Les énergies en chiffres

Le prix des carburants, un subtil mélange

Mise à jour le 2/8/2011, mise en ligne le 14/10/2010

Le prix de l'essence ou du diesel dépend de 5 facteurs : le prix du pétrole brut, les taxes prélevées par les États consommateurs, le taux de change, les coûts et la marge de la compagnie pétrolière (coûts et marge du raffinage et distribution) et enfin le prix des éventuels biocarburants ajoutés.

FRANCE, Paris : le 11 avril 2011. Face à la flambée
des prix du pétrole début avril, le gouvernement a réuni
au Ministère des Finances des compagnies pétrolières
afin d'aider les consommateurs à réduire
leurs dépenses en carburant.
AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Fixation du prix de l'essence et du diesel : mode d'emploi

Depuis le XXe siècle, les cours boursiers du pétrole brut peuvent varier rapidement en fonction de certains événements politiques et économiques. La mondialisation des échanges pétroliers a accentué cette tendance en rendant les cours sensibles aux informations en lien avec l'actualité financière et géopolitique (conflit impliquant un pays producteur de pétrole, hausse soudaine de la demande en carburant, etc.). De ce fait, ces cours n'évoluent pas toujours de manière prévisible.

Le prix du carburant à la pompe n'évolue pas exactement de la même manière que le cours du baril de pétrole brut.

Cependant, le prix à la pompe ne connaît pas les mêmes fluctuations que le cours du baril de pétrole brut. Par exemple, entre janvier et juillet 2008, le prix du baril a augmenté de 50 %. Sur la même période, les prix à la pompe dans les stations-service du distributeur Total n'ont progressé que de 19 % pour le gazole et 11 % pour le SP 95. Ce décalage, que l'on observe aussi lorsque les cours sont à la baisse, s'explique par trois facteurs principaux :


Répartition des coûts pour 1 litre d'essence.
   •  Le prix de vente à la pompe correspond en grande partie à des taxes perçues par l'État. Ainsi, en janvier 2011, pour 1 litre d'essence vendu en France (SP 95), 60,76 centimes d'euros correspondent au coût de production du brut, aux impôts perçus par le pays producteur, au raffinage, au transport, à la distribution et... 84,99 centimes d'euros aux taxes pétrolières revenant à l'État (soit 58 % du prix de vente). Ces taxes sont de deux natures « fluctuante »
et « constante » : la TVA, calculée en pourcentage du prix, varie en fonction du prix du baril ; la TICPE , taxe constante fixée à l'avance par l'Etat, ne dépend pas des fluctuations du prix du baril. En conséquence, les variations du cours du baril n'affectent qu'un peu plus de la moitié du prix payé à la pompe par le consommateur.

   •  Les prix du baril de pétrole brut et ceux des produits raffinés (essence, gazole) sont fixés sur des marchés financiers distincts, qui obéissent à des lois d'offre et de demande différentes. Ainsi, le prix des carburants peut augmenter pendant les vacances d'été parce que la demande est plus importante, alors que le prix du brut reste stable.

   •  En Europe, les marchés du pétrole brut et des produits finis utilisent des monnaies différentes : le prix du baril de brut est exprimé en dollars américains, celui du carburant en euros. Les variations de valeur entre ces deux monnaies peuvent être très rapides et jouent sur le prix de vente des carburants, indépendamment du cours du pétrole brut. Ainsi, la baisse du prix du baril, passé de près de 150 dollars à environ 120 dollars entre juillet 2008 et juillet 2011, ne s'est pas complètement répercutée en Europe, l'euro ayant perdu beaucoup de sa valeur face au dollar.

Enfin, il convient d'ajouter un dernier facteur à la fixation actuelle du prix des carburants à la pompe : l'addition éventuelle de biocarburants (bioéthanol, biodiesel). Ces éléments ont actuellement tendance à modifier le prix global à la hausse. D'une part, parce que leur prix de revient est plus important que celui du pétrole brut. D'autre part, parce que leur proportion ira grandissante en raison d'une volonté politique de favoriser leur développement.

Vrai ou Faux ?
Les taxes sur les produits pétroliers représentent la même part du prix de vente à la pompe dans tous les pays.
Faux. En Allemagne, en France ou au Royaume-Uni, les taxes sur les produits pétroliers correspondent en moyenne aux deux tiers du prix de vente à la pompe. Ces taxes représentent 10 à 20 % du budget national annuel dans les trois pays en question. En revanche, aux États-Unis, la taxe sur les produits pétroliers ne représente qu'un quart du prix de vente : l'essence y est donc beaucoup moins chère qu'en Europe.
 

Evolution du cours du baril entre 2008 et 2011 : explications


Au 1er semestre 2008, le monde entrait dans une crise économique qui se caractérisait notamment par des tensions fortes sur les marchés des matières premières.

Le cours du baril a alors connu une très forte hausse, passant de 96 dollars le 2 janvier 2008 à 144 dollars le 3 juillet 2008. Deux raisons à cela :

   •  d'une part, une demande importante, notamment en provenance de pays émergents comme la Chine ;


    •  d'autre part, des capacités disponibles de production réduites par les pays de l'Opep pour maintenir un prix du brut relativement élevé.

