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Fernando Alonso
  Loeb / Alonso : interview de 2 champions du monde
  28/10/2005
 

Romain, 16 ans, et Alissa, 15 ans, ont interviewé pour Planète Energies deux grands pilotes de sport mécanique. Cette interview croisée permet de confronter les réponses de Fernando Alonso, 24 ans, pilote de F1 pour l'écurie Renault, et de Sébastien Loeb, 31 ans, champion du monde des rallyes 2004 chez Citroën. Ces deux pilotes exceptionnels se confient et conseillent ceux qui, comme Romain, rêvent de leur ressembler. Démonstration :

Pilote, c’était pour vous un rêve d’enfant ? Le fruit du hasard et de rencontres ? Racontez-nous pourquoi vous avez choisi de consacrer votre vie professionnelle à la compétition automobile.

S. LOEB : Non, en fait je n'ai jamais spécialement rêvé de devenir pilote de rallye. Jusqu'à l'âge de 14 ans, je faisais de la gym à haut niveau et c'est après que j'ai commencé à m'intéresser aux mobylettes et puis à tout ce qui avait un moteur. C'était cela qui me passionnait. Puis, j'ai eu de la chance : deux personnes m'ont aidé à débuter en rallye après m’avoir remarqué dans la compétition rallyes jeunes organisée par la FFSA. De là, j'ai commencé dans les formules de promotion Citroën et j'ai gravi les marches une à une jusqu'à devenir pilote officiel en Championnat du monde des rallyes.

F. ALONSO : C’était un rêve d’enfant, oui. Mais je n’y pensais pas tellement quand j’étais jeune. Je savais que la F1 était loin, qu’il était difficile d’y arriver, qu’il fallait de l’argent et je n’en avais pas. Donc, je me suis concentré sur mon karting et sur les courses dans les autres formules. J’ai toujours couru pour gagner, pour être le numéro un, mais cela ne conduisait pas automatiquement à la F1. Pendant longtemps, j’ai pensé devenir mécanicien de kart ou quelque chose de ce genre. Aujourd’hui, j’ai la chance de gagner ma vie en faisant ce que j’aime. C’est génial !

A l’école, vous étiez plutôt des élèves dissipés, sages, travailleurs ou rêveurs ? Vous aimiez quoi ? Vous détestiez quoi ?

F. ALONSO : Plutôt sage, tranquille. J’aimais l’histoire, et ce qui me déplaisait, c’était l’éducation physique. Mais depuis, j’ai compris à quel point c’est important, et pas seulement pour mon travail.

S. LOEB : J'étais plutôt rêveur… ma mère est prof de maths mais ce n'est pas pour ça que j'aimais vraiment cette matière… Je n'aimais pas passionnément l'école mais, en tous cas, avec le recul, on se rend compte que c'est important d'y aller et que c'est utile pour la suite quelle que soit la voie que l'on choisit pour son métier.

Vous êtes des pilotes jeunes, surdoués. Pensez-vous être des modèles pour les jeunes et devoir montrer l’exemple ?

S. LOEB : Je vous remercie mais je ne crois pas être vraiment un exemple…C'est sûr que j'ai la chance de pouvoir faire un métier que j'adore et qui est en même temps ma passion. En tous cas, il est certain qu’un sportif de haut niveau, qui, de plus, représente une marque, se doit de ne pas faire n'importe quoi !

F. ALONSO : Je pense que c’est le cas : beaucoup de jeunes gens me regardent, m’admirent, m’écrivent, et je tiens à être un bon exemple pour eux. Je m’implique aux côtés de l’UNICEF en Espagne et je participe à des activités sur le thème de la sécurité routière avec Renault, par exemple. Ce n’est pas une pression supplémentaire pour moi ; au contraire, cela permet de soutenir des campagnes ou de diffuser des messages importants. Il s’agit d’utiliser cette célébrité à des fins positives.

Imaginez : c’est vendredi soir, pas de course demain, vous êtes plutôt flemmard, pantouflard ou fêtard ? Et plutôt boîte de nuit ou soirée cool entre amis ?

F. ALONSO : Pour moi, c’est la soirée cool entre amis – j’adore les voir - et je n’en ai pas souvent l’occasion, donc ce serait très certainement ça.

S. LOEB : Ça dépend mais on passe tellement peu de temps chez nous qu'une soirée cool entre amis, c'est sympa ou même alors, une soirée tranquille à la maison avec ma compagne.

Quelles sont les grandes lignes de votre préparation physique ? En quoi la compétition automobile est-elle un sport à part entière ?

S. LOEB : Je cours et je fais un peu de gym. Je fais aussi de la moto, et de l'escalade de temps en temps. Le rallye est un sport, c'est sûr : tenir trois jours de course en dormant parfois peu d'heures avec des températures oscillant entre –30°C en Suède et + 40°C en Turquie, ce n'est pas facile pour l'organisme. Par exemple, dans les rallyes du type Chypre, Turquie ou Grèce, les températures peuvent même atteindre 60°C dans la voiture. On perd beaucoup d'eau et c'est très physique de rester concentré et à l'attaque par cette chaleur pendant parfois 40 km !

F. ALONSO : Le meilleur entraînement, c’est d’être au volant ! Entre le nombre de courses que nous avons pendant l’été et les essais privés, nous nous entraînons souvent ! Mais loin du paddock, les entraîneurs essayent de varier autant que possible. Il faut s’entraîner pour l’endurance, avec le vélo ou le footing, puis préparer les muscles vraiment mis à l’épreuve au volant, notamment le cou et le haut du corps, les bras et les épaules.

