Romain, 16
ans, et Alissa, 15 ans, ont interviewé pour Planète Energies
deux grands pilotes de sport mécanique. Cette interview croisée
permet de confronter les réponses de Fernando Alonso, 24 ans,
pilote de F1 pour l'écurie Renault, et de Sébastien Loeb,
31 ans, champion du monde des rallyes 2004 chez Citroën. Ces deux
pilotes exceptionnels se confient et conseillent ceux qui, comme
Romain, rêvent de leur ressembler. Démonstration :
Pilote, c’était pour vous un rêve
d’enfant ? Le fruit du hasard et de rencontres ? Racontez-nous pourquoi
vous avez choisi de consacrer votre vie professionnelle à la compétition
automobile.
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S. LOEB : Non,
en fait je n'ai jamais spécialement rêvé de
devenir pilote de rallye. Jusqu'à l'âge de 14
ans, je faisais de la gym à haut niveau et c'est après
que j'ai commencé à m'intéresser aux mobylettes
et puis à tout ce qui avait un moteur. C'était
cela qui me passionnait. Puis, j'ai eu de la chance : deux
personnes m'ont aidé à débuter en rallye
après m’avoir remarqué dans la compétition
rallyes jeunes organisée par la FFSA. De là,
j'ai commencé dans les formules de promotion Citroën
et j'ai gravi les marches une à une jusqu'à devenir
pilote officiel en Championnat du monde des rallyes. |
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F. ALONSO : C’était
un rêve d’enfant, oui. Mais je n’y pensais
pas tellement quand j’étais jeune. Je savais que
la F1 était loin, qu’il était difficile d’y
arriver, qu’il fallait de l’argent et je n’en
avais pas. Donc, je me suis concentré sur mon karting
et sur les courses dans les autres formules. J’ai toujours
couru pour gagner, pour être le numéro un, mais
cela ne conduisait pas automatiquement à la F1. Pendant
longtemps, j’ai pensé devenir mécanicien
de kart ou quelque chose de ce genre. Aujourd’hui, j’ai
la chance de gagner ma vie en faisant ce que j’aime. C’est
génial ! |
A l’école, vous étiez plutôt des élèves dissipés, sages, travailleurs ou rêveurs ? Vous aimiez quoi ? Vous détestiez quoi ?
F. ALONSO : Plutôt sage, tranquille. J’aimais l’histoire,
et ce qui me déplaisait, c’était l’éducation
physique. Mais depuis, j’ai compris à quel point c’est
important, et pas seulement pour mon travail.
S. LOEB : J'étais plutôt rêveur… ma mère
est prof de maths mais ce n'est pas pour ça que j'aimais vraiment
cette matière… Je n'aimais pas passionnément l'école
mais, en tous cas, avec le recul, on se rend compte que c'est important
d'y aller et que c'est utile pour la suite quelle que soit la voie
que l'on choisit pour son métier.
Vous êtes des pilotes jeunes, surdoués.
Pensez-vous être des modèles pour les jeunes et devoir montrer
l’exemple ?
S. LOEB : Je vous remercie mais je ne crois pas être vraiment un exemple…C'est sûr que j'ai la chance de pouvoir faire un métier que j'adore et qui est en même temps ma passion. En tous cas, il est certain qu’un sportif de haut niveau, qui, de plus, représente une marque, se doit de ne pas faire n'importe quoi !
F. ALONSO : Je pense que c’est le cas : beaucoup de jeunes gens
me regardent, m’admirent, m’écrivent, et je tiens à être
un bon exemple pour eux. Je m’implique aux côtés de
l’UNICEF en Espagne et je participe à des activités
sur le thème de la sécurité routière avec Renault,
par exemple. Ce n’est pas une pression supplémentaire pour
moi ; au contraire, cela permet de soutenir des campagnes ou de diffuser
des messages importants. Il s’agit d’utiliser cette célébrité à des
fins positives.
Imaginez : c’est vendredi soir, pas de course demain, vous êtes plutôt flemmard, pantouflard ou fêtard ? Et plutôt boîte de nuit ou soirée cool entre amis ?
F. ALONSO : Pour moi, c’est la soirée cool entre amis – j’adore
les voir - et je n’en ai pas souvent l’occasion, donc ce serait
très certainement ça.
S. LOEB : Ça dépend mais on passe tellement peu de temps chez nous qu'une soirée cool entre amis, c'est sympa ou même alors, une soirée tranquille à la maison avec ma compagne.
Quelles sont les grandes lignes de votre préparation physique ? En quoi la compétition automobile est-elle un sport à part entière ?
S. LOEB : Je cours et je fais un peu de gym. Je fais aussi de la moto, et de l'escalade de temps en temps. Le rallye est un sport, c'est sûr : tenir trois jours de course en dormant parfois peu d'heures avec des températures oscillant entre –30°C en Suède et + 40°C en Turquie, ce n'est pas facile pour l'organisme. Par exemple, dans les rallyes du type Chypre, Turquie ou Grèce, les températures peuvent même atteindre 60°C dans la voiture. On perd beaucoup d'eau et c'est très physique de rester concentré et à l'attaque par cette chaleur pendant parfois 40 km !
F. ALONSO : Le meilleur entraînement, c’est d’être
au volant ! Entre le nombre de courses que nous avons pendant l’été et
les essais privés, nous nous entraînons souvent ! Mais loin
du paddock, les entraîneurs essayent de varier autant que possible.
Il faut s’entraîner pour l’endurance, avec le vélo
ou le footing, puis préparer les muscles vraiment mis à l’épreuve
au volant, notamment le cou et le haut du corps, les bras et les épaules.
