Dossier : La mobilité durable

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Décryptages

La mobilité urbaine : le numérique au service de transports efficaces

Dans un monde où une partie de plus en plus importante de la population se concentre dans les villes, l’organisation et la gestion de la mobilité urbaine sont essentielles d’une part pour assurer une vie économique et sociale acceptable, d’autre part pour limiter les pollutions et les émissions de gaz à effet de serre. 

Le numérique a permis une nouvelle approche de la mobilité urbaine. Ici une application d'auto-partage dans le centre de Toulouse (France).
©PASCAL PAVANI / AFP

Depuis le début du siècle, un foisonnement d’études et plans de développement urbain ont introduit des innovations dans l’aménagement de l’espace public, les réseaux de transports et les comportements sociaux. Voici, sous forme de glossaire, quelques-uns de ces concepts nouveaux1.

 

57 : le nombre d’opérateurs de transport différents, qu’il faut donc coordonner, dans une grande métropole comme Tokyo.

La gouvernance de l’urban data – De même que le mariage des réseaux électriques et du numérique a bouleversé la gestion de l’énergie, l’utilisation de la masse des données relatives aux déplacements révolutionne l’approche des transports urbains.  Le ministère allemand des transports a ainsi adjoint à son nom la mention d’infrastructures digitales (Bundesministerium für Verkehr und digitale Infrastruktur). Ce big data permet de gérer et prévoir les flux de circulation, de calculer les itinéraires, d’être informé en temps réel sur les horaires, de réserver un nombre grandissant de services. Cela implique d’organiser une bonne « gouvernance » de ces données. À Tokyo, on ne dénombre pas moins de 57 opérateurs de transport et leur coordination est complexe. Des métropoles mettent déjà en place des « régies de données ». Singapour a annoncé un système global de navigation par satellite permettant de mieux réguler les trains, les bus et les voitures privées qui seront toutes équipées d’appareils de réception.

L’intermodalité – C’est l’utilisation de plusieurs modes de transport pour effectuer un déplacement entre deux points. Quand une diligence devait laisser ses passagers traverser une rivière sur un bac, c’était déjà de l’intermodalité… Aujourd’hui, elle répond à d’autres besoins. Par exemple dissuader un automobiliste de pénétrer dans le centre d’une ville en lui offrant d’autres options. Ou encore assurer la jonction d’un quartier excentré avec une gare de réseau ferré régional. Ou relier un réseau en surface de tramway circulaire avec les stations d’un métro souterrain rayonnant. Pour faciliter le passage d’un mode de transport à l’autre, des applications présentent des itinéraires complets et des « passes mobilité » sont apparus, qui permettent de payer plusieurs opérateurs différents de transport avec la même carte ou la même application mobile.

La logistique urbaine – Il s’agit d’organiser non pas seulement la mobilité des personnes, mais aussi la circulation des biens qui arrivent dans la ville. Le trafic des camions de livraison est une cause majeure de congestions et de pollution. Certaines villes comme Londres ont mutualisé la livraison des lourds matériaux de chantiers. D’autres comme Barcelone ouvrent des couloirs de livraison variables selon les heures de la journée. Plusieurs métropoles (La Haye, Montréal, Détroit) cherchent à augmenter la capacité productive du territoire qui les entoure et à favoriser une économie circulaire. Elles ont notamment développées l’agriculture urbaine. La réaffectation de friches industrielles ou la création de fermes verticales où les fruits et plantes poussent hors sol grâce à des nutriments permettent d’alléger les circulations de camions de primeurs dans les périphéries urbaines.

