Le pétrole et le gaz

Les différents types de compagnies pétrolières

Le 09/09/2010


Le monde des hydrocarbures regroupe des sociétés très diverses par leur taille et leur statut. Les majors d'envergure internationale cohabitent avec de grandes compagnies nationales et avec les compagnies des pays émergents qui jouent un rôle de plus en plus important sur la scène mondiale. On trouve aussi des sociétés indépendantes, petites ou moyennes, parfois implantées dans une région particulière. Certaines d'entre elles sont spécialisées dans un domaine d'activité.

Les compagnies pétrolières privées les plus connues sont des sociétés puissantes. Elles se caractérisent par leur envergure internationale et par des chiffres d'affaires élevés qui les placent parmi les principales entreprises mondiales ou majors.

Aujourd'hui, il existe cinq majors pétrolières1 :

   • Royal Dutch / Shell est une compagnie anglo-néerlandaise née de la fusion entre Shell et Royal Dutch ;

   • Exxon Mobil est une compagnie américaine issue de la fusion entre Exxon et Mobil ;

   • BP est une compagnie britannique née de la fusion entre British Petroleum (héritière de l'Anglo Iranian Oil Company) et Amoco ;

   • Chevron est une compagnie américaine créée par fusion entre Chevron (ex-Socal) et Texaco ;

   • Total est une compagnie française provenant de la fusion entre Total, Fina et Elf.

Aujourd'hui, il existe cinq majors pétrolières.




La création des majors


Les deux grandes compagnies pétrolières les plus anciennes sont créées au XIXe siècle :

   • Standard Oil par l'Américain Rockefeller ;

   • Shell par le Britannique Marcus Samuel.

En 1911, la Standard Oil est devenue si puissante que le Congrès américain vote une loi anti-trust (loi interdisant la constitution de très grandes entreprises dont la situation de monopole peut fausser le jeu de la concurrence). Cette législation oblige la compagnie à se scinder en trois sociétés : Standard Oil of New Jersey (future Exxon), Standard Oil of New York (future Mobil), Standard Oil of California (Socal). Dès leur création, ces trois nouvelles sociétés comptent parmi les sept compagnies pétrolières les plus importantes au monde, groupe que l'on nomme Seven Sisters (Exxon, Mobil, Socal, Texaco, Gulf, BP, Shell).  À ces sept sociétés, on ajoute traditionnellement la CFP (Compagnie française des pétroles), future Total, qui fait également partie des huit majors de l'industrie pétrolière.

Dès les années 1920, les majors américaines investissent au Moyen-Orient : le pétrole qu'elles y produisent procure des profits supérieurs à celui du Venezuela ou du Texas, dont l'exploitation coûte plus cher. En juillet 1928, cinq compagnies (BP, Shell, Exxon, Mobil, CFP) signent les accords dits de la Ligne rouge. Ceux-ci rendent possible :

   • une mise en commun des moyens de prospection ;

   • un partage amiable des ressources pétrolières découvertes ou pouvant être découvertes dans l'ancien Empire ottoman (c'est-à-dire de la Palestine au nord de l'Irak et à la péninsule Arabique).

Sur ces bases se forment plusieurs grands consortiums :

   • IPC (Iraq Petroleum Company) ;
   • ADPC (Abu Dhabi Petroleum Company, aux Émirats arabes unis) ;
   • QPC (Qatar Petroleum Company) ;
   • KOC (Koweit Oil Company) ;
   • ARAMCO (Arabian American Oil Company, en Arabie Saoudite).

Dans les années 1950, la part des revenus pétroliers reversés par les consortiums aux pays où sont situés les gisements augmente sensiblement. Toutefois, les revenus des majors ne diminuent pas, en raison d'avantages fiscaux accordés par les pays où elles ont leurs sièges sociaux. Entre 1958 et 1972, alors que le prix du baril de pétrole est en baisse, les bénéfices des Seven Sisters sont multipliés par trois, pour atteindre au total 8 milliards de dollars en 1973.

Suite au premier choc pétrolier qui entraîne une hausse vertigineuse du prix du baril, ces compagnies réalisent 17,5 milliards de dollars de bénéfices en 1974, au titre de leur production dans les pays de l'OPEP !



Les majors et leurs évolutions depuis le premier choc pétrolier


Pour les grandes compagnies pétrolières, les décennies 1980 et 1990 sont marquées par de nombreuses évolutions.

La part des revenus pétroliers revenant aux États producteurs de pétrole ne cesse d'augmenter. En effet, ces pays veulent contrôler eux-mêmes l'exploitation de leurs ressources pétrolières par le biais de compagnies nationales. Les compagnies privées doivent finalement leur céder les droits d'exploitation des gisements et les grands consortiums qu'elles avaient fondés sont peu à peu nationalisés.

Parallèlement, les zones potentiellement très riches en hydrocarbures se font de plus en plus rares. Les coûts d'exploration et de production du pétrole sont donc de plus en plus élevés, tandis que la taille des nouveaux gisements découverts diminue. Au final, le baril coûte plus cher à produire et rapporte moins de revenus qu'auparavant. Devant la raréfaction des ressources disponibles, la concurrence entre compagnies s'exacerbe. C'est pourquoi les États concernés n'hésitent pas à augmenter le prix des permis qu'elles octroient, fixé à plusieurs centaines de millions de dollars supplémentaires.

