Dossier : L’Inde et l’énergie

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Décryptages

L’Inde et le solaire : une ambition qui vise à rassembler Nord et Sud

Le Premier Ministre Narendra Modi compte sur un « effet de masse » : placer très haut la barre des énergies renouvelables, notamment du solaire, en s’insérant dans un projet global conduit par les pays industriels et les pays émergents du monde entier. 

Des panneaux photovoltaïques recouvrent 33 hectares de toits dans une centrale solaire près d'Amritsar, dans le Punjab, l'état à majorité sikh du nord de l'Inde. ©NARINDER NANU / AFP

L’Inde s’est fixé en 2015 des objectifs particulièrement ambitieux en matière d’énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide... : 100 GW de solaire, 60 d'éolien, 10 de biomasseDans le domaine de l'énergie, la biomasse se définit par l'ensemble des matières organiques d'origine végétale ou animale... et 5 d'hydraulique d’ici à 2022. À titre de comparaison, en 2014, le monde entier a installé 181 GW de capacité solaire. L’objectif indien est donc très élevé. Le sous-continent est devenu un « Eldorado » où convergent de nombreuses entreprises internationales, sur un marché où existent déjà de puissantes sociétés indiennes, comme Welspun Renewables ou les grands conglomérats multi-secteurs comme Adani, Mahindra ou Tata.

648 MW : la capacité installée du parc photovoltaïque indien de Kamuthi, devenu à la date de fin 2016 le plus puissant du monde.

Un plan solaire géant

Le plan indien du Premier ministre Narendra Modi vise plusieurs objectifs :

  • permettre l’accès à l’énergie d’une population en forte croissance : 300 000 indiens, sur 1,3 milliard aujourd’hui, n’ont pas encore accès à l’électricité ou de façon très irrégulière ;
  • réduire la dépendance au charbon ;
  • attirer des investissements et élever le niveau technologique du pays dans des secteurs d’avenir.

Sur les 100 GW de solaire1, l’Inde prévoit 60 GW d’électricité issus de grands parcs afin de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et 40 GW d’installations de toitures, pour compléter les réseaux électriques centralisés souvent déficients.

Symbole de sa politique de grandes fermes solaires, l’Inde a inauguré à l’automne 2016 ce qui devient, à cette date, la plus grande centrale photovoltaïque du monde (648 MW de puissanceEn physique, la puissance représente la quantité d'énergie fournie par un système par unité de temps... maximale). Installée à Kamuthi, dans le Tamil Nadu, dans le sud-est de l’Inde, elle devrait devancer, sur la liste des puissances annoncées, la ferme solaire Solar Star (Californie), avec ses 579 MW. Les 2,5 millions de panneaux solaires sont nettoyés par des robots, qui solutionnent ainsi le problème de la poussière, endémique dans les campagnes indiennes. L’une des caractéristiques remarquables du projet est d’avoir été construit en seulement huit mois.

L’Inde compte déjà près de 7 GW installés, notamment dans la « sunbelt » du Rajasthan, la région désertique – et très touristique – près de New Delhi. En septembre 2016, sa capacité de production solaire installée a atteint 8,6 GW contre 4,8 GW dix-huit mois plus tôt.

Comment assurer le financement ?

Des objectifs aussi ambitieux suppose des investissements colossaux. L’Inde a choisi de solliciter le soutien des pays développés. Cela est conforme à une longue tradition politique qui a toujours mis en avant la responsabilité historique de ces pays dans le réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans... et qui cherche à être le fer de lance des revendications des pays émergents. Elle a traduit cette exigence d’une « justice climatique » en un projet positif réunissant pays du Nord et pays du Sud.

C’est ainsi qu’elle a initié, avec la France, en marge de la COP21 de décembre 2015, une « Alliance solaire internationale », à laquelle plus de 120 pays ont déjà adhéré2. Celle-ci vise à mobiliser les entreprises privées, les états et les institutions financières du monde entier pour collecter des fonds pour le développement du solaire dans les pays du Sud. Objectif visé : 1 000 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030. Les industries du nord y trouveraient avantage en s’ouvrant des marchés et des occasions de partenariats de production. L’Inde compte aussi fortement sur des transferts de technologies. Pour elle, l’effet de masse fera baisser les prix des équipements et attirera les investisseurs étrangers.

« L’Alliance solaire internationale », initiée en décembre 2015 par la France et l’Inde, vise à collecter 1 000 milliards de dollars en faveur du solaire.

Les autres énergies décarbonées

Les autres énergies renouvelables (éolien, biomasse, hydro-électricité) sont développées dans le sillage du solaire et dans le même esprit, avec de grands groupes internationaux invités à participer au développement.

La capacité éolienne de l’Inde est la 4ème du monde, derrière la Chine, les États-Unis et l’Allemagne. Certaines de ses entreprises, comme le constructeur de turbines Suzlon, sont très performantes et l’Inde a réussi à faire baisser les coûts du kWh sous la barre des 60 euros, soit en dessous des niveaux européens.

L’Inde prévoit d’assurer, d’ici 2030, 40 % de son électricité à partir d’énergies non fossiles. Ce chiffre inclut l’énergie nucléaire, où l’Inde a une longue expérience portée par son programme militaire. Elle exploite déjà 20 réacteurs nucléaires, en construit 7 et a des projets pour 18 supplémentaires. L’Inde développe sa propre technologie et mène des recherches actives sur les réacteurs de 4ème génération (réacteurs à neutronsLes neutrons sont, avec les protons, les particules constituantes du noyau de l’atome. Ils sont électriquement neutres. rapides).

 

Sources :

(1) Renewable Energy World (en anglais uniquement)

(2) Site de l’ASI (en anglais uniquement)