
Autres impacts environnementaux


Apprendre des accidents industriels
Le 19/04/2011
Au cours de la production, de la distribution ou de la consommation d'énergie, des accidents peuvent survenir. Depuis le XIXe siècle, les États et les acteurs de l'industrie ont appris à analyser leurs causes. Pour les prévenir, ils ont mis au point des mesures préventives et élaboré une législation spécifique.


© Cedre
Quels ont été les principaux accidents industriels liés à l'énergie ?
Malgré toutes les précautions destinées à les éviter, des accidents peuvent survenir à toutes les étapes de la filière énergie. Certains, marquants par leur ampleur, ont touché des sites d'extraction minière, de production pétrolière ou électrique :
• dans la mine de charbon de Courrières (France), en 1906, un coup de grisou (explosion d'une poche de gaz souterraine) a fait plus d'un millier de morts ;
• en 1959, le barrage hydroélectrique de Malpasset (France) s'est rompu,
libérant subitement 50 millions de mètres cubes d'eau. Le bilan est de 423 morts
et 155 immeubles détruits ;
les étapes de la filière énergie.
• en 1979, une série de défaillances matérielles et humaines a provoqué la fusion partielle du cœur du réacteur de la centrale nucléaire de Three Mile Island (États-Unis). L’enceinte de confinement ayant pleinement joué son rôle, les conséquences radiologiques immédiates dans l’environnement se sont heureusement révélées minimes1 ;
• survenu en 1986, l'accident nucléaire de Tchernobyl a causé la mort directe ou indirecte de centaines de milliers de personnes en Ukraine, en Biélorussie et en Russie. Cet accident a également conduit à la dispersion dans l'atmosphère de très nombreux éléments radioactifs ;
• en 1988, l'explosion et l'incendie de la plateforme pétrolière Piper Alpha (mer du Nord) ont fait 167 victimes ;
• en 2006, un forage pétrolier à Sidoarjo (Indonésie) a provoqué des rejets massifs
de boue et de gaz, causant le déplacement forcé de milliers de personnes et des dégâts matériels importants (destruction de plusieurs villages) ;
• au Chili, en 2009, une partie d'une centrale géothermique a été propulsée à 60 mètres
de haut pour des raisons encore inconnues. L'accident n'a pas fait de victimes ;
• la production d'électricité d'origine éolienne donne également lieu à des accidents matériels (effondrement d'éoliennes, décrochage ou brisure de leurs pales).
D'autres accidents peuvent survenir pendant le transport ou la distribution de ressources énergétiques ou d'électricité. Ils touchent par exemple les oléoducs, gazoducs, centres de stockage de pétrole ou lignes électriques :
• à Mexico, en 1984, 500 personnes ont été tuées et 7 000 personnes blessées par l'explosion d'une citerne de GPL (gaz de pétrole liquéfié) ;
• en 2004, à Ghislenghien (Belgique), la rupture d'une conduite de gaz, provoquée par un engin de chantier, a causé une explosion faisant 24 morts et 132 blessés ;
• en 2009, la rupture d'un oléoduc à la plaine de la Crau (France) a causé un déversement de 4 000 mètres cubes de pétrole brut dans une réserve naturelle.
Accidents spectaculaires et très médiatisés, les marées noires peuvent survenir pendant l'acheminement de produits pétroliers par voie maritime. Elles sont à l'origine d'une pollution
des eaux marines et des littoraux qui perturbe la faune et la flore. Certaines marées noires
ont eu une ampleur particulière :
• naufrage du Torrey Canyon au large des côtes britanniques en 1967 (120 000 tonnes
de pétrole échappées en mer) ;
• naufrage de l'Amoco Cadiz au large des côtes bretonnes en 1978 (228 000 tonnes
de pétrole) ;
• naufrage du Tanio au large de l'île de Batz (France) en 1980 (11 000 tonnes de pétrole) ;
• naufrage de l'Exxon Valdez au large de l'Alaska en 1989 (180 000 tonnes de pétrole) ;
• naufrage de l'Erika au large des côtes bretonnes en 1999 (10 000 tonnes de pétrole) ;
• naufrage du Prestige au large des côtes espagnoles en 2002 (64 000 tonnes de pétrole) ;
• marée noire due à l'explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon dans le golfe
du Mexique en 2010 (une quantité de pétrole équivalant à 4,9 millions de barils a été déversée dans les eaux du Golfe).
de la présence d'hydrocarbures dans les mers
et sur les plages.
Enfin, la consommation d'énergie peut être perturbée par des accidents (par exemple, courts-circuits électriques provoquant des incendies).
La prévention des accidents industriels : mesures et réglementation
Au fil du temps, les sociétés ont appris à se prémunir contre les accidents industriels liés à l'énergie en analysant les causes des accidents déjà survenus. Celles-ci peuvent être
multiples :
• facteurs naturels (foudre, inondations, séismes, présence de poches de gaz souterraines dans les mines) ;
• défaillances mécaniques (matériel inadapté, panne ou blocage d'un système d'alerte d'urgence, panne électrique) ;
• vétusté des installations ;
• erreurs humaines ou actes de malveillance.