Le cours a ensuite connu une chute marquée suite au ralentissement économique et à l'attente d'une baisse significative de la demande. Le prix mensuel moyen est alors passé de 130 à 40 dollars par baril, de juillet à décembre 2008.

A partir de 2009, les producteurs ayant un peu réduit leur production pour maintenir leur niveau de revenus, le baril est progressivement remonté à 80 dollars. 

En 2010, la reprise économique s'est accompagnée de la plus forte croissance de demande de pétrole depuis 2004. Cela a contribué à remettre de la tension sur le marché pétrolier. Cette tension s'est accentuée début 2011, avec les révolutions dans le monde arabe, les marchés craignant alors des répercussions en termes de capacités de production. Dans ce contexte, le prix devrait demeurer durablement au-delà de 100 dollars le baril.

Un pays comme l'Arabie saoudite, qui dépend à 90 % des recettes pétrolières, a par exemple mis en place un programme social ambitieux et coûteux : augmentation des salaires des fonctionnaires, fonds d'aide au logement… Dès lors, le « juste prix du pétrole » estimé par les saoudiens (auparavant à 75 dollars le baril) devait passer à 90 dollars.

Vrai ou Faux ?
La crise libyenne a joué un rôle dans la hausse du prix du brut.
Vrai. La révolte en Libye, membre de l'Opep, a conduit à un arrêt de la production de pétrole. La Libye produisait jusque-là 1,6 million de barils par jour, soit environ 2 % du marché mondial. Ce déficit a pesé dans la hausse des prix du brut à partir de début 2011.
Si des événements dans un seul pays ont pu avoir un impact immédiat dans le monde, c'est parce que le pétrole est un marché global. Contrairement à d'autres énergies, où les difficultés et les coûts de transport cloisonnent les fournitures à des marchés régionaux.


Prix des carburants : quelle évolution dans le futur ?

La demande de pétrole à la hausse en 2010 se confirme en 2011. Elle sera encore soutenue à l'avenir par la croissance démographique et la croissance économique. L'importance grandissante de la Chine dans l'économie mondiale y contribuera.


Par ailleurs, plusieurs facteurs vont maintenir la part des énergies fossiles dans le mix énergétique (aujourd'hui de 80 %) à environ 75 % d'ici 20 ans :


   • le coût des équipements lourds produisant l'énergie et l'électricité risque de freiner le passage à des solutions alternatives,

   • les conséquences négatives de la catastrophe de Fukushima sur le développement du nucléaire,

   • la concurrence de cultures alimentaires dans le développement de la biomasse,

   • un potentiel en hydroélectricité déjà fortement utilisée dans les pays de l'OCDE,

   • un développement du solaire et de l'éolien qui part d'un niveau très bas et qui nécessitera du temps.

 
Différents facteurs pourraient repousser la fin des réserves de pétrole à une centaine d'années, voire plus. 

Pour faire face à ces besoins, il existe aujourd'hui des réserves prouvées de pétrole pour 40 ans, selon la demande, les coûts de production et les techniques actuellement connus. Un plateau devrait être atteint vers 2020-2025.

L'attitude des pays Opep du Moyen-Orient (où se concentrent 70 % des réserves) devrait mener à une évolution « en plateau ». En effet, ils souhaitent pouvoir produire encore pendant 50 ans et plus, et privilégient le prix par rapport à un développement rapide de leurs ressources. Ils chercheront donc à équilibrer demande et production, avec un plafonnement au niveau de 95-100 millions de barils/jour.


Ce type d'évolution s'oppose au pic de Hubbert (du nom du géologue américain qu'il l'a prédit en 1956). Ce concept correspond à un sommet dans la production, avant une chute brutale. Il s'observe au cours de l'évolution d'un réservoir pétrolier, mais pas nécessairement à l'échelle mondiale.


Ce plafonnement devrait par ailleurs amener à une hausse des prix, avec un baril au-dessus de 100 dollars, à partir du moment où la hausse de la production ne suit pas la hausse de la demande. Un niveau qui s'inscrit dans une logique d'énergie chère, mais permet toutefois la poursuite d'une croissance économique. Il incite en outre à des économies d'énergie.


Toutefois, différents facteurs pourraient repousser la fin des réserves à une centaine d'années, voire plus :


   • extractions de pétrole faisant appel à des technologies toujours plus coûteuses (pétrole offshore en très grande profondeur en Afrique, au Brésil et dans le golfe du Mexique ; sables bitumineux au Vénezuela et au Canada, etc.),


   •  amélioration du taux de récupération dans les champs pétrolifères connus, où l'on ne récupère en moyenne que 30 % du pétrole existant actuellement,


   • utilisation de biocarburants, à base de canne à sucre, d'huile de palme ou autres ressources de biomasse en complément du pétrole.

Dans une logique de raréfaction du pétrole, deux autres facteurs peuvent encore mécaniquement repousser l'échéance :


   • la spécialisation de la consommation : le pétrole étant réservé à des usages n'offrant pas d'alternatives simples, comme l'avitaillement des avions,


   • l'amélioration de l'efficacité énergétique des véhicules, qui nécessiteront moins d'essence pour rouler.

Sur le fond, des mécanismes économiques se mettent en place : la hausse des prix incite à des économies d'énergie, donc à moins d'utilisation, donc à un prolongement des réserves.

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