Dossier : Les villes du futur

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Vancouver veut devenir « la ville la plus verte du monde »

Vancouver a affirmé sans complexe son ambition de devenir en dix ans (2010-2020) « la ville la plus verte du monde ». Ses actions, tous azimuts, font l’objet de bilans annuels. A mi-chemin de son plan Greenest City*, la grande métropole canadienne présente un premier bilan impressionnant, même si la route est encore longue pour atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) et de création d’emplois verts.

Espaces verts, mobilité électrique, bâtiments à énergie positive : Vancouver veut devenir la ville "la plus verte du monde". ©Thinkstock

Situé en bordure du Pacifique, tout près de la frontière des États-Unis, Vancouver est la ville la plus peuplée de la province canadienne de Colombie britannique et un des plus grands centres portuaires d’Amérique du Nord, face à l’Asie. La ville elle-même n’a que 600 000 habitants mais est au centre d’une agglomération urbaine de plus de 2,3 millions, la troisième du Canada. Ville cosmopolite, au climat doux et humide, elle a bâti sa prospérité sur l’économie portuaire, les mines, l’exploitation forestière. Depuis quelques années, elle est devenue un centre important du numérique, des biotechnologies, de l’aérospatiale, de l’industrie culturelle et touristique.

Vancouver a une longue tradition d’actions environnementales. C’est là que fut fondé en 1971 Greenpeace et que s’établit en 1990 la Fondation David Suzuki pour l’écologie.

Son maire Gregor Robertson, élu en 2008, lance l’année suivante un plan d’action, « Greenest City »1, qui a deux caractéristiques notables : viser tous les objectifs de durabilité en même temps (développement économique, transports, habitat, qualité de vie, etc), faire le point chaque année en toute transparence. Vancouver est donc devenue une ville-laboratoire. Symboliquement, c’est là que les premiers ministres des provinces canadiennes se sont réunis en mars 2016 pour adopter la « déclaration de Vancouver » qui fixe leurs grandes orientations en matière climatique, trois mois après la COP21.

Dix objectifs chiffrés

Vancouver s’est fixé dix objectifs chiffrés à l’horizon 2020, rangés en trois grandes catégories : zéro carbone (énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide..., transports et habitat), zéro déchets, des écosystèmes performants (espaces verts, qualité de l’eau et de de l’air, production alimentaire locale). L’état d’avancement peut être consulté sur le site internet de la ville2.

A mi-chemin du programme 2010-2020, des progrès spectaculaires ont déjà été réalisés :

  • la ville a fixé des normes parmi les plus élevées au monde pour les nouveaux bâtiments afin de les rendre tous à énergie positive à partir de 2020, tandis que des programmes de rénovation de l’ancien ont été lancés, permettant déjà de réduire de 5 % leur consommation énergétique fin 2014 (objectif 20 % en 2020) ;
  • l’objectif d’assurer plus de 50 % de la mobilité par les transports collectifs, le vélo ou la marche à pied est déjà atteint ;
  • en une démarche originale, la municipalité veut augmenter de 50 % la production locale des produits alimentaires afin de réduire les transports de marchandises. Elle est en avance sur son tableau de marche (+38 %) grâce à la multiplication des petits jardins citadins et des fermes alentour ;  
  • Vancouver a élevé ses standards en matière de qualité de l’air et de l’eau, d’accès aux espaces verts, de recyclage des déchets, et est devenue une des villes au monde les plus « agréables à vivre » selon la plupart des palmarès.3

Vancouver s’est fixé pour objectif de doubler en dix ans le nombre d’entreprises de « l’économie verte ». 

Deux difficultés : gaz à effet de serre et emploi

Vancouver est cependant encore loin d’avoir réussi son pari fondamental : réduire les émissions de GES de 33 % d’ici à 2020, par rapport au niveau de 2007. Fin 2014, la réduction n’a été que de 7 %, avec bien peu de chances de combler l’écart. La métropole canadienne a donc décidé d’accentuer son effort et de l’inscrire sur le long terme4, à savoir 2050.

Alors que la consommation électrique devrait augmenter de 75 % d’ici 2050, la municipalité veut atteindre à cet horizon une production assurée à 100 % à partir des énergies renouvelables. Le solaire viendra compléter une hydroélectricité déjà très puissante dans la région. Visant en 2050 une réduction de 80 % d’émissions de GES, la ville veut promouvoir la mobilité électrique : elle vient de se doter – avec quelque retard sur d’autres métropoles – d’un système de voitures électriques en partage, et déploie de nombreuses stations de recharge en anticipant un développement du marché.

L’accélération du développement des énergies renouvelables devrait aider à atteindre un autre objectif, aujourd’hui à la traîne : doubler le nombre d’entreprises et d’emplois relevant de l’économie durable. Il y avait 16 700 « cols verts » (green collar jobs) en 2010 et 19 900 en 2013, encore loin de l’objectif de 33 400 en 2020. En fait, l’essor économique de la ville est surtout porté par le secteur immobilier, dopé par des investissements massifs de citoyens chinois. S’il a abouti à un doublement du prix de l’immobilier individuel en 5 ans, l’apport de ces investissements a permis de financer en partie le plan « Greenest city » et de soutenir les efforts pour un habitat plus sobre et durable.