En Europe, à la fin du XIXe siècle, on commence à renforcer la surveillance des installations dédiées à la production d'énergie. On met aussi en place des mesures spécifiques pour éviter les accidents industriels :
• après le coup de grisou de Courrières (France), les lampes à flamme nue ont été interdites dans les mines européennes. On a conçu des lampes à flamme protégée qui réduisent les risques d'inflammation des poches de gaz souterraines lors de l'extraction du charbon ;
• suite à l'accident du barrage de Malpasset (France), les ingénieurs ont mieux compris comment la pression de l'eau peut conduire à la rupture d'un barrage.
En 1976, une fuite de dioxine (composé chimique très toxique) survient dans une usine de Seveso (Italie) et affecte la santé de 37 000 personnes. Cet épisode accélère la prise de conscience européenne face aux risques d'accidents industriels, y compris ceux liés à l'énergie. Une législation plus stricte est alors élaborée. En 1982, la directive Seveso I impose aux États et aux entreprises le signalement et le classement des installations selon leur niveau de risque (en fonction des activités exercées). Cette directive prévoit plusieurs mesures préventives qui s'appliquent notamment aux raffineries et dépôts pétroliers, aux unités de distillation du charbon et de transformation du gaz (fabriquant par exemple du gaz de pétrole liquéfié) :
• réalisation d'une étude de danger pour chaque site industriel ;
• élaboration de plans de secours d'urgence pour chaque installation ;
• maîtrise de l'urbanisation autour des sites industriels ;
• information des populations riveraines ;
• inspections régulières des installations par les autorités publiques.
La directive Seveso I est ensuite révisée et enrichie pour permettre l'harmonisation des législations nationales dans l'UE : renommée directive Seveso II en 1996, elle définit désormais tous les dispositifs européens de prévention des risques industriels. En outre, l’accident nucléaire de Three Mile Island a permis de travailler sur le renforcement de la sûreté des centrales. Au début des années 80, des plans d’urgence ont été mis en place en France. Six ans plus tard, un suivi régulier des modifications et un important programme expérimental (en association avec l’IRSN notamment) sont développés. Aujourd’hui, les conditions d’exploitation continuent d’être améliorées.2 Quant à l’après-Tchernobyl, il est placé sous le signe des programmes de recherche pour la protection des personnes et de l’environnement. Depuis, quatre conventions internationales ont d’ailleurs été signées3 et portent sur :
• la notification rapide d’un éventuel accident nucléaire,
• la sûreté nucléaire,
• l’assistance mutuelle entre les États,
• la gestion des déchets et des combustibles usés.
Le 11 mars 2011, le Japon a connu un fort séisme suivi d'un tsunami. Ces événements géophysiques exceptionnels ont fait de nombreuses victimes et ont entraîné une série d'accidents graves au sein de la centrale nucléaire de Fukushima : une coupure d’alimentation électrique, puis une panne des générateurs de secours. Les circuits de refroidissement se sont arrêtés et les réacteurs ont subi des explosions et des dégradations liées à la chaleur. Des éléments radioactifs ont alors été rejetés dans l’atmosphère et des employés ont été fortement irradiés.
Cet accident a relancé à l’échelle mondiale le débat sur la sécurité des centrales nucléaires. Sont notamment à l’étude le renforcement des actions de contrôle et de maintenance, l’arrêt des réacteurs les plus anciens.
très nombreux : chaque année, on en recense plusieurs dizaines de milliers
dans les pays de l'UE.
Le transport et la distribution d'énergie font aussi l'objet d'une sécurisation renforcée. Ainsi, depuis les années 1970, de nombreuses mesures ont été adoptées au niveau international ou national pour prévenir les marées noires :
• contrôles réguliers, par les autorités de chaque pays, de l'état des navires et de la qualité des formations dispensées aux équipages ;
• modernisation des flottes de tankers encouragée par l'Organisation maritime
internationale (OMI) ;
• interdiction des eaux territoriales aux navires très vétustes (depuis 1990 aux
États-Unis et depuis 2002 dans l'UE) ;
• choix d'itinéraires et de modes de transport limitant les risques d'accidents ;
• réalisation régulière d'audits environnementaux permettant de surveiller l'impact du transport de pétrole sur les milieux naturels ;
• mutualisation des moyens d'intervention des grandes compagnies pétrolières et des autorités publiques dans la lutte contre les marées noires. En France, par exemple, la lutte contre l'accident de l'Amoco Cadiz a débouché sur la création en 1979 du Cedre4 (Centre de documentation, de recherche, et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux). Il s'agit d'une association ayant pour membres des acteurs privés du monde pétrolier, des administrations de l'État et des collectivités locales, ainsi que certains établissements publics de recherche. Pour plus d’informations consultez le site du Cedre ou le site « Comprendre les marées noires ».
Ces mesures ont contribué à réduire le nombre de marées noires et à en diminuer l'importance entre la décennie 1970 et la décennie 2000 : sur cette période, le nombre de grandes marées noires (plus de 700 tonnes de brut déversées en mer) a été divisé par huit.5
Enfin, des mesures particulières sont appliquées pour réduire les risques industriels liés
à la consommation d'énergie. Par exemple, les normes électriques européennes concernant
les installations industrielles minimisent sensiblement les risques de pannes électriques
et donc d'incendies.
[1]Source IRSN,Three Mile Island
[2]Source IRSN, les enseignements tirés
[3]Source IRSN, les leçons de Tchernobyl
[4]Source Le Cedre, les marées noires
[5]Source ITOPF, Handbook 2010















