Dossier : Le raffinage : un secteur en pleine mutation

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Décryptages

Le raffinage, un outil en pleine mutation

Le contexte est difficile pour le raffinage européen (Voir le décryptage : Le raffinage : l'analyse de l'expert). En raison de l’évolution du marché et de la réglementation, les raffineurs doivent moderniser et adapter leurs installations. Cela leur demande de très lourds investissements financiers.

Le DHC (Distillate HydroCracker) de la raffinerie de Normandie permet d’améliorer l’allègement du pétrole lourd. © P.BOULEN / TOTAL

Des traitements toujours plus complexes

Les raffineurs sont face à un double défi :

En pratique, les raffineurs doivent donc mettre en place des traitements de plus en plus performants.

La modernisation des raffineries européennes

Pour continuer à exister, les raffineries doivent rapidement évoluer.

Au Royaume-Uni, des nouvelles unités d’hydrodésulfurationProcédé de raffinage destiné à réduire très fortement la teneur en soufre de carburants tels que le kérosène ou le gazole... (HDS) à la raffinerieUne raffinerie de pétrole est une installation industrielle dans laquelle on transforme le brut en produits pétroliers adaptés à différentes... de Lindsey permettront de traiter jusqu’à 70 % de bruts soufrés, contre 20 % aujourd’hui. Elle pourra également produire davantage de gazole.

En Allemagne, l’unité HDS de Leuna permettra d’améliorer l’approvisionnement du marché national en fioul domestique à très basse teneur en soufre.

- 99,5 %c’est la réduction de teneur en soufre imposée par l’Union européenne (EU)

En France, de nouvelles unités ont été mises en place ou sont en cours de transformation. En Normandie, par exemple, Total a fait le choix d’installer un DHC (Distillate HydroCracker). La technologie, à base d’hydrogèneL'hydrogène est l'atome le plus simple et le plus léger. C'est l'élément de très loin le plus abondant de l’univers. , permet d’améliorer l’allègement du pétrole lourd. Ainsi, avec la même quantité de pétrole brut, le DHC permet de produire 8 % de gazole à basse teneur en soufre en plus. Le tout pour un investissement global de l’ordre de 550 millions d’euros.

Renforcer la maîtrise des risques industriels et des impacts environnementaux

Au-delà de ces lourds investissements, les installations des raffineries sont régulièrement modernisées afin d’améliorer leur sécurité et leur intégrité. En moyenne, les unités sont arrêtées tous les cinq ans. Pendant plusieurs mois, elles sont démontées, auscultées, mises à niveau… Les process et les pratiques sont également modifiés pour répondre aux normes environnementales : réduction des émissions de gaz à effet de serrePhénomène naturel permettant un accroissement de la température de l'atmosphère d'une planète grâce à la présence de certains gaz..., des rejets dans le milieu naturel, des nuisances olfactives, etc.

Vers des plateformes mondiales intégrées

Pour améliorer encore davantage l’efficacité et la compétitivité des raffineries, la tendance est au développement de véritables plateformes industrielles. L’idée : concentrer les activités de raffinageEnsemble des opérations industrielles permettant d'élaborer divers produits pétroliers (gaz, essences, fiouls, bitumes…) à partir de pétroles bruts. et de pétrochimieLa pétrochimie est la chimie des dérivés du pétrole. Elle permet la fabrication de nombreux produits de notre environnement quotidien. sur un même site, proche de la matière première et idéalement, proche des marchés porteurs.

La tendance actuelle est de concentrer sur un même site les activités de raffinage et de pétrochimie.

Ainsi, Esso a fait de sa raffinerie à Anvers (en Belgique) une véritable entreprise pétrochimique. Aujourd’hui, celle-ci produit du gaz de pétrole liquéfié (GPL)Le GPL est un mélange d'hydrocarbures légers issus pour partie du raffinage des bruts pétroliers (environ 40 %)..., de l’essence, du kérosène, du dieselLe diesel est avant tout le nom d'un moteur à combustion interne fonctionnant par allumage spontané..., du fuel, mais aussi des solvants et des bitumes. À Pernis (aux Pays-Bas), Shell a regroupé sur un même site plus de soixante usines différentes, avec des capacités de raffinage diverses. En France, Total a intégré dans un même ensemble la raffinerie de Normandie et l’usine de Gonfreville l’Orcher de Total Petrochemicals France. Le but : améliorer l’efficacité énergétiqueEn économie, l'efficacité énergétique désigne les efforts déployés pour réduire la consommation d'énergie d'un système... des deux sites.

Investir pour l’avenir

D’ici 2030, la demande en produits légers et peu soufrés devrait s’étendre à l’ensemble des pays consommateurs. Dans les prochaines années, le raffinage va donc continuer à évoluer.

Les raffineries devront également intégrer le raffinage de nouveaux approvisionnements, tels que les matières alimentaires et végétales (biomasseDans le domaine de l'énergie, la biomasse se définit par l'ensemble des matières organiques d'origine végétale ou animale...). À l’avenir, les contraintes réglementaires vont, par ailleurs, continuer à s’accentuer : sur l’efficacité énergétique, la gestion de l’eau, les émissions de gaz à effet de serre.

 

 

Les raffineries de pétrole consomment de l’eauEnviron 1,5 litre d’eau par litre de carburant produit. Cela peut sembler beaucoup, mais à titre de comparaison, il faut 300 à 600 litres d’eau pour fabriquer 1 kg d’acier ! Les raffineries pétrolières recyclent l’eau qui alimente leurs chaudières et leurs circuits de refroidissement. Avant de rejeter leurs eaux usées, elles leur font subir une épuration (déshuilage, décantation, filtration, traitements physico-chimiques et biologiques, etc.).