
Réponses et solutions
Des projets pour améliorer les technologies
Le 30/08/2010Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC),
le captage-stockage de CO2 pourrait, d’ici à 2050, permettre de réduire d’un tiers
les émissions de dioxyde de carbone liées à la combustion d’énergie. Mais pour atteindre un tel objectif, il faut relever deux défis majeurs : celui de la technologie et celui de l’économie. En effet, les solutions de captage et de stockage du CO2 (CSC) ne sont pas, pour le moment, parfaitement maîtrisées. Elles nécessitent encore d’importants apports énergétiques, qui engendrent des coûts élevés. Au niveau international, de nombreux projets de recherche et d'installations pilotes travaillent aujourd'hui à l'amélioration des procédés visant l'industrialisation du CSC.
Des défis technologiques et économiques
Selon le GIEC, une centrale électrique équipée d’un système de CSC aurait besoin de
10 à 40 % d’énergie de plus qu’une centrale classique de rendement équivalent.
Cela signifie que le captage
du carbone est, pour le moment, trop gourmand en énergie et donc trop cher.
En effet, le prix de revient du CSC est élevé, un coût que seules les grosses unités de production émettant de grandes quantités de CO2 peuvent assumer.
En septembre 2009, on recensait près de 150 projets existants ou planifiés à travers le monde dans le domaine du CSC. Objectifs : relever les défis technologiques et faire baisser les coûts.
150 projets existants ou planifiés à travers
le monde dans le domaine du CSC.
Projet CASTOR : optimiser la récupération par postcombustion
Initié en 2004, le projet CASTOR réunit 30 partenaires (organismes de R&D, compagnies pétrolières et gazières, producteurs d'énergie et industriels du secteur), originaires de 11 pays européens. Il est coordonné par un organisme de recherche, l'Institut français du pétrole.
Son dispositif pilote, installé au Danemark dans une centrale électrique à charbon, est le premier de ce type et reste le plus grand au monde. Il repose sur la technique de postcombustion (on extrait le CO2 des fumées de combustion à l’aide d’un solvant).
CASTOR a démontré qu’il était possible d’atteindre un taux de récupération du CO2
de 90 %. L’installation est capable de capturer une tonne de dioxyde de carbone par heure, pour un coût estimé à 35 euros par tonne de CO2. Objectifs atteints !
L’équipe du projet s’est également penchée sur la problématique du stockage, en travaillant sur les questions de capacité, de sécurité et d’acceptabilité environnementale. Elle a mené des études théoriques et a notamment progressé sur la manière d’empêcher les fuites de CO2 par les puits, les roches et les failles.
Projet Weyburn : étudier le stockage du CO2 dans un réservoir pétrolier
En 2000, une opération de récupération de pétrole par injection de CO2 a démarré dans le champ pétrolier de Weyburn. En 2001, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en a profité pour lancer un programme de recherche international. Ce projet, baptisé "AIE Weyburn CO2 Monitoring and Storage Project"1, vise à déterminer le degré de sécurité avec lequel le CO2 peut être stocké dans un réservoir pétrolier. Il mobilise une quinzaine d'industriels nord-américains (dont Chevron, Shell Canada et Schlumberger) et 5 agences gouvernementales canadiennes et américaines.2
Le CO2 utilisé provient d’une unité de gazéification de charbon située dans le Dakota du Nord aux États-Unis. Il est acheminé jusqu'à Weyburn par un pipeline transfrontalier de 330 kilomètres conçu spécialement pour ce transport.3
Le programme prévoit d’injecter 1,8 million de tonnes de CO2 par an pendant 15 ans.
Il permettra ainsi de stocker définitivement 20 millions de tonnes de CO2 tout en produisant 130 millions de barils de pétrole de plus qu’avec des méthodes traditionnelles.
L'Union européenne participe au financement du projet de recherche Weyburn. Le Danemark,
la France, l'Italie et le Royaume-Uni collaborent avec les équipes de recherche canadiennes et américaines. L'expérience acquise dans ce domaine sera déterminante pour l'avenir du stockage géologique dans les réservoirs d'hydrocarbures.
