Le mix énergétique

Le mix énergétique face aux nouveaux défis de l’énergie

Le 20/09/2010



Pour répondre à des besoins en énergie croissants dans le respect de l’environnement, les sociétés devront mettre en place à long terme un bouquet énergétique varié, avec des émissions de gaz à effet de serre réduites. Couplée à des économies d’énergie, cette évolution technologique et politique est aussi la clé d’un approvisionnement énergétique plus sûr.


Assurer la croissance économique sur fond d’enjeux environnementaux


Les sociétés se développent dans le sens d’un accroissement continu de la demande et de l’offre en biens et en services. Dans le cadre de la mondialisation, ce processus s’étend aux pays émergents ou en développement.

En Chine, en Inde, au Brésil, les nouvelles classes moyennes accèdent peu à peu au confort matériel déjà courant dans les pays d’Europe et en Amérique du Nord (électroménager, véhicule personnel).

Pour assurer un développement durable,
il faudra diversifier le mix énergétique mondial
au cours du XXIe siècle.

Cette croissance économique va de pair avec une hausse des besoins énergétiques à l’échelle de la planète et repose surtout sur les énergies fossiles. Mais ces énergies sont amenées à s’épuiser et l’on ne peut pas augmenter indéfiniment les capacités de production du pétrole, du gaz ou du charbon.

Par ailleurs, le recours aux énergies fossiles provoque d’importantes émissions de gaz à effet de serre (GES) : selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), 75 % du CO2 émis par les hommes entre 1981 et 2001 provient de la combustion du pétrole, du gaz et du charbon.1 Or, ces GES jouent un rôle crucial dans le réchauffement climatique actuel.

Pour assurer le développement humain tout en préservant l’environnement, il faudra donc diversifier le mix énergétique mondial au cours du XXIe siècle. Cette transformation passe par l’essor d'énergies complémentaires des ressources fossiles, peu émettrices de GES. En Europe, l’adoption du Paquet Énergie-Climat va dans ce sens : à travers ce plan d’action, l’UE s’est engagée à ce que ses besoins en énergie soient couverts à 20 % par les énergies renouvelables d’ici à 2020, contre 8,5 % en 2008.2

Parallèlement à cette diversification, il est indispensable d’économiser l’énergie disponible
et d’optimiser son usage.

Vrai ou Faux ?
En utilisant des appareils ou des véhicules peu énergivores , on contribue à réduire la demande énergétique.
Vrai et faux. Grâce à de tels appareils, on utilise plus efficacement l’énergie. On améliore ainsi l’intensité énergétique nationale (rapport entre la consommation d’énergie et les richesses que cette énergie permet de produire, représentées par le PIB d’un pays). Toutefois,les besoins énergétiques planétaires sont si importants que cet effort ne diminue pas la demande énergétique : en réalité, il ne fait qu’en atténuer l’augmentation…


Diverses politiques pour mettre en adéquation
l’offre et la demande énergétiques


Dans les prochaines années, les hommes vont devoir répondre à un double défi
énergétique
:

   •    à moyen terme, dans un délai compris entre 15 et 20 ans, l’offre en pétrole commencera à décroître tandis que la demande poursuivra sa progression ;

   •    à long terme, après 2050, les énergies fossiles diminueront, à commencer par le pétrole, suivi du gaz une vingtaine d’années plus tard. À ce moment-là, il restera du charbon pour quelques vingtaines d’années.

Pour répondre à ces défis, il faut investir des sommes considérables. Par conséquent, les acteurs politiques et économiques sont obligés de faire des choix, parmi lesquels figurent la diversification et la décarbonisation du mix énergétique (développement de sources d’énergie faiblement émettrices en CO2). Ils ont développé plusieurs manières de mettre en adéquation l’offre et la demande en énergie. Certaines méthodes sont compatibles, voire complémentaires, et toutes présentent à la fois des avantages et des inconvénients :

   •    les États-Unis et l’Australie ont une très forte consommation des ressources énergétiques domestiques, qui dépendent, pour les États-Unis, largement du pétrole. Pour préserver leur indépendance énergétique, les États-Unis cherchent à réduire et encourager le développement des énergies renouvelables. Globalement, cette approche permet aux populations de conserver leur mode de vie pour quelques décennies encore, en s’épargnant
les tensions liées à une remise en cause du fonctionnement de la société ;

   •    le Paquet Énergie-Climat adopté par l’Europe fin 2008 de même que les mesures prévues par le protocole de Kyoto vont dans le sens d’une maîtrise de la demande.
En anticipant les pénuries, ces politiques adoucissent leurs effets : la réduction
de la consommation d’énergie
prolonge la durée de vie des réserves fossiles. Cela laisse
le temps de développer les ressources alternatives qui, à très long terme, remplaceront complètement le pétrole dans le mix énergétique. De plus, ces mesures limitent les émissions de GES. Cependant, elles demandent aux citoyens de consentir des efforts pour économiser l’énergie en faisant évoluer leur mode de vie dans les domaines du transport, de l’habitat et de la vie quotidienne ;

