Dossier : L’Europe de l’énergie : la longue marche

4 contenus dans ce dossier

Je maîtrise
Imprimer

Décryptages

Gaz naturel : la sécurité d’approvisionnement, objectif n°1

Les propositions de la Commission européenne pour une « Union européenne de l’énergie » accordent la priorité à la sécurité de l’approvisionnement énergétique. Cela place au premier rang la question du gaz naturel, pour lequel l’Union européenne est très dépendante de l’extérieur.

L'Europe souhaite développer l'utilisation du gaz naturel liquéfié (GNL), qui peut être importé de tous les coins du monde à bord de méthaniers. © GONZALEZ THIERRY - TOTAL

En 2020, 80 % de la consommation de gaz de l’Union européenne (UE) reposera sur l’importation, avec une part majeure en provenance de Russie. Pour réduire cette dépendance, la Commission avance une stratégie en trois axes essentiels :

Diversifier les sources d’approvisionnement

L’Europe dépend de la Russie pour une large part de ses importations de gaz naturel. Si l’on inclut la Turquie dans une Europe élargie, la consommation totale de gaz du continent s’est élevée à environ 460 Gm3 en 2014 : la Russie assure environ 30 % de l’approvisionnement de cette région, suivie de la Norvège (21 %) et de l’Algérie (5 %), en ne prenant en compte que les volumes livrés par gazoducCanalisations destinées à transporter du gaz sur de longues distances (sur terre ou au fond de la mer)., à l’exception des livraisons de GNL en provenance de ces deux derniers pays1.

Cette situation, qui est peu susceptible de changer à court terme2, préoccupe la Commission européenne en raison de la tension avec la Russie provoquée par la crise ukrainienne. La gestion des gazoducs entre l’Europe et la Russie est elle-même devenue complexe avec l’abandon de plusieurs projets dans le sud-est du continent (Voir le décryptage :« Énergie et géopolitique : le transit du gaz russe »).

L’objectif affiché par la Commission est d’établir des "partenariats énergétiques stratégiques" avec d’autres fournisseurs, principalement les pays de la mer Caspienne - via la Turquie - et l’Afrique du nord. Cela implique de poursuivre, malgré leur coût élevé, de nouveaux projets de gazoducs au sud du continent. Le plus emblématique de ces projets est la combinaison de deux nouveaux gazoducs reliés entre eux, le Trans-Anatolian Pipeline (TANAP) et le Trans-Adriatic Pipeline (TAP), ce qui offrirait un accès direct au gaz d’Azerbaïdjan, via la Méditerranée orientale et la Turquie, et sans passer par la Russie.

Mais la diversification des approvisionnements gaziers de l’Europe implique surtout de développer l’utilisation du GNL, qui, transporté par méthanierLes méthaniers sont des navires qui permettent de transporter du gaz naturel liquéfié (GNL). , permet d’échapper aux contraintes des liaisons fixes que sont les gazoducs. Les fournisseurs existants ou potentiels sont nombreux et répartis dans tous les continents : Algérie, Qatar, Australie, pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, ainsi que prochainement les États-Unis.

L’utilisation du GNL a fortement baissé ces dernières années en Europe, en raison de la forte demande en Asie. Cette situation devrait néanmoins se retourner et les importations de GNL en Europe repartir à la hausse dès 2016, en raison en particulier de la forte chute des prix de l’énergie et du rétrécissement du différentiel de prix, qui jusqu’ici permettait à l’Asie de détourner à son profit une large part des volumes initialement destinés à l’Europe. Quoi qu’il en soit, la Commission européenne incite à développer davantage de terminaux de regazéification, dont le gaz importé est alors injecté dans le réseau de transport.

33 % : la part du gaz russe en 2014 dans les importations de l’Union européenne.

Développer les interconnexions

La vulnérabilité des pays européens face au gaz russe est très variable. Elle est très forte pour les anciens pays du bloc soviétique, notamment les pays baltes, la Bulgarie ou la Slovaquie. La Commission recommande de construire les « chaînons manquants » des réseaux de gazoducs à l’intérieur de l’Europe et a décidé d’y affecter des fonds européens. Début 2015, a été décidée la première interconnexion gazière entre la Pologne et la Lituanie pour rompre d’ici la fin 2019 l’isolement de la région de la Baltique.

Depuis 2010, les capacités d’interconnexion entre France et Espagne ont été triplées, avec pour objectif d’ouvrir l’Europe à des approvisionnements gaziers en provenance du Sud, via la France dont la situation géographique pourrait faire un corridor énergétique important au sein de l’Europe.

Accroître le stockage

Le stockage de gaz (dans des gisementsUn gisement est une accumulation de matière première (pétrole, gaz, charbon, uranium, minerai métallique, substance utile…)... épuisés, des mines de sel ou des aquifèresUn aquifère est une formation géologique (ou une roche) réservoir contenant une nappe d'eau souterraine...) existe depuis longtemps et a été traditionnellement utilisé pour « lisser » les coûts : on stocke en été, quand la demande et les prix fléchissent, on déstocke en hiver, quand la demande repart et les prix se redressent. L’Union européenne encourage désormais un accroissement des capacités de stockage pour permettre une solidarité accrue entre États membres en cas de crise d’approvisionnement.

La France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie ont prévu de détenir une capacité de stockage importante (de l’ordre de 20 % ou plus de leur consommation annuelle) alors que, dans la plupart des autres pays, cette capacité excède rarement plus de 5 %.

 

Sources :

(1) IHS Energy

(2) AIE