Dossier : L’Europe de l’énergie : la longue marche

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Décryptages

Les 5 piliers de l’Union européenne de l’énergie

Elu en novembre 2014, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a posé dès le début 2015 les jalons d’une « Union de l’énergie », reconnaissant implicitement les échecs enregistrés par l’Europe dans ce domaine. Objectifs principaux : limiter la dépendance au gaz russe, essayer de faire baisser les prix de l’énergie, réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Président de la Commission européenne depuis novembre 2014, Jean-Claude Juncker veut lancer une '"Union européenne de l'énergie". © FREDERICK FLORIN / AFP

Même si les États disposent de l’essentiel des compétences dans le domaine de l’énergie, via le choix des sources et des approvisionnements, la Commission européenne a présenté en mars 2015 des propositions fortes pour une « Union européenne de l’énergie », qui devraient déboucher sur des mesures d’ici 2017. Elles sont articulées par leurs auteurs en 5 volets1.

  • Sécurité de l’approvisionnement - L’Union européenne importe 53 % de son énergie (tous secteurs), soit une facture lourde même si elle est allégée pendant les périodes de baisse des cours du pétrolePétrole non raffiné.. La crise ukrainienne de 2015 a illustré la fragilité de pays de l’est et du centre de l’Europe à l’égard du gaz russe. L’Europe vise donc à diversifier ses fournisseurs de gaz et à assurer une meilleure solidarité entre les pays en termes d’échanges et de stockage (Voir le décryptage : « Gaz naturel : la sécurité d’approvisionnement, objectif n°1 »). La sécurité énergétique signifie aussi une utilisation plus efficace de l’électricité produite en Europe.
  • Un marché intérieur de l’énergie totalement intégré - Il s’agit de poursuivre l’action engagée depuis plusieurs années, à savoir fluidifier la circulation de l’électricité et du gaz naturel d’un bout à l’autre de l’Europe, assurer la concurrence entre les fournisseurs d’énergie en permettant aux consommateurs de choisir librement ceux-ci.

Réduction des émissions de gaz à effet de serre : l’UE a fixé un objectif de - 40 % d’ici 2030.

En matière de gaz naturel, les volumes échangés sur les places de marché européennes à court terme – par opposition aux contrats à long terme négociés entre grandes sociétés ou États – ont fortement progressé.

En matière d’électricité, le producteur d’un pays dont l’électricité est temporairement peu chère a la possibilité de l’offrir sur le marché d’un pays voisin. Elle y est achetée jusqu’à égalisation des prix de marché de gros (ou jusqu’à saturation de la capacité technique des interconnexions transfrontalières) (Voir le décryptage : « Interconnexions électriques : les objectifs de la Commission européenne »). En 2014, 17 pays européens avaient ainsi couplé leurs marchés.

L’objectif est que les prix baissent : les prix de l’électricité sont toujours plus bas sur les marchés de gros, mais restent hauts pour les consommateurs, en raison des subventions aux énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide.... En 2015, les prix de l’électricité sont devenus deux à trois fois plus élevés en Europe qu’aux États-Unis. Sur le marché gazier, la même disparité, provoquée par l’exploitation américaine des gaz de schisteLes gaz de schiste (ou shale gas) sont situés dans des roches sédimentaires argileuses enfouies à de grandes profondeurs..., donne aux États-Unis un avantage comparatif important.

  • Meilleure efficacité énergétiqueEn économie, l'efficacité énergétique désigne les efforts déployés pour réduire la consommation d'énergie d'un système... - Le but est de consommer moins d’énergie afin de réduire les émissions de gaz à effet de serrePhénomène naturel permettant un accroissement de la température de l'atmosphère d'une planète grâce à la présence de certains gaz... et la pollution, de diminuer les importations d’énergie de l’UE. À l’horizon 2020, l’UE s’était fixé une amélioration de 20 % de son efficacité énergétique. L’objectif pour 2030 est de 27 %, avec un réexamen prévu d’ici 2020 pour porter cet objectif à 30 %. La Commission fera des propositions d’amélioration dans les bâtiments et les transports.
  • Réduction des émissions - Après s’être fixé en 2009 une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à 1990, l’UE vise au moins 40 % d’ici 2030, grâce à ses objectifs d’efficacité énergétique et une part d’énergies renouvelables passant de 20 à 27 %. L’UE peut se targuer d’avoir presque atteint ses objectifs de 2020 (les émissions de gaz à effet de serre ont reculé de 18 % de 1990 à 2012 et la part des énergies renouvelables  est passée de 8,5 % en 2005 à 14,1 % en 2012). Mais certains experts doutent de cette approche statistique : la crise économique est responsable de la moitié des réductions d’émissions et le développement des énergies renouvelables a été largement subventionné.

53 % : la part de l’énergie (tous secteurs) que l’Union européenne importe pour ses besoins.

La commission Juncker veut utiliser le levier du système européen d’échange de quotas d’émissions, que l’Europe a été la première région du monde à mettre en place mais qui n’a pas donné les résultats escomptés en matière de signal prix. Elle préparait début 2016 diverses mesures techniques de relance.

  • Recherche et innovation - La Commission entend soutenir les avancées dans les technologies à faible intensité de carbone. Des réflexions très innovantes émergent. Par exemple, une directive européenne incite à accroître l’interopérabilité des systèmes de recharge des véhicules électriques à travers toute l’Europe. Des études sont conduites, notamment en Allemagne, pour permettre aux camions roulant à l’électricité de se recharger via des caténaires placées le long de l’autoroute.

 

Source :

(1) Europa - Les priorités et le cadre général