Dossier : COP22 : concrétiser l’Accord de Paris

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COP22 : les États en première ligne dans l’action pour le climat

Les États seront en première ligne dans les deux ans à venir puisque l’Accord de Paris leur a confié le soin de se fixer à eux-mêmes des objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES). Leurs plans-climat doivent être fortement améliorés pour limiter le réchauffement à 2 °C, voire 1,5 °C, d’ici 2100. Une pression sera exercée sur eux pour qu’ils le fassent avant même l’entrée en vigueur de l’accord en 2020.

Les Etats-Unis et la Chine ont confirmé leur rôle leader en annonçant en même temps leur ratification de l'Accord de Paris lors de la réunion du G20 à Hangzhou (Chine), début septembre 2016. ©AFP

Les négociateurs de l’Accord de Paris de décembre 2015 ont fait le pari qu’il est possible d’arriver à des résultats par l’auto-régulation des États, avec une transparence des statistiques observables par tous. La méthode a été préférée à la fixation de chiffres globaux contraignants dans un accord international – comme dans le Protocole de KyotoLe Protocole de Kyoto est un traité international organisé dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques... en 1997 – avec le risque qu’il ne soit jamais réellement appliqué.

Les États seront appelés à revoir leurs contributions volontaires au cours de l’année 2018, car ce qu’ils ont déposé actuellement est insuffisant. Ils seront aiguillés par un rapport du GIECLe GIEC est le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat... explicitant les efforts à faire si l’on veut atteindre la limitation à 1,5 °C de l’augmentation moyenne de la température de la Planète d’ici la fin du siècle par rapport à la période préindustrielle. Auparavant, les États devront avoir ratifié l’Accord de Paris, pour son application à partir de 2020, une procédure parfois complexe. Voici la situation des quatre plus grandes zones émettrices de la Planète1.

2018 : l’année pendant laquelle les États seront appelés à améliorer leurs programmes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

 

Chine et États-Unis – La dynamique sino-américaine a été largement à l’origine du succès de la COP21, les présidents des deux pays ayant annoncé leurs ambitions ensemble lors de sommets. Les deux pays ont procédé à la ratification tôt, en septembre 2016, et au même moment..

La Chine a fixé des objectifs à l’horizon 2030 : commencer à réduire à cette date - et si possible avant - ses émissions de CO2Dioxyde de carbone. Avec la vapeur d'eau, c’est le principal gaz à effet de serre (GES) de l'atmosphère terrestre... et monter à 20 % la part des énergies non-fossiles dans son mix énergétiqueLe mix énergétique, ou « bouquet énergétique », décrit la répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour la consommation énergétique d’un territoire... , un défi dans un pays qui dépend encore largement du charbon. Le 13e plan quinquennal adopté en mars 2016 a intégré ces objectifs. La Chine a affiché son intention de « pousser » les pays les plus riches à aller de l’avant, notamment dans le soutien aux pays les moins développés.

Les États-Unis ont promis de réduire de 26 à 28 % leurs émissions de GES d’ici à 2025, par rapport à 2005. C’est la première fois que les États-Unis ont accepté l’idée de contraintes chiffrées.

Mais plusieurs obstacles se présentent. Le Président Barack Obama a franchi  le pas le premier en ratifiant l’accord, avant son départ de la Maison Blanche, par un « executive agreement », au nom de la compétence de l’État fédéral en matière de politique étrangère. Mais en février 2016, la Cour Suprême, saisi par des États à majorité républicaine, a bloqué le Clean Power Act, l’ambitieux programme de Barack Obama pour limiter les émissions polluantes des centrales thermiques. Une élection de Donald Trump à la présidence pourrait avoir des conséquences imprévisibles, mais sans doute pas avant quatre ans.

La Chine a promis de commencer à réduire en 2030, et si possible avant, ses émissions de CO2.

 

Union européenne (UE) – Souvent qualifiée de meilleure élève de l’action contre le réchauffement climatiqueLe réchauffement climatique, appelé aussi réchauffement planétaire ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans..., l’UE a fixé un objectif collectif de réduction de 40 % de ses émissions de GES d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. Paradoxalement, la question de la ratification n’est pas aussi simple pour des raisons juridiques. L’UE étant partie prenante à la Convention Climat en même temps que ses États-membres, le dépôt de la ratification auprès des Nations unies doit être effectué de manière conjointe par l'UE et ses 28 membres (tant que le Royaume Uni est en son sein…). En outre, l’effort des 40 % doit être réparti entre les membres, ce qui n’est pas une tâche facile, notamment compte tenu des positions de la Pologne, un pays encore très charbonnier.

Inde - L’Inde a promis de ratifier l’accord avant la fin 2016 et a annoncé un objectif de 40 % d’énergies renouvelablesOn appelle énergie renouvelable une source d'énergie dont le renouvellement naturel est immédiat ou très rapide... dans la production électrique à l’horizon 2030, confirmant ses efforts en matière de solaire notamment. Mais sa dépendance au charbon reste très forte compte tenu de ses besoins prévisibles. L’Inde devrait être largement le pays le plus peuplé en 2050 (1,7 milliard, contre 1,4 milliard prévu en Chine). D’autre part, l’Inde fait dépendre la réalisation de ses objectifs de l’aide qu’elle recevra de la part du Fonds vert pour le climat ou d’autres moyens de financement et des transferts de technologies. Elle est sur ce plan un chef de file de nombreux pays du monde en développement qui insistent sur la conditionnalité de leur engagement.

 

Sources :

(1) Voir la carte interactive (en anglais uniquement)