Dossier : L’accès à l’énergie : un défi qui engage l’avenir de la planète

3 contenus dans ce dossier

Je découvre
Imprimer

Décryptages

Le « social business », un outil pour un meilleur accès à l’énergie

Les idées novatrices d’un économiste du Bangladesh et la révolution technologique apportée par la lampe solaire photovoltaïque : les deux éléments se sont combinés pour offrir une voie non négligeable pour un meilleur accès à l’énergie en faveur des populations défavorisées, notamment en zones rurales.

Le « social business », un outil pour un meilleur accès à l’énergie
Les lampes solaires ont révolutionné l'accès à l'énergie en zone rurale. Ici, présentation de l'offre Awango by Total sur un marché birman. ©ROUSSEL MARC - TOTAL

Le concept général du social business

Prix Nobel en 2006, l’économiste Muhamad Yunus, originaire du Bangladesh, l’un des pays les plus pauvres du monde, a jeté les bases d’une réflexion dont les applications ont été mises en oeuvre par de nombreuses entreprises et Organisations non gouvernementalesUne ONG est une organisation d’intérêt public qui ne relève ni d'un État, ni d’une institution internationale... (ONG) dans le monde, le social business.

Ce concept – qui n’a pas vraiment de traduction en français – est fondé sur trois principes :

  • un objectif social, par exemple vaincre la pauvreté, promouvoir l'éducation, la santé, l'accès aux technologies, l'environnement ;
  • une rentabilité, gage de durabilité économique. Le projet doit pouvoir s’autofinancer, ce qui le sépare clairement de la forme d’assistance et de subventions qui a dominé pendant des décennies ce qu’on a appelé l’aide au Tiers-Monde ; 
  • la non maximisation des profits, c’est-à-dire le réinvestissement des bénéfices dans le projet lui-même, l’objectif étant d’atteindre le but social fixé. Muhamad Yunus exclut dans sa théorie le versement de dividendes aux investisseurs, certains économistes ne l’excluent pas en considérant que c’est l’élément indispensable pour accroître ces investissements et donc relever le niveau des objectifs sociaux.

L’application du social business au secteur de l’énergie

Le social business a été théorisé par l’économiste du Bangladesh Muhamad Yunus, Prix Nobel en 2006.

Les grandes entreprises énergétiques, souvent engagées dans des pays en développement, avaient depuis longtemps financé des actions sociales, par exemple le financement d’une école ou d’un stade local de football, dans cette conception générale de l’assistance qui prévalait alors.

Peu à peu, s’est développée l’idée d’apporter une aide dans le cœur même de leur métier, l’énergie, en essayant de soutenir les projets avec un modèle économique qui les rende sinon profitables, du moins durables.

Curieusement, c’est un tout petit appareil qui a eu un considérable effet de levier au début des années 2010 : la lampe solaire, alimentée par un panneau photovoltaïqueUn panneau solaire photovoltaïque, ou module photovoltaïque, est un assemblage de cellules photovoltaïques reliées entre elles... dont le prix décroissant a rendu possible l’utilisation courante. Les progrès de la batterie lithium-ionOn appelle ion un atome ou un groupe d'atomes chargés électriquement... sont venus appuyer le produit, simple et robuste. La cible du produit est évidente : les populations déshéritées dans des zones rurales isolées des pays les plus défavorisées, en Asie, en Afrique ou en Amérique Latine.

La lampe solaire, qui débouchera sur d’autres appareillages (ventilateurs, télévisions,…), est une rupture innovante : la possibilité de distribuer de l’énergie à grande échelle, en vendant non pas des électronsLa matière est composée d'atomes. Un atome comporte un noyau formé de protons (particules de charge électrique positive) et de neutrons... mais le produit autour de ces électrons ! Le groupe Total y a été précurseur avec l’offre Awango by Total.1

Une chaîne de valeur cohérente 

Comme il y a recherche de rentabilité, le Groupe qui s’engage dans un projet de social business recherche une chaîne de valeur rationnelle. D’abord des fournisseurs au meilleur coût, souvent en Asie, ensuite le Groupe et ses filiales pour acheminer les produits dans la région ciblée, enfin et surtout un réseau de distribution très fin, car atteindre les utilisateurs par définition pauvres, dans des régions isolées, est complexe. Dans le cas de l’offre Awango by Total, le réseau est formé soit des stations-services avec des gérants indépendants, soit des entrepreneurs sociaux, des revendeurs solaires, des ONG. Dans un autre secteur, un groupe comme Danone, très engagé dans le social business, a été conduit à bouleverser ses principes de distribution, par exemple en livrant ses yaourts en très petites quantités, à des milliers de revendeurs. Pour tous, l’objectif est d’assurer la rentabilité de chaque segment.

Assurer la qualité du produit

Tous les acteurs du social business convergent sur l’idée qu’il faut assurer la qualité et la fiabilité du produit. Malgré la modicité du prix, l’investissement par une population pauvre est quand même lourd et il faut que le produit ait une période de vie longue. Il est également souhaitable que les projets puissent être répliqués dans plusieurs régions du monde afin d’avoir des économies d’échelle (on parle en anglais de scalability).

Du point de vue financier, ce type d’opération n’a rien à voir avec les montants des opérations de ces grands groupes. Le chiffre d’affaires d’une opération avec des lampes solaires peut atteindre quelques millions de dollars sur chaque pays ciblé. Mais selon une expression utilisée par les milieux du social business, « le plus important n’est pas ce que cela pèse, mais ce que cela soulève ».

 

Source : 

(1) Awango by Total