Dossier : Le raffinage : un secteur en pleine mutation

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Décryptages

Le raffinage : contexte et enjeux

En Europe, l’industrie du raffinage rencontre des difficultés : la consommation de produits pétroliers diminue, les marges sont en baisse…À l’export, le marché américain est saturé. À contrario, les besoins des pays émergents, notamment en Asie et au Moyen-Orient, progressent fortement. 

Station-service à Safi (Maroc) : les besoins des pays émergents sont en forte hausse. © SORDOILLET PATRICK / TOTAL

Une situation mondiale contrastée

Globalement, la consommation de pétrolePétrole non raffiné. continue à augmenter. Selon les régions, les situations sont cependant contrastées.

Dans les pays émergents, notamment en Chine, en Inde et au Moyen-Orient, la consommation de pétrole augmente fortement (+ 5 % en Chine en 2012)1. En Europe en revanche, la demande ne cesse de baisser. Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics européens encouragent les économies d’énergie. Ils favorisent l’utilisation des transports en commun, des ressources renouvelables, pour lutter contre le réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans.... Les véhicules sont par ailleurs de moins en moins gourmands en énergie.

Le secteur du raffinageEnsemble des opérations industrielles permettant d'élaborer divers produits pétroliers (gaz, essences, fiouls, bitumes…) à partir de pétroles bruts. reflète ces tendances. Ainsi, dans les pays émergents, les capacités de raffinage ne cessent de croître et les projets de nouvelles raffineries fleurissent. Le Brésil est particulièrement dynamique. En Europe au contraire, des surcapacités de production apparaissent.

Des installations européennes non adaptées à la demande

En Europe, l’industrie du raffinage doit également faire face à une autre difficulté : la « diésélisation » du parc automobile. Elle reste forte même si une baisse s’est manifestée : en 2012 les moteurs dieselLe diesel est avant tout le nom d'un moteur à combustion interne fonctionnant par allumage spontané... ont représenté 55 % des immatriculations européennes (contre 60 % en 2011). Elles n’étaient que de 40 % en 1985. En France, la proportion est montée à plus de 72 % en 2012 et même si elle est retombée de 5 points en 2013, elle reste plus élevée que la moyenne européenne2. (Voir le décryptage « Le raffinage en France : l’analyse de l’expert »).

À la pompe, le gazoleSynonyme de diesel et de gasoil. est de l’ordre de 20 cts/litre moins cher que l’essence, alors que son prix hors taxe est quasiment identique et les professionnels peuvent bénéficier d’avantages fiscaux. Pour les pouvoirs publics, l’objectif était, à l’origine, de favoriser les constructeurs automobiles français, en avance dans la technologie diesel.

Les raffineries européennes produisent aujourd’hui trop d’essence et pas assez de gazole

Le problème, c’est que les raffineries européennes produisent aujourd’hui trop d’essence et pas assez de gazole. Conséquence : l’Europe doit importer ce dernier. Quant au surplus d’essence, il était jusqu’à présent exporté aux Etats-Unis, où les véhicules particuliers à moteur diesel restent peu nombreux. Mais depuis quelques années, le marché américain devient plus indépendant. Non seulement les Etats-Unis consomment moins de pétrole (comme dans la plupart des pays industrialisés), mais ils accélèrent également leur production d’huile de schisteTerme ambigu désignant à la fois des hydrocarbures liquides extraits des sables bitumineux et ceux extraits des "oil shales"..., un pétrole léger et peu cher contenu dans des roches sédimentaires argileuses.

Des marges de raffinage très volatiles

La marge de raffinageLa marge brute de raffinage désigne l’écart entre la valeur des produits pétroliers à la sortie de la raffinerie (essence, diesel, etc.) et la valeur du pétrole brut à son entrée... correspond à la différence entre la valeur des produits raffinés sur les marchés et la valeur du pétrole brut. Elle dépend de nombreux facteurs : situation géopolitique, évolution de l’offre et de la demande, niveau des stocks, investissements…

+ 5 % : la hausse moyenne annuelle de la consommation de pétrole en Chine

Depuis 2009, du fait du ralentissement mondial de la demande et des surcapacités de production, les marges de raffinage se détériorent. En 2011, elles n’étaient plus que de 14 euros par tonne en moyenne sur le pétrole Brent (-32 % par rapport à 2010). Pour autant, l’impact sur les consommateurs est resté faible : dans le prix des carburantsUn carburant est un combustible liquide (comme l'essence), gazeux (comme le GPLc) ou solide (comme un propergol)..., la marge de raffinage pèse peu. En 2012, les marges se sont fortement redressées (34 euros par tonne), mais elles sont retombées à 18 euros/tonne en 2013 et à 17 euros sur les cinq premiers mois de 20143.

Un secteur en restructuration

D’après le ministère de l’Économie et des Finances, le seuil de rentabilité du raffinage se situerait autour de 25 euros par tonne de pétrole brut4. Résultat : des raffineries ferment, notamment en Europe occidentale. Pour éviter de nouvelles fermetures, les raffineurs accélèrent actuellement la modernisation de leurs installations (Voir le décryptage « Le raffinage, un outil en pleine mutation »). L’enjeu est de taille : en France, le raffinage représente 13 000 emplois directs et environ 40 000 emplois indirects5.

 

Sources :

(1) BP Statistical Review of World Energy 2013

(2) Statistiques de l’AECA

(3) Direction générale de l’énergie et du climat

(4) Ministère de l'Économie et des Finances, 2012

(5) UFIP