Dossier : Alimentation, énergie et climat

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Décryptages

Une prise de conscience croissante pour une alimentation plus durable

Les solutions existent pour réduire l’empreinte environnementale et énergétique de l’alimentation : des méthodes plus efficaces d’agriculture et d’élevage, des circuits plus courts ou en tout cas mieux étudiés, la lutte contre la destruction des récoltes et contre le gaspillage afin de ne pas produire « pour rien ». Dans tous les pays, une prise de conscience se fait jour.

L'un des défis de la Planète sera de nourrir ses 9 ou 10 milliards d’habitants en 2050. ©Thinkstock

À l’horizon 2050, la population mondiale atteindra entre 9 et 10 milliards d’habitants, l’essentiel de la progression ayant lieu dans les pays en développement, notamment l’Afrique. Le phénomène s’accompagnera d’une forte urbanisation (66 % de la population vivra dans les villes en 2050, contre 54 % aujourd’hui) et d’une hausse générale des revenus des classes moyennes urbaines. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), pour nourrir cette population plus importante, plus urbaine et plus riche, la production alimentaire devra augmenter de 60 à 70 %1.

La première question est de savoir si la Planète pourra y parvenir, tout en améliorant la sous-alimentation chronique, autrement dit la « faim », qui - même si elle est en baisse - frappe encore près de 800 millions de personnes et la « malnutrition » qui affecte plus de 2 milliards d’individus.

La deuxième question est de prévoir l’impact de cette augmentation des besoins sur la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serrePhénomène naturel permettant un accroissement de la température de l'atmosphère d'une planète grâce à la présence de certains gaz.... Trois facteurs apparaissent déterminants : les méthodes de production, le gaspillage et les pertes de produits, les régimes alimentaires. Ces facteurs doivent être appréhendés de façon variable selon les pays, et notamment selon le niveau de développement économique de chacun.

60 à 70 % : l’augmentation nécessaire de la production alimentaire mondiale en 2050.

Les méthodes de production

Dans les pays en développement, et notamment en Afrique, continent promis à la plus forte poussée démographique, les améliorations sont possibles dans presque tous les domaines : sélection des espèces de plantes, notamment les plus robustes et résistantes au changement climatiqueVoir la définition du réchauffement climatique..., bonne utilisation de l’eau, amélioration des rendements à l’hectare par les engrais et les produits phytosanitaires, entretien de la fertilité des sols pour éviter la déforestation. Le même type de progrès, fondés sur la recherche et de meilleures technologies, est possible en matière d’élevage.

Dans les pays développés, notamment en Europe, les pratiques dites « agro-écologiques » font l’objet de très nombreuses recherches : agriculture biologique, agriculture de conservation (maintenir le potentiel agronomique des sols), l’agriculture de précision (tenir compte des variabilités entre parcelles, voire au sein des parcelles), etc. En matière d’élevage, les modèles vont de l’augmentation de la part des pâturages sur les exploitations jusqu’à la régulation plus efficace de la reproduction des animaux.

La réduction de la consommation d’énergie passe par d’autres actions en amont et en aval. En amont, par l'utilisation d’engins plus économes en carburantUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)..., d’énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide... localisées, des arrosages adaptés grâce aux données numériques. En aval, par un conditionnement des produits plus sobre et moins individualisé par portions (les emballages alimentaires représentent aujourd’hui 80 % des emballages ménagers).

Les pertes et gaspillages

La FAO estime qu’environ un tiers de tous les aliments produits dans le monde – et donc un tiers de l’énergie dépensée pour les produire – est perdu.

Dans les pays africains, les pertes sont dues aux insuffisances d’irrigation, de stockage (chaînes de froid), de transport, de distribution. La faiblesse des industries locales de transformation laisse également de nombreux produits se détériorer sur place.

Dans les pays développés, on estime que 200 à 300 kilogrammes sont perdus par personne et par an en Europe et en Amérique du Nord. Une grande partie de ce gaspillage est due aux habitudes de consommation. Des campagnes de plus en plus nombreuses sont lancées pour le réduire en direction de tous les acteurs (producteurs, industriels, distributeurs, consommateurs, restaurants ou cantines…).

La chaîne complète de l'alimentation consomme environ 30 % de l'énergie mondiale.

Les régimes alimentaires

La répartition alimentaire dans le monde est très inégale : un habitant de l’Afrique subsaharienne consomme en moyenne 2 500 kcal (kilocalories) par jour, alors qu’un citoyen d’un pays développé de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a accès à 4 000 kcal. Selon l’étude française Agrimonde2, une moyenne de 3 000 kcal dont 500 kcal d’origine animale serait suffisante pour subvenir aux besoins physiologiques.

La part de la matière alimentaire d’origine animale est au cœur des débats. La consommation actuelle de protéines est aujourd’hui aux trois quarts d’origine animale et un quart d’origine végétale, avec une très grande inégalité : en France, chaque habitant consomme environ 100 kg de viande par an, en Chine la consommation atteint 50 kg, elle tombe à moins de 10 kg dans les pays les plus pauvres. L'extension du mode de vie occidental à l'ensemble de la Planète impliquerait un doublement d’ici 2050 de la demande en produits animaux, viande et laitages. Une telle évolution serait impossible à la fois en matière d’espace et d’émissions de gaz à effet de serre3.

 

Sources :

(1) Rapport FAO 2016

(2) Voir étude Agrimonde

(3) Voir étude FAO