   •    quelles que soient leurs politiques, la plupart des pays riches et émergents encouragent
le développement des énergies alternatives (nucléaire et renouvelables). Outre leurs qualités environnementales (pas d’émissions de GES), ces énergies contribuent à retarder l’épuisement des ressources fossiles. Cependant, dans l’état actuel de la recherche, elles
ne peuvent se substituer au pétrole. Pour l’avenir, le nucléaire est l’une des énergies alternatives les plus prometteuses : la fusion nucléaire pourrait fournir une énergie quasiment inépuisable. Mais ces technologies sont très coûteuses et très difficiles à maîtriser, et elles n’entreront pas dans le mix énergétique avant 2050.

 

La sécurité des approvisionnements en énergie


Au cours du XXe siècle, le pétrole est devenu une ressource stratégique, indispensable au fonctionnement de l’économie et de la société. Cependant, l’approvisionnement en pétrole et en gaz est soumis aux enjeux géopolitiques : un contexte international tendu peut entraver
les échanges de matières premières énergétiques. Pour les pays occidentaux, la pénurie de pétrole la plus récente remonte au premier choc pétrolier des années 1970. En octobre 1973 éclate un conflit entre Israël et les pays arabes (guerre du Kippour). Ces pays décident alors d’un embargo pétrolier contre les alliés d’Israël (États-Unis, Portugal, Pays-Bas, Afrique du Sud, Rhodésie). L’embargo est levé en juillet 1974 après avoir échoué : les grandes compagnies pétrolières, maîtresses des flux mondiaux d’approvisionnement en brut, ont pu répartir la pénurie entre tous les pays industrialisés.

Ainsi, durant les dernières décennies, les pays industrialisés se sont habitués à disposer en abondance de pétrole et de gaz bon marché. Comparativement, les énergies alternatives leur paraissent coûteuses. Avec la mondialisation de l’économie, les pays émergents
et en développement sont devenus eux aussi très dépendants des énergies fournies par les pays producteurs d’hydrocarbures qui appartiennent à deux grands ensembles :

   •    très riche en pétrole et en gaz, le Moyen-Orient est une mosaïque de peuples, de religions et de régimes politiques, caractérisée par une histoire complexe. Les risques de conflits y demeurent nombreux, mais la région possède certains facteurs de stabilité comme l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Cette institution joue un rôle important dans la gestion de la production pétrolière mondiale et la stabilisation des prix du brut ;

   •    la Russie et les pays riverains de la mer Caspienne (Kazakhstan et Turkménistan) peuvent alimenter l’Europe comme l’Asie de l’Est. Mais les échanges restent soumis en partie à la volonté de la Russie. La construction de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), reliant la Caspienne à la Méditerranée, a mis fin à ce quasi-monopole : désormais, les États de la région vendent directement leur pétrole aux pays européens.

On trouve aussi du pétrole et du gaz en Amérique du Sud, au Canada et dans le delta du Niger (Afrique). Ces hydrocarbures alimentent essentiellement les États-Unis, mais aussi la Chine. Enfin, une partie du pétrole et du gaz nord-africains alimentent les pays européens.

Quant aux barrages hydroélectriques, ils peuvent créer des tensions s’ils sont placés sur des grands fleuves traversant plusieurs pays. Ainsi, la Syrie et l’Irak protestent contre les projets turcs en cours : la construction de 22 barrages sur le Tigre et l’Euphrate.
Ces ouvrages régulariseraient le cours des fleuves, mais réduiraient aussi leur débit en aval, compromettant l’accès à l’eau pour les agriculteurs et provoquant des atteintes à l’équilibre écologique de la région. Ils risqueraient aussi de se rompre sous l’effet d’un séisme, phénomène fréquent en Turquie.

La géopolitique des autres ressources est moins problématique : le charbon est mieux réparti dans le monde et les principaux consommateurs ont leur propre production. Quant aux réserves d’uranium, elles sont détenues  en partie par des pays riches (Australie, États-Unis, Canada). Toutefois, le mix énergétique mondial est composé à plus de 80 % de ressources fossiles.3 De ce fait, toute crise géopolitique grave chez un gros producteur de pétrole pourrait affecter l’ensemble de la planète. Face à ce risque, les pays consommateurs disposent de plusieurs solutions :

   •    réduire leur dépendance au pétrole en développant les énergies alternatives pour disposer d’un bouquet énergétique plus varié (par exemple, les pays en développement disposent d’importants gisements solaires, éoliens, géothermiques et hydrauliques, qu’ils peuvent développer avec l’aide des pays riches) ;

   •    économiser l’énergie ;

   •    sécuriser leur approvisionnement en passant des accords avec certains fournisseurs.



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