comparer l’évolution du mix énergétique :

et

Source : statistiques de l'International Energy Agency 2009

QUELQUES CHIFFRES

 

Sources : Banque mondiale, Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et division de la population de l’Organisation des Nations unies (ONU).

QUELQUES CHIFFRES

  • SUPERFICIE

  • POPULATION

  • CROISSANCE DE
    LA POPULATION

  • VIEILLISSEMENT DE
    LA POPULATION

  • PIB

  • PIB PAR HABITANT

  • INDICE DE DÉVELOPPEMENT HUMAIN (IDH)

  • ÉMISSIONS DE CO2

Sources : Banque mondiale, Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et division de la population de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Quels sont les choix énergétiques pour les générations de demain ?

En juin 2003, le chef de l’État français, Jacques Chirac, s’engage devant la communauté internationale à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serrePhénomène naturel permettant un accroissement de la température de l'atmosphère d'une planète grâce à la présence de certains gaz... d’ici à 2050. L’objectif ambitieux est repris un an plus tard dans le « plan climat », confirmé lors du Grenelle de l’Environnement de 2007 et dans la loi de transition énergétiqueLa transition énergétique désigne le passage du système actuel de production d'énergie... déposée en 2014.

Mais d’où vient ce facteur 4 ? Pour le comprendre, il faut imaginer que tous les habitants de notre planète consomment équitablement de l’énergie. Dans cette hypothèse, il faudrait, pour stopper l’accumulation du dioxyde de carboneAvec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... (C02) dans l’atmosphère et stabiliser le réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans..., que chacun n’émette pas plus de 500 kg de carbone par an. Or, le français moyen en émet 2 tonnes, dont une grande partie vient du secteur énergétique. C’est deux fois plus que la moyenne mondiale, mais trois fois moins que des pays comme les États-Unis et presque quatre fois moins que le petit état du Koweït ! Pour parvenir à l’objectif des 500 kg de carbone émis par an par habitant, la France doit donc diviser par quatre ses rejets de gaz à effet de serre.

La France a déjà manqué les objectifs prévus par la directive européenne de 2001

Panneau photovoltaique
Fabrication de panneaux solaire à l'usine de Vernejoul, en Moselle (France). © Sun Power

La France a-t-elle les moyens d’atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre ? Le pays a déjà misé très tôt sur les énergies nucléaire et hydraulique, qui représentent à elles seules près de 90 % de la production d’électricité. Les efforts devront donc venir de nouveaux leviers que résument bien les engagements pris en 2007 par l’Union européenne sous le terme des « 3 fois 20 ».

A l’horizon 2020, elle prévoit, en se basant sur les niveaux de 1990, d’augmenter de 20 % l’efficacité énergétiqueEn économie, l'efficacité énergétique désigne les efforts déployés pour réduire la consommation d'énergie d'un système..., diminuer de 20 % les émissions de CO2, et couvrir 20 % des besoins énergétiques totaux par des énergies renouvelables. Sur ce dernier point, la France a déjà manqué les objectifs prévus par la directive européenne de 2001, à savoir d’amener à 21 % la part des énergies renouvelables dans sa production totale d’électricité d’ici 2010, alors qu'elle oscille aujourd'hui autour de 18 %.

Forcée de reconnaître son échec, la France s'est engagée vis-à-vis de ses partenaires européens lors du Grenelle de l’environnement de 2007, cette fois de façon contraignante, à ce que 23 % de sa consommation énergétique totale soit d'origine renouvelable en 2020, contre 13,7 % en 2014.

La production d’énergie éolienne se rapproche de la rentabilité

Eoliennes dans la campagne française. © THINKSTOCK

Pour accompagner cette transformation, le pays et ses acteurs publics peuvent agir simultanément sur la recherche et l’innovation, afin de développer des technologies plus performantes et de moindre coût, le soutien à l’industrie, notamment dans les phases initiales des entreprises innovantes, et le soutien au marché, par des réglementations sur le prix du rachat de l’électricité.
L’ambition est généralement d’aboutir à des filières industrielles mûres et compétitives permettant d’accélérer le déploiement des nouveaux systèmes énergétiques. La production d'énergie éolienne terrestre se rapproche de la rentabilité (6,7 centimes le kWh contre 4,5 centimes dans une centrale nucléaire) et la pose, ces dernières années, d’environ 500 éoliennes par an ont fait de l'Hexagone le troisième marché en Europe, derrière l'Allemagne et l'Espagne. L’énergie solaire présente quant à elle de nombreux défis. Le rendement de conversion du rayonnement du soleil en électricité des meilleurs systèmes industriels dépasse tout juste 20 %, et le coût de l’électricité produite reste élevé, même si la tendance est à la baisse.

L’efficacité énergétique concerne notamment le parc automobile

L’autre transformation essentielle concerne l’efficacité énergétique, qui vise à la réduction de la consommation tout en satisfaisant les mêmes besoins, tandis que certains préconisent la sobriété énergétique en réduisant à la fois la consommation et les besoins.
Les transports, qui contribuent pour 34 % des émissions de gaz à effet de serre en France (13 % dans le monde) sont au cœur de la problématique. Pour le secteur automobile, les premières étapes sont déjà inscrites dans les politiques publiques européennes par des réglementations obligeant d’une part les constructeurs automobiles à vendre des véhicules émettant en moyenne moins de gaz à effet de serre (90 g de CO2/km en 2020 contre environ 137 g constaté en 2011), et d’autre part les vendeurs de carburants à incorporer une fraction de biocarburantsUn biocarburant est un carburant produit à partir de matières végétales ou animales... dans leurs produits. En parallèle, les politiques publiques favorisent la recherche et le développement de nouveaux types de véhicules, hybrides ou électriques, moins émetteurs de gaz à effet de serre. Ces transformations nécessitent le développement de nouvelles infrastructures, comme les bornes de recharge de batterie, et engagent une réflexion sur de nouvelles modalités d’usage.

La « fracture énergétique » et l’isolation de l’habitat

Consommation
L'efficacité énergétique, une préoccupation croissante. © THINKSTOCK

Enfin, dans un pays où l'habitat représente près de 50 % de la consommation totale de l'énergie, servant à chauffer les locaux ou produire de l'eau chaude, se pose aujourd'hui la question de la « fracture énergétique ». Les classes les plus pauvres, qui logent dans des bâtiments vieillissants, mal isolés et par conséquent gourmands en énergie, ne peuvent plus payer leur facture. Cette « précarité énergétiqueLa précarité énergétique désigne l'état de personnes ou groupes qui n'ont pas d'accès suffisant et régulier, dans leur logement ou lieux de vie... » est une nouvelle donne sociale implique un retour de l'État dans la maîtrise des prix de l'énergie sur tout le territoire.

Le parc immobilier français existant (environ 30 millions de logements) se renouvelle lentement - le taux de renouvellement des logements anciens est inférieur à 1 % par an - c’est pourquoi l’isolation de l’habitat apparaît comme une mine d’économies d’énergies.
Les dépenses énergétiques, essentiellement dues au chauffage, contribuent à 23 % des émissions de gaz à effet de serre en France. La première démarche a d’abord consisté à créer des normes de qualité énergétique des bâtiments et des réglementations plus contraignantes pour les nouvelles constructions. L’isolation des bâtiments anciens se développe actuellement par des programmes technologiques visant par exemple à créer des matériaux nouveaux. Par ailleurs, le gouvernement s’est engagé à la rénovation et à l’isolation thermique de 400 000 logements par an.

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