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La géopolitique du pétrole et des énergies

La géopolitique étudie les relations entre la géographie et la politique des Etats. Elle s’applique aussi aux matières premières énergétiques. Et tout particulièrement au pétrole, qui est devenu au XXe siècle une matière première stratégique. Stratégique, parce qu’importante pour le fonctionnement de l’économie et de la société mais aussi, parce qu’il y a des risques quant à son approvisionnement.

Jusqu’à aujourd’hui, le pétrole est resté abondant et relativement bon marché. Nous n’avons pas connu de pénurie, sauf en temps de guerre comme pendant la Première Guerre mondiale, quand les Allemands coulaient les navires américains qui approvisionnaient en pétrole les alliés de la Triple Entente (Angleterre, France, Russie). La pénurie de pétrole la plus récente date de 1974. En octobre 1973, éclate la guerre entre Israël et les pays arabes (guerre du Kippour également appelée guerre du Ramadan dans le monde arabe). Le 17 octobre, les pays arabes producteurs de pétrole décident d’un embargo pétrolier contre les soutiens d’Israël (Etats-Unis, Portugal, Pays-Bas, Afrique du Sud et Rhodésie). Cet embargo sera levé en juillet 1974, après avoir échoué. En effet, les grandes compagnies pétrolières, maîtresses des flux d’approvisionnement mondiaux en pétrole, avaient réparti la pénurie entre tous les pays industrialisés, ceux visés par l’embargo comme les autres.

Pendant les 30 dernières années, les pays développés se sont habitués à cette situation d’abondance. Le pétrole et le gaz bon marché ont rendu toutes les énergies alternatives comparativement chères. Par ailleurs, la dépendance des pays consommateurs envers les producteurs d’hydrocarbures a augmenté. Le modèle de développement économique unique, celui de la société de consommation, a tendance à se généraliser, même dans le dernier grand pays à système politique communiste qu’est la Chine. Il a pour conséquence la mondialisation : les pays émergents et les pays en voie de développement sont eux aussi dépendants du pétrole des pays producteurs.

Les défis du futur

Ainsi aujourd’hui, alors que le pic de Hubbert approche, l’ensemble du monde sera affecté par la diminution de l’offre qui va se produire. Et une pénurie pourrait aussi avoir lieu si une crise grave secouait un producteur majeur en amenant une chute brutale de sa production. Face à ce double défi, deux politiques peuvent être menées par les pays disposant des moyens financiers pour agir :
  • réduire leur dépendance envers le pétrole en développant les énergies alternatives (charbon, nucléaire, énergies renouvelables) et surtout en réalisant d’importantes économies d’énergie ;
  • et/ou sécuriser leurs approvisionnements.

  • Les pays en voie de développement, de leur côté, disposent de « gisements » d’énergies nouvelles importants (solaire, éolien, géothermie, hydroélectricité…) pour la production d’électricité. Mais ils ont besoin de l’aide des pays riches :
  • d’une part pour acheter et utiliser ces technologies qui coûtent cher à l’investissement ;
  • également pour acheter le