Pour compenser les pertes importantes engendrées par ces évolutions, les majors bénéficient de la hausse des cours du pétrole et développent leurs activités de trading (commerce du brut et des produits pétroliers). En revanche, un grand nombre de compagnies pétrolières petites et moyennes ne disposent pas des capitaux suffisants pour financer une exploration pétrolière devenue très coûteuse. Elles sont alors rachetées par des compagnies plus importantes. Dans la continuité de cette vague de rachats, plusieurs majors fusionnent, entre 1984 et la fin des années 1990, pour donner naissance aux cinq grandes compagnies que l'on connaît aujourd'hui.

Vrai ou Faux ?
Les compagnies pétrolières ne prennent pas en compte la lutte contre le réchauffement climatique qui implique de diversifier les sources d'énergie utilisées dans le monde.
Faux. Les majors participent à la reconversion énergétique des pays développés. En effet, elles investissent une partie de leurs bénéfices dans le développement d'énergies complémentaires.

Ainsi, BP propose des installations solaires depuis les années 1980 à travers
160 pays, tandis que Shell développe la biomasse, le solaire et l'éolien.
Enfin, Total conçoit et commercialise des systèmes photovoltaïques, investit dans d'autres énergies renouvelables (éolien, énergie des vagues) ainsi que dans l'énergie nucléaire.

Les grandes compagnies nationales

La plupart des grands pays producteurs de pétrole possèdent aujourd'hui leur propre compagnie pétrolière et gazière, qui gère la production et défend les intérêts nationaux dans le domaine des hydrocarbures. Ces compagnies nationales sont contrôlées à plus de 50 % par l'État.

Dans les pays de l'OPEP, mais aussi dans quelques pays non-membres de cette organisation, les compagnies nationales ont même l'exclusivité ou la quasi-exclusivité de la production pétrolière.

C'est le cas de :

   • Sonatrach en Algérie ;
   • Aramco en Arabie saoudite ;
   • ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company) et DPC (Dubaï Petroleum Company) aux
   Émirats arabes unis ;
   • NIOC (National Iranian Oil Company) en Iran ;
   • INOC (Iraq National Oil Company) en Iraq ;
   • KPC (Kuwait Petroleum Corporation) au Koweït ;
   • NOC (National Oil Corporation) en Libye ;
   • NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation) ;
   • QGPC (Qatar General Petroleum Corporation) ;
   • PDVSA (Petróleos de Venezuela SA) au Venezuela ;
   • PEMEX (Petróleos Mexicanos) au Mexique.

Dans les autres pays ayant une compagnie nationale, celle-ci contrôle l'accès aux réserves pétrolières. Elle décide des partenariats qu'elle met en place avec les sociétés privées qui souhaitent exploiter les gisements présents sur le territoire national. Plusieurs cas de figure se présentent :

   • les sociétés étrangères peuvent se voir octroyer des concessions (Cameroun) qui leur permettent de produire du pétrole dans le pays. Pour une durée fixée à l'avance, elles deviennent alors propriétaires des ressources minérales dans une région donnée, qu'elles peuvent explorer comme elles le souhaitent. Ces sociétés étrangères, dites concessionnaires, conservent aussi la propriété des installations dans lesquelles elles investissent pour exploiter le pétrole de la région. Par ailleurs, elles partagent avec la compagnie nationale les revenus issus de la vente des produits pétroliers. Enfin, elles doivent payer des redevances, des impôts et des taxes spécifiques, en fonction notamment de la quantité de pétrole qu'elles produisent ;

   • la compagnie nationale peut aussi déléguer une partie de la production aux sociétés étrangères en signant avec elles des contrats dits de partage de production (Vietnam, Guinée équatoriale, Indonésie). Dans ce cadre, l'État garde le contrôle des réserves pétrolières du pays, mais aussi des infrastructures d'exploitation dans lesquelles les sociétés privées investissent. Celles-ci partagent avec la compagnie nationale une certaine proportion du pétrole produit, fixée par contrat. En outre, elles doivent payer des impôts à l'État qui détient les réserves.

Aujourd'hui, pour des raisons historiques et politiques, les contrats de partage de production sont signés plus fréquemment que les contrats de concession. Cette évolution dénote la volonté des États pétroliers d'exercer un contrôle accru sur l'accès à leurs réserves de pétrole.


Les autres compagnies du monde pétrolier


Outre les très grandes compagnies privées ou nationales, le secteur des hydrocarbures regroupe :

   • les grandes compagnies des pays émergents qui occupent une place de plus en plus importante dans le paysage pétrolier mondial et cherchent à concurrencer les majors (Lukoil en Russie, Indian Oil en Inde, Sinopec en Chine) ;

   • des compagnies indépendantes de taille moyenne présentes dans une région ou un pays particuliers, comme la société française Maurel & Prom (certaines de ces compagnies sont parfois rachetées par des majors, du fait de la concentration qui caractérise le secteur pétrolier depuis les années 1980) ;

   • de petites compagnies pétrolières indépendantes qui reprennent des gisements en fin de vie ou développent des gisements délaissés par les grandes compagnies (par exemple Anadarko aux États-Unis) ;

   • des sociétés parapétrolières qui fournissent aux compagnies des services dans le cadre de l'exploration et de la production (Schlumberger, Halliburton, Géophysique, Géoservices, etc.). Elles interviennent dans des domaines techniques précis (mesures géophysiques, forage) et louent aux compagnies du matériel qu'elles ne possèdent pas pour des raisons de limitation des coûts ;

   • enfin, des bureaux d'études ou des consultants indépendants proposent leurs services aux compagnies pétrolières pour des études ou des audits techniques. Certains organismes comme l'IFP (Institut français du pétrole) ont aussi une offre de formation et mènent des travaux de recherche innovants, dont les résultats sont souvent repris et appliqués par les compagnies pétrolières.



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