Pilote de Lacq : démontrer l’utilisation industrielle de l'oxycombustion
Inauguré en janvier 2010, ce projet, mené par Total sur le site de Lacq en Aquitaine (France),
va permettre de tester une chaîne complète de captage, transport et stockage géologique de CO2 industriel.
Le gaz, émis par l’une des chaudières de l’usine de Lacq, est capté par oxycombustion
(dans la chaudière, on remplace l'air par de l'oxygène pur. On obtient des fumées
moins abondantes et très concentrées en CO2). Il est ensuite acheminé par pipeline jusqu'au site de stockage géologique de Rousse à 27 kilomètres de Lacq, puis injecté à 4 500 mètres
de profondeur dans cet ancien gisement de gaz. Celui-ci fera l'objet d'une surveillance particulière, avec des capteurs répartis à la surface et en fond de puits pour mesurer l'injection, la pression, la température et la concentration de CO2.4
Au cours des deux prochaines années, ce sont environ 120 000 tonnes de dioxyde de carbone qui seront captées et piégées.
Grâce à cette installation, Total espère atteindre trois objectifs principaux :
• améliorer la maîtrise de la filière de l'oxycombustion ;
• réduire significativement les coûts du captage par rapport aux procédés existants
et en améliorer l’efficacité énergétique ;
• maîtriser une chaîne industrielle complète de captage/transport/stockage ;
• développer une méthodologie et des outils de surveillance afin de démontrer à plus large échelle la fiabilité et la pérennité du stockage à long terme du CO2.
en 2 ans équivalent au CO2 rejeté
par 40 000 voitures sur la même période.
Autres projets autour du stockage
Le projet France Nord – soutenu par l'ADEME (Agence française de l'environnement
et de la maîtrise de l'énergie) et coordonné par Total, associé à plusieurs industriels
et organismes de recherche français et européens – permettra d'étudier et de tester,
à une petite échelle, la capacité des aquifères salins profonds du centre-nord
de la France à stocker les émissions industrielles de CO2.
Le projet Sleipner s’intéresse au stockage du CO2 dans les aquifères salins. Depuis 1996,
le pétrolier norvégien Statoil injecte ainsi tous les ans un million de tonnes de CO2 dans un aquifère sous le fond de la Mer du Nord.
Le site gazier d'In Salah, opéré par la compagnie BP en Algérie, permet lui aussi d’étudier le stockage dans un aquifère salin, mais cette fois sur terre : tous les ans, 1,2 million de tonnes de CO2, extraites du gaz naturel puisé sur le site, sont réinjectées dans un aquifère souterrain.
Enfin, le projet européen Recopol (Réduction des émissions de CO2 par stockage dans un bassin houiller en Pologne) étudie le stockage du CO2 dans des veines de charbon de Silésie. Pour réaliser ce projet, un consortium international a été créé, formé par des instituts de recherche, des universités, des compagnies pétrolières et gazières européennes (notamment, Gaz de France, Air Liquide et Gazonor).5
D’autres projets ont été lancés sur les différentes étapes du captage-stockage géologique de CO2, comme le réseau CO2NET, le programme européen Inca-CO2, le projet ENCAP… Et plusieurs installations pilotes devraient être mises en place rapidement, un peu partout en Europe et en Amérique du Nord. Et ce, pour étudier la stabilité des formations géologiques utilisées comme stockage ou pour valider les technologies utilisables.
au réchauffement climatique ?
Les défenseurs du captage-stockage de CO2 répondent à cela qu’il n’existe pas de solution miracle et unique mais que le CSC s’inscrit dans une action
plus générale et fait partie du panel de solutions à mettre en place pour lutter contre le réchauffement climatique.
[1]Source : Petroleum Technology Research Center
[2]Source : Petroleum Technology Research Center
[3]Source : Le Club CO2
[4]Source : Communiqués de presse de l'ADEME et de Total
[5]Source : The RECOPOL project


















