Dossier : Les acteurs du pétrole et du gaz

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Décryptages

Compagnies pétrolières et pays producteurs : une longue relation

Les relations entre compagnies pétrolières et pays producteurs ont connu de grandes évolutions au cours de l’Histoire. La tendance continue est un contrôle accru des Etats sur l'accès à leurs réserves d’hydrocarbures.  

Off-shore au Gabon : les compagnies ont des relations de longue date avec les pays producteurs. © GONZALEZ THIERRY - TOTAL

Les premières décennies

Les compagnies pétrolières ont une longue histoire, qui commence au XIXe siècle et a connu de nombreux bouleversements sous l’impact des événements économiques et géopolitiques.

Les deux grandes compagnies pétrolières les plus anciennes sont :

  • Standard Oil par l'Américain Rockefeller ;
  • Shell par le Britannique Marcus Samuel.
     

7 : les « sept sœurs » ont dominé le monde pétrolier pendant plus de cinquante ans au XXe siècle

En 1911, la Standard Oil est devenue si puissante que le Congrès américain vote une loi anti-trust (loi interdisant la constitution de très grandes entreprises dont la situation de monopole peut fausser le jeu de la concurrence). Cette législation oblige la compagnie à se scinder en trois sociétés : Standard Oil of New Jersey (future Exxon), Standard Oil of New York (future Mobil), Standard Oil of California (Socal). Dès leur création, ces trois nouvelles sociétés comptent parmi les sept compagnies pétrolières les plus importantes au monde, groupe que l'on nomme Seven Sisters, les « sept sœurs » : Exxon, Mobil, Socal, Texaco, Gulf, BP, Shell. À ces sept sociétés, on ajoute traditionnellement la CFP (Compagnie française des pétroles), future Total.

En juillet 1928, cinq compagnies (BP, Shell, Exxon, Mobil, CFP) signent les accords dits de la « Ligne rouge », qui consistent en un partage amiable des ressources pétrolières dans l'ancien Empire ottoman (c'est-à-dire de la Palestine au nord de l'Irak et à la péninsule Arabique).

Sur ces bases se forment plusieurs grands consortiumsUn consortium est un groupement de personnes physiques ou morales, publiques ou privées... qui permettent aux compagnies de mettre en commun leurs moyens de prospection :  

  • IPC (Iraq Petroleum Company) ;
  • ADPC (Abu Dhabi Petroleum Company, aux Émirats arabes unis) ;
  • QPC (Qatar Petroleum Company) ;
  • KOC (Koweit Oil Company) ;
  • ARAMCO (Arabian American Oil Company, en Arabie Saoudite).

Dans les années 1950, la part des revenus pétroliers reversés par les consortiums aux pays où sont situés les gisementsUn gisement est une accumulation de matière première (pétrole, gaz, charbon, uranium, minerai métallique, substance utile…)... augmente sensiblement, sans toutefois affecter les bénéfices des Seven Sisters. 

Après le choc pétrolier de 1973

Suite au premier choc pétrolierUn choc pétrolier est causé par une pénurie de pétrole réelle, anticipée ou spéculative... qui entraîne une hausse brutale du prix du barilUnité de mesure de volume de pétrole brut qui équivaut à environ 159 litres (0,159 m3)... en 1973, ces compagnies réalisent 17,5 milliards de dollars de bénéfices en 1974 (contre 8 milliards de dollars en 1973) !

Depuis lors, les États producteurs de pétrolePétrole non raffiné. veulent contrôler eux-mêmes l'exploitation de leurs ressources pétrolières par le biais de compagnies nationales. Les compagnies privées doivent finalement leur céder les droits d'exploitation des gisements et les grands consortiums qu'elles avaient fondés sont peu à peu nationalisés.

Standard Oil (l’américain Rockefeller), et Shell (le Britannique Marcus Samuel) sont les deux premières compagnies pétrolières.

Parallèlement, les zones potentiellement très riches en hydrocarburesLes hydrocarbures sont des composés chimiques dont les molécules sont constituées d'atomes de carbone et d'hydrogène... se font de plus en plus rares. Les coûts d'exploration et de production du pétrole sont donc de plus en plus élevés. Un grand nombre de compagnies pétrolières petites et moyennes sont alors rachetées par des compagnies plus importantes. Dans la continuité de cette vague de rachats, plusieurs majorsTerme anglo-saxon utilisé pour désigner les principales compagnies pétrolières. fusionnent, entre 1984 et la fin des années 1990, pour donner naissance aux cinq grandes compagnies que l'on connaît aujourd'hui. (Voir le décryptage « Les différents types de compagnies pétrolières et gazières »)

Deux grandes sortes de contrats

Dans les pays ayant une compagnie nationale, celle-ci contrôle l'accès aux réserves pétrolières et décide des partenariats avec les sociétés privées candidates à l’exploitation. Deux types de contrats dominent :

  • les concessions, où, pour une durée fixée à l'avance, les compagnies pétrolières et gazières deviennent propriétaires des ressources minérales et partagent les revenus issus de la vente des produits pétroliers avec la compagnie nationale. Ces sociétés étrangères, dites concessionnaires, peuvent explorer comme elles le souhaitent la région octroyée et conservent aussi la propriété des installations dans lesquelles elles investissent pour exploiter les hydrocarbures de la région. Enfin, elles doivent payer des redevances, des impôts et des taxes spécifiques, en fonction notamment de la quantité de pétrole qu'elles produisent ;
  • les partages de production, où l’Etat garde le contrôle des réserves du pays ainsi que des infrastructures d'exploitation dans lesquelles les sociétés privées investissent. Dans ce cas, la compagnie nationale délègue une partie de la production aux sociétés étrangères et celles-ci partagent avec leur partenaire une certaine proportion du pétrole et du gaz produits, fixée par contrat. En outre, elles doivent payer des impôts à l'État qui détient les réserves.

Aujourd'hui, pour des raisons historiques et politiques, les contrats de partage de production sont signés plus fréquemment que les contrats de concession. Cette évolution dénote la volonté des Etats pétroliers d'exercer un contrôle accru sur l'accès à leurs réserves de pétrole.