« Le dernier kilomètre » – Cette expression désigne l'ensemble des opérations nécessaires pour assurer les derniers segments d’une chaîne de distribution de biens ou de services. La problématique s’est développée avec l’essor très rapide du e-commerce, qui apporte les colis directement chez le consommateur. Le coût de ce dernier maillon est souvent important. Après le dépôt de colis chez des commerçants du quartier, la livraison par vélos ou triporteurs réapparaît dans de nombreuses villes européennes. L’utilisation de drones est testée dans des zones plus périphériques. De façon plus indirecte, des services nouveaux comme la livraison à domicile de repas influent sur les déplacements au sein d’une ville. Le concept du « dernier kilomètre », et même du « premier kilomètre », est appliqué aussi au transport des personnes : comment aller de chez soi à la station de métro la plus proche ou comment se rendre à son travail une fois sorti du transport en commun ou du parking ? Un service de trottinettes en libre-service a été testé à Moscou et New-York !

« Transports guidés » et bus express – Métros, tramways, trains de banlieue : le transport en ville ou en périphérie est souvent « guidé » par des rails ou des couloirs réservés. Ces transports collectifs impliquent la mise en place d’infrastructures lourdes qui sont complétées ou modernisées en permanence. Les villes ont progressivement adopté la formule plus souple des bus en site propre, dans des couloirs réservés. Certaines optent de plus en plus dans leur périphérie pour des réseaux de « bus express » aux itinéraires plus libres. Les coûts d’infrastructures sont beaucoup moins élevés et la gestion plus flexible selon les heures ou la situation du trafic. À Londres, il y a deux fois plus d’usagers dans les bus que dans le métro.

 

Des villes comme Moscou et New York ont testé des services de trottinettes en libre-service. 

 

Le covoiturage – C’est l’utilisation d'une même voiture particulière par plusieurs personnes effectuant le même trajet. Il peut s’appliquer sur de longues distances (du type blablacar) ou des trajets courts domicile-travail. Les réservations se font généralement sur site internet et par applications mobiles. Les régies de transports en commun cherchent aujourd’hui des complémentarités avec ces applications de covoiturage afin d’assurer de bonnes liaisons avec les arrêts de bus et les stations de train ou pour assurer des transports de substitution lors de leurs travaux de maintenance.

L’auto-partage (en coopérative, en boucle fermée ou en free-floating). C’est un système où des véhicules sont mis à la disposition de conducteurs pour une durée limitée. Les formules sont diverses. Il peut s’agir d’une coopérative ou d’une association de particuliers qui achètent des véhicules et les gèrent en commun. Le plus souvent, il s’agit de sociétés qui mettent à disposition une flotte de véhicules que l’on emprunte et que l’on restitue dans des stations dédiées, ce qui implique l’idée d’une boucle fermée (par exemple autolib avec ses véhicules électriques). La réservation par application mobile couplée à des systèmes intelligents placés à bord du véhicule lui-même permet une utilisation en free-floating : le véhicule est pris et laissé à l’endroit de son choix. Ce qui est possible pour les voitures l’est bien sûr pour les scooters, les vélos, les trottinettes, et demain tous types de mono-roues, solowheels ou overboards.

Transports à la demande – Les transports à la demande (TAD) sont des transports collectifs qui n’ont pas nécessairement d’itinéraires fixes et d’horaires précis. Un opérateur ou un système automatisé se charge de la réservation et de la mise à disposition de mini-bus aux voyageurs pour un besoin précis. Il est bien adapté à des personnes âgées ou non motorisées. On parle aussi de vanpooling ou de buspooling.

Le partage de l’espace – Depuis plusieurs décennies, la plupart des villes du monde industrialisé ont développé l’usage des « transports doux », au premier rang desquels le vélo et la marche. Cela a conduit au partage de l’espace urbain, sur la chaussée ou les trottoirs. L’utilisation du big data permet dans certains cas de modifier la répartition de l’espace de la chaussée entre deux-roues, voitures particulières et camions selon les heures de la journée. Une ville comme Copenhague compte plus de 400 km de pistes, dont des « autoroutes cyclables », ce qui permet au vélo d’assurer 40 % des déplacements.

 

 

Sources :

(1) Voir notamment le site de la Fabrique de la Cité