Dossier : L’Europe de l’énergie : la longue marche

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Décryptages

Interconnexions électriques : les objectifs de la Commission européenne

Dans l’attente d’un « super-grid » européen commun à tous les pays de l’Union européenne et au-delà, la Commission européenne a commencé à fixer des paliers pour encourager les interconnexions entre les réseaux nationaux. L’objectif est d’assurer plus de solidarité, de permettre l’émergence d’un marché unique de l’électricité et d’intégrer les énergies renouvelables en plein essor. 

Les grandes interconnexions électriques entre pays européens visent à assurer une solidarité et à unifier les marchés. © AFP PHOTO / REMY GABALDA

Les interconnexions entre les différents réseaux nationaux – permettant donc les échanges d’électricité entre pays - sont apparues en Europe occidentale dès le début du XXe siècle, encouragées par l’émergence de l’hydroélectricité dans les massifs frontaliers. Elles ont connu un nouvel essor après la seconde guerre mondiale puis tout au long de la construction européenne.

Aujourd’hui, l’Europe est la zone mondiale la plus dense en matière de réseaux électriques :   310 000 km de lignes (7 fois le tour de la Terre) et plus de 1 000 GW de capacité (autant que les USA et la Chine)1. Environ 25 milliards d’euros d’investissements auront été engagés dans la période 2011-2015 et d’ici 2020 les opérateurs européens de réseaux auront renouvelé ou développé 42 100 km de lignes électriques. A terme, c’est un « super-grid » européen qui se dessine, associant 34 pays, donc plus que l’Union européenne. Dans l’immédiat, en 2014, dix pays (dont la France, l’Allemagne, les pays scandinaves) exportent plus de 10 % de l’électricité qu’ils produisent chaque année vers des pays voisins. De même, onze pays (dont la Grande-Bretagne et l’Italie) importent plus de 10 % de leur consommation annuelle. La France est le premier pays exportateur2.

Vers un taux d’interconnexion de 10 % en 2020

10 % : l’objectif d’interconnexions électriques d’un pays avec ses voisins d’ici 2020.

La Commission européenne juge ces résultats encore insuffisants au regard des trois raisons qui justifient les interconnexions3 :

  • venir en soutien d’un pays qui a un besoin ponctuel d’électricité ;
  • permettre les couplages de marchés électriques de différents pays pour aller vers des prix communs ;
  • mieux répondre à l’intermittence de l’éolien et du solaire en élargissant l’espace de leur utilisation.

Elle a fixé pour chaque pays un objectif de 10 % d'interconnexion de sa capacité de production installée d'ici 2020, de 15 % d’ici 2030. Selon la Commission, 22 États membres sont en bonne voie d'atteindre le premier palier ou l'ont déjà atteint, mais d'autres interconnexions sont encore nécessaires dans certaines régions.

Trois exemples d’échanges

Certaines situations présentes illustrent la nécessité d’aller vers un « super-grid » européen depuis l’essor des énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide....

  • Le Danemark dispose de capacités d’interconnexion avec ses voisins qui sont égales à sa capacité installée. Cela lui permet de gérer sa très forte production éolienne (le tiers de son électricité totale). Lorsqu'il y a trop de vent par rapport à la demande d'électricité danoise, l'électricité éolienne est vendue à ses voisins (Norvège, Suède, Allemagne). En période de pointe de consommation, le Danemark importe de l’électricité. Les flux d’échanges peuvent être suivis minute par minute sur le site du gestionnaire de réseaux danois4.
  • À l’inverse, l’Espagne est une « péninsule électrique ». Elle produit beaucoup d’électricité solaire et éolienne, mais a du mal à évacuer les surplus vers le reste de l’Europe.  Depuis 2015, une liaison souterraine en courant continu sous les Pyrénées a permis de doubler le volume d’énergie électrique échangé entre la péninsule ibérique et le reste de l’Europe. L'investissement total s'est élevé à 700 millions d'euros.
  • L’Allemagne quant à elle a installé de fortes capacités éoliennes sur la mer Baltique alors que ses grands centres industriels sont au sud. Pour assurer le transport, l’Allemagne a besoin de créer 1 800 km de nouvelles lignes, mais elle est loin d’avoir atteint ces objectifs. Résultat : les flux d’électricité forcent souvent leur chemin à l’est et à l’ouest en passant par les pays limitrophes (République tchèque, Pologne, Pays-Bas), perturbant souvent leurs systèmes électriques.

Les réseaux électriques européens pourraient faire 7 fois le tour de la Terre. 

Les interconnexions contribuent à améliorer l’efficacité économique du système électrique, à condition bien sûr que leurs coûts de construction ne soient pas supérieurs aux bénéfices engendrés. Or ces coûts sont élevés : selon la Commission, 40 milliards d’euros pour terminer l’objectif des 10 % d’interconnexion. Cela est dû aux difficultés techniques rencontrées (zones de montagne, milieu sous-marin), mais aussi à la réticence des populations qui ne veulent pas voir près de chez eux des lignes aériennes. La connexion enterrée entre la France et l’Espagne a pris 14 ans, avec un coût 7 fois supérieur aux prévisions initiales…