Ainsi, croissance et consommation en énergie sont intimement liées. Plus la croissance va de l’avant, plus on consomme d’énergie. Mais les matières premières que l’on utilise pour produire les grandes quantités d’énergie dont nous avons besoin ne sont pas inépuisables. Et l’on ne peut pas non plus augmenter indéfiniment leurs capacités
de production.
La gestion des ressources énergétiques
L’enjeu des prochaines années va être de répondre à un double défi énergétique
:
- le défi à court terme, d’ici à quelques années et au maximum dans trente ans (cela nous concerne directement !) : nous préparer au «pic de Hubbert» du pétrole. L’offre en pétrole va commencer à décroître
alors que la demande sera toujours plus importante.
- le défi à long terme, d’ici à une cinquantaine
d’années ou un peu plus (cela concerne les enfants qui naissent
aujourd’hui et tous ceux qui suivront) : le début de l’épuisement
définitif des énergies fossiles, le pétrole d’abord,
puis le gaz une vingtaine d’années plus tard. A ce moment-là,
il restera encore du charbon pour quelques dizaines d’années.
Il existe plusieurs réponses possibles à ces deux défis qui nécessitent toutes des investissements si importants qu’on est obligé de faire des choix. Les différentes réponses
sont les suivantes :
- Privilégier l’offre d’énergie, en développant toujours plus la production des énergies fossiles, en particulier le pétrole. Cette réponse est basée sur des hypothèses de réserves pétrolières optimistes. C’est la voie choisie par les Etats-Unis, suivant les recommandations en mai 2001 du National Energy Policy Report, plus connu sous le nom de rapport Cheney, du nom du vice-président des Etats-Unis. Parmi les pays industrialisés, ce choix est également celui de l’Australie.
Avantages : les habitants de ces pays peuvent conserver leur mode de vie pendant quelques dizaines d’années supplémentaires. En parallèle, le fonctionnement de la société n’est pas remis en cause. Les tensions sociales sont évitées pour quelque temps.
Inconvénients : les problèmes de pénurie énergétique sont reportés sur la génération suivante, c’est-à-dire ceux qui naissent aujourd’hui (ceux qui ont moins de 20 ans connaîtront tout de même ces problèmes quand ils seront âgés). Les difficultés seront alors d’autant plus épineuses qu’il n’y aura plus la marge de manœuvre que nous avons encore aujourd’hui avec la relative abondance du pétrole et du gaz. D’autre part, les besoins toujours croissants en pétrole pourraient créer de graves
tensions internationales dans les zones de production. Enfin, en émettant toujours plus de CO2, on prend tous les risques écologiques vis-à-vis des conséquences de l’effet de serre.
- Agir prioritairement sur la demande,
en tentant de limiter autant que possible la consommation d’énergie.
C’est la voie recommandée par l’Europe, celle de la
maîtrise de la consommation d’énergie et du protocole
de Kyoto.
Avantages : nous répondrons ainsi de manière plus souple aux problèmes qui s’annoncent. En les anticipant, on en adoucit fortement les effets. On commence également, à hauteur des efforts consentis, à limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Inconvénients : notre manière de vivre sera remise en cause. L’abandon progressif des énergies fossiles ne se fera pas sans des changements profonds de notre société (manière de consommer, de nous déplacer, de travailler…) .
- Développer les énergies alternatives. Cette réponse peut accompagner aussi bien le développement de l’offre en énergies fossiles que les efforts de limitation. Il existe deux grands types d’énergies alternatives : le nucléaire et les énergies renouvelables (hydroélectricité, solaire, éolien, géothermie, biomasse).
Avantages : cela permet de réduire la consommation en énergies fossiles et de retarder leur épuisement. Et les énergies alternatives ne dégagent pas de gaz à effet de serre (ou alors le CO2 est recyclé, comme dans le cas des biocarburants).
Inconvénients : les énergies alternatives ne suffisent pas, dans l’état de nos connaissances actuelles, à remplacer les volumes d’énergies fossiles que nous consommons aujourd’hui.
- Pousser la recherche des énergies du futur. Actuellement, il s’agit surtout des réacteurs nucléaires de fission, dits surgénérateurs, et de la fusion nucléaire.
Avantages : si l’on parvient à les maîtriser, ces énergies seront quasiment inépuisables. Elles ne dégagent pas de gaz à effet de serre.
Inconvénients : les techniques utilisées sont très difficiles à maîtriser, surtout dans le cas de la fusion. On ne sait pas encore si on y parviendra. Les éventuelles applications industrielles (centrales à fusion ou surgénérateurs opérationnels) n’existeront pas avant au moins 50 ans. Il est donc impossible aujourd’hui de compter dessus pour résoudre les problèmes de manque de pétrole qui nous attendent. Enfin, la recherche coûte très cher : le réacteur de fusion expérimental ITER coûtera près de 10 milliards d’euros pour sa construction et pour son fonctionnement pendant 20 ans.
L’enjeu énergétique pour l’humanité n’est donc pas le choix de tel ou tel type d’énergie, mais celui de la maîtrise de la consommation. A court terme, cela permettrait d’économiser nos réserves en énergies fossiles. Et nous pourrions mieux préparer l’épuisement, vers la fin du siècle, d’une partie des énergies fossiles (le pétrole et le gaz). Dans tous les cas cités plus haut, qu’on consomme plus ou moins de pétrole, qu’on fasse appel à l’éolien et au solaire plutôt qu’au nucléaire ou inversement, il faut nous préparer à des changements dans notre manière de vivre, dans le sens d’une plus grande économie de l’énergie que nous consommons directement (déplacements motorisés, chauffage, électricité…) ou indirectement (eau potable, produits de consommation courante, transports routiers internationaux…). Et plus tôt on le fera, mieux ça se passera. Pour l’instant, malgré le protocole de Kyoto, on n’en prend pas vraiment le chemin ! Le tableau qui suit présente les prévisions mondiales dans le domaine de l’énergie du rapport WETO (World Energy, Technology and Climate Policy Outlook) établi par la Commission européenne en 2003. |
| |
1990 |
2010 |
2030 |
| Population, milliards d’habitants |
5,2 |
6,9 |
8,2 |
| Consommation d’énergie, tep/hbt |
1,7 |
1,8 |
2,1 |
| Consommation d’électricité, kWh/hbt |
1,8 |
2,4 |
3,7 |
| Part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie |
13 % |
11 % |
8 % |
| Emissions de CO2, tonnes/hbt |
4 |
4,3 |
5,5 |
| Production d’énergie, millions de tep |
|
| Charbon et lignite |
1 901 |
2 931 |
4 757 |
| Pétrole |
3 258 |
4 250 |
5 878 |
| Gaz naturel |
1 754 |
2 860 |
4 340 |
| Nucléaire |
509 |
799 |
872 |
| Hydroélectricité et géothermie |
193 |
290 |
392 |
| Bois et déchets |
904 |
949 |
900 |
| Eolien, solaire et petite hydroélectricité |
11 |
30 |
73 |
N.B. hbt = habitant, tep = tonne équivalent pétrole , kWh = kilowatt/heure |