Avez-vous des conseils à donner à des jeunes qui souhaiteraient devenir pilotes de sport mécanique ? Quelle est la voie royale pour y arriver ?

F. ALONSO : Il n’y a pas de voie royale. Il n’y a que le travail, l’engagement, le talent, le succès et puis… un coup de chance. Honnêtement, je pense avoir couru contre de très bons pilotes en karting qui n’ont jamais progressé, ou qui n’ont jamais pu progresser. Le talent tout seul ne suffit pas : il faut surtout le coup de chance qui permet d’arriver au niveau de la F1. Et on ne peut pas programmer ça.

S. LOEB : Mon parcours est simple : j'ai suivi les formules de promotion Citroën. Ce système de formules monotype est vraiment la filière la plus adaptée pour faire ses armes, acquérir de l'expérience et pouvoir même se faire remarquer… mais il faut savoir quand même que cela coûte un certain prix et que c'est mieux d'avoir des sponsors ou de l'aide.
Cela a marché pour moi et, chez Citroën, les formules de promotion sont vraiment le vivier de détection des jeunes pilotes.

Quelles sont les qualités qui, selon vous, font un bon pilote en compétition automobile ?

S. LOEB : Il faut être rapide ! Ça, c'est sûr ! Mais je crois aussi que, comme dans tous les sports, il faut savoir gérer la pression. Il faut aussi une dose de connaissances techniques (ça on l’apprend aussi au fur et à mesure) et avoir du feeling avec la voiture. Il faut une bonne vision et apprendre à lire la 'route', c'est-à-dire à retranscrire toutes les caractéristiques de la route dans le langage qu'on s'est inventé avec son copilote.

F. ALONSO : Tout est question de maîtrise : maîtrise de soi, de l’agression, du rythme en course, maîtrise de tout. Il faut être tenace, il faut ne jamais vouloir perdre. Il faut savoir gérer la pression qui arrive dès que l’on est en Formule 1 : gérer les journées sponsors et les activités promotionnelles, et savoir rester fidèle à son métier et à ses besoins. Au fond, cette question de maîtrise est capitale.

Avez-vous un pilote « modèle » ?

F. ALONSO : Non.

S. LOEB : On m'a souvent posé cette question mais non, je n'en ai pas. En fait, je suis arrivé au rallye un peu par hasard et pas parce qu’on en faisait dans ma famille. Alors, du coup, je n'avais pas vraiment d'idoles. En revanche, j'ai beaucoup apprécié de travailler avec Carlos Sainz qui est un super pilote et qui a beaucoup apporté à l'équipe.

On dit toujours que la compétition automobile est un laboratoire de recherche pour la voiture de Monsieur Tout-le-Monde ? Donnez-nous des exemples CONCRETS !

S. LOEB : En fait, c'est par exemple dans les matériaux que l'on utilise en compétition pour la voiture. Ils restent des matériaux chers pendant longtemps mais, au fur et à mesure des années, ils finissent par se démocratiser pour être utilisés en série.
Un autre exemple, c'est notre commande de boîte de vitesses qui se trouve au volant dans la Xsara WRC, un peu comme dans la C3 ou C2 sensodrive.

F. ALONSO : On le dit – mais ce n’est pas très vrai ! En fait, c’est l’un des mythes de la F1, je pense. Il existe des domaines de recherche communs et je sais que l’écurie échange avec la maison mère sur certains domaines techniques, mais c’est surtout du côté humain que l’on voit les bénéfices. Nous avons des ingénieurs de Renault rattachés à l’écurie pour des missions de durée déterminée, qui ramènent ensuite leurs nouvelles compétences au bénéfice de la voiture de Monsieur Tout-le-Monde parce qu’ils travaillent ensuite sur les voitures de série, après avoir appris du monde de la F1. C’est surtout là que nous voyons le résultat de ce ‘laboratoire’.

Quelle est l’importance des carburants et des lubrifiants en course ?

F. ALONSO : Capitale ! Ce sont des ingrédients clés de la recette, ça va sans dire. Elf et les ingénieurs de F1 collaborent de très près pour optimiser le rendement des carburants et des lubrifiants : ils effectuent des recherches pour les rendre plus légers, plus performants tout le temps. Ce que les gens ne voient pas, c’est ce niveau d’effort dans les coulisses, le fait que les carburants soient conçus sur mesure pour une meilleure performance dans notre moteur. Total est un partenaire clé dans notre réussite.

S. LOEB : Evidemment, ils sont très importants. Au niveau de la fiabilité des moteurs et des boîtes de vitesses, mais cela peut aussi permettre de gagner en performance suivant les évolutions des lubrifiants.

La sécurité, c’est essentiel sur la route, car la compétition automobile est un métier dangereux… mais vous, quel conducteur êtes-vous dans la vie quotidienne ? Respectez-vous les limitations de vitesse ?

S. LOEB : Je respecte les limitations de vitesse, je mets bien sûr toujours ma ceinture et je fais attention. Vous savez, j'ai la chance de pouvoir rouler vite avec mon métier et dans de bonnes conditions de sécurité, alors, le reste du temps, je suis cool au volant.

F. ALONSO : Les limitations de vitesse, je les respecte. Je suis plutôt prudent comme conducteur sur les routes : la différence entre un circuit, où l’environnement est contrôlé, et la route, où tout peut arriver, est significative. Je travaille beaucoup pour Renault sur des campagnes de sécurité en Espagne et ailleurs. Je pense que c’est quelque chose de très important d’en parler aux gens. Etre pilote de course ne m’autorise pas à faire n’importe quoi sur la route ; je respecte les limitations, comme Monsieur Tout-le-Monde.

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