Dossier : La mobilité individuelle : vers une transition automobile

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Les enjeux de la transition automobile

Le transport routier est en expansion dans le monde et le nombre de véhicules devrait doubler dans les 30 prochaines années. Constructeurs automobiles et sociétés pétrolières ont engagé depuis des années une mutation qui rendra ce secteur moins dépendant des produits pétroliers.

Trajets quotidiens, week-ends, vacances : la voiture individuelle reste une aspiration pour de nombreux citoyens. ©AFP PHOTO / PHILIPPE DESMAZES

Les enjeux de la mobilité tiennent en quelques chiffres : un milliard de véhicules, particuliers et utilitaires, circulent dans le monde ; ce nombre devrait doubler dans les 30 prochaines années ; dans les pays émergents, le parc devrait même quadrupler d’ici 2030 ; 97 % du transport mondial est assuré par des véhicules utilisant des carburantsUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)... issus du pétrolePétrole non raffiné. (gazoleSynonyme de diesel et de gasoil. , essence et GPLLe GPL est un mélange d'hydrocarbures légers issus pour partie du raffinage des bruts pétroliers (environ 40 %)...) ; 50 % de la production mondiale de pétrole est consacrée aux transports, alors qu’en 1973, un tiers seulement l’était.

Une telle croissance est due d’abord à l’aspiration légitime de nombreuses populations à l’automobile : on dénombre en France 600 véhicules pour 1 000 habitants, contre moins de 50 en Chine, qui est devenu en 2011 le plus gros producteur mondial d’automobiles, et moins de 20 en Inde ! En outre, le développement du commerce international, notamment en Europe, a poussé à la hausse le transport routier de marchandises. Les véhicules à essence et gazole resteront longtemps dominants : ils sont peu coûteux, résistants et les infrastructures de distribution de carburants bien développées.

Cette situation rend nécessaire une action répondant à deux objectifs :

Certains experts estiment qu’à l’horizon 2050, les voitures rouleront pour 2/3 avec du pétrole ou du gaz et 1/3 avec des sources d'énergie non pétrolières1.

50 % : la part du pétrole consacrée aux transports.

Trois impératifs : performances, sécurité et prix

Le succès de cette transition suppose avant tout la conception de véhicules consommant moins d’énergies fossiles. Il s’agit à la fois d’améliorer les moteurs et carburants actuels et de développer des technologies alternatives, notamment l’électrification des motorisations, pour gagner de 30 à 40 % de consommation.

Ces améliorations doivent être réalisées avec trois impératifs : conserver de bonnes performances des moteurs et un confort élevé des véhicules, ne pas dégrader le niveau de sécurité, et ne pas entrer dans des gammes de prix qui découragent l’achat.

La consommation des véhicules thermiques (c'est-à-dire qui fonctionnent avec des carburants classiques) a déjà été abaissée de façon spectaculaire, avec des petits modèles de série consommant à peine plus de 4 litres aux 100 kilomètres. L’hybridation, associant moteur thermique et moteur électrique, est une carte maîtresse pour aller plus loin, c’est-à-dire vers 2 litres aux 100 kilomètres. Quant aux moteurs 100 % électriques, ils équipent déjà des petits modèles bien adaptés à la circulation urbaine et péri-urbaine. Dans le même temps, la diversification des carburants s’est accélérée, avec l’adjonction de biocarburantsUn biocarburant est un carburant produit à partir de matières végétales ou animales... et l’utilisation de carburants gaz.   

Le nombre de véhicules automobiles dans le monde devrait doubler dans les 30 ans prochains.

Une évolution lente

Quelles que soient les motorisations et les innovations technologiques, les évolutions dans le domaine automobile sont d’une façon générale lentes, et cela pour une série de facteurs.

Tout parc automobile présente une forte inertie : un véhicule est utilisé pendant une dizaine d’années en Europe, 15 ans au moins en Afrique, et le renouvellement par apport de véhicules neufs n’est donc que de quelques pour cents chaque année. 

L’industrie automobile est une industrie de masse, très capitalistique et soumise à une forte compétition mondiale. L’amortissement des chaînes de production est donc essentiel et, pour un constructeur, changer de gammes est un processus coûteux. Il faut plusieurs années pour qu’un prototype nouveau soit produit à une échelle industrielle.

L’utilisation des automobiles implique une série d’infrastructures lourdes, notamment des réseaux de distribution de carburants. Introduire l’électricité suppose par exemple des stations de recharge d’un type nouveau sur tout le territoire, sans compter une capacité de production électrique et une organisation des réseaux de distribution qui correspondent aux nouveaux besoins.

Enfin, la voiture est aussi un usage. La répartition des habitats, les choix collectifs de transports en commun influent sur les besoins du consommateur. Lui-même ne recherche pas seulement dans l’automobile un moyen économique et « propre » de se déplacer mais aussi un objet de plaisir et d’affirmation sociale. Il apparaît cependant de plus en plus sensible à des formules nouvelles de partage et de location de véhicules.

 

Sources :

(1) IFP Energies nouvelles