Avez-vous des conseils à donner à des
jeunes qui souhaiteraient devenir pilotes de sport mécanique ?
Quelle est la voie royale pour y arriver ?
F. ALONSO : Il n’y a pas de voie royale. Il n’y a que le travail,
l’engagement, le talent, le succès et puis… un coup
de chance. Honnêtement, je pense avoir couru contre de très
bons pilotes en karting qui n’ont jamais progressé, ou qui
n’ont jamais pu progresser. Le talent tout seul ne suffit pas : il
faut surtout le coup de chance qui permet d’arriver au niveau de
la F1. Et on ne peut pas programmer ça.
S. LOEB : Mon parcours est simple : j'ai suivi les formules de promotion Citroën. Ce système de formules monotype est vraiment la filière la plus adaptée pour faire ses armes, acquérir de l'expérience et pouvoir même se faire remarquer… mais il faut savoir quand même que cela coûte un certain prix et que c'est mieux d'avoir des sponsors ou de l'aide.
Cela a marché pour moi et, chez Citroën, les formules de promotion sont vraiment le vivier de détection des jeunes pilotes.
Quelles sont les qualités qui, selon vous, font un bon pilote en compétition automobile ?
S. LOEB : Il faut être rapide ! Ça, c'est sûr ! Mais
je crois aussi que, comme dans tous les sports, il faut savoir gérer
la pression. Il faut aussi une dose de connaissances techniques (ça
on l’apprend aussi au fur et à mesure) et avoir du feeling
avec la voiture. Il faut une bonne vision et apprendre à lire la
'route', c'est-à-dire à retranscrire toutes les caractéristiques
de la route dans le langage qu'on s'est inventé avec son copilote.
F. ALONSO : Tout est question de maîtrise : maîtrise de soi, de l’agression, du rythme en course, maîtrise de tout. Il faut être tenace, il faut ne jamais vouloir perdre. Il faut savoir gérer la pression qui arrive dès que l’on est en Formule 1 : gérer les journées sponsors et les activités promotionnelles, et savoir rester fidèle à son métier et à ses besoins. Au fond, cette question de maîtrise est capitale.
Avez-vous un pilote « modèle » ?
F. ALONSO : Non.
S. LOEB : On m'a souvent posé cette question mais non, je n'en
ai pas. En fait, je suis arrivé au rallye un peu par hasard et pas
parce qu’on en faisait dans ma famille. Alors, du coup, je n'avais
pas vraiment d'idoles. En revanche, j'ai beaucoup apprécié de
travailler avec Carlos Sainz qui est un super pilote et qui a beaucoup
apporté à l'équipe.
On dit toujours que la compétition automobile est un laboratoire de recherche pour la voiture de Monsieur Tout-le-Monde ? Donnez-nous des exemples CONCRETS !
S. LOEB : En fait, c'est par exemple dans les matériaux que l'on utilise en compétition pour la voiture. Ils restent des matériaux chers pendant longtemps mais, au fur et à mesure des années, ils finissent par se démocratiser pour être utilisés en série.
Un autre exemple, c'est notre commande de boîte de vitesses qui se trouve au volant dans la Xsara WRC, un peu comme dans la C3 ou C2 sensodrive.
F. ALONSO : On le dit – mais ce n’est pas très vrai ! En fait, c’est l’un des mythes de la F1, je pense. Il existe des domaines de recherche communs et je sais que l’écurie échange avec la maison mère sur certains domaines techniques, mais c’est surtout du côté humain que l’on voit les bénéfices. Nous avons des ingénieurs de Renault rattachés à l’écurie pour des missions de durée déterminée, qui ramènent ensuite leurs nouvelles compétences au bénéfice de la voiture de Monsieur Tout-le-Monde parce qu’ils travaillent ensuite sur les voitures de série, après avoir appris du monde de la F1. C’est surtout là que nous voyons le résultat de ce ‘laboratoire’.
Quelle est l’importance des carburants et des lubrifiants en course ?
F. ALONSO : Capitale ! Ce sont des ingrédients clés de la
recette, ça va sans dire. Elf et les ingénieurs de F1 collaborent
de très près pour optimiser le rendement des carburants et
des lubrifiants : ils effectuent des recherches pour les rendre plus légers,
plus performants tout le temps. Ce que les gens ne voient pas, c’est
ce niveau d’effort dans les coulisses, le fait que les carburants
soient conçus sur mesure pour une meilleure performance dans notre
moteur. Total est un partenaire clé dans notre réussite.
S. LOEB : Evidemment, ils sont très importants. Au niveau de la
fiabilité des moteurs et des boîtes de vitesses, mais cela
peut aussi permettre de gagner en performance suivant les évolutions
des lubrifiants.
La sécurité, c’est essentiel sur la route, car la compétition automobile est un métier dangereux… mais vous, quel conducteur êtes-vous dans la vie quotidienne ? Respectez-vous les limitations de vitesse ?
S. LOEB : Je respecte les limitations de vitesse, je mets bien sûr toujours ma ceinture et je fais attention. Vous savez, j'ai la chance de pouvoir rouler vite avec mon métier et dans de bonnes conditions de sécurité, alors, le reste du temps, je suis cool au volant.
F. ALONSO : Les limitations de vitesse, je les respecte. Je suis plutôt
prudent comme conducteur sur les routes : la différence entre un
circuit, où l’environnement est contrôlé, et
la route, où tout peut arriver, est significative. Je travaille
beaucoup pour Renault sur des campagnes de sécurité en Espagne
et ailleurs. Je pense que c’est quelque chose de très important
d’en parler aux gens. Etre pilote de course ne m’autorise pas à faire
n’importe quoi sur la route ; je respecte les limitations, comme
Monsieur Tout-le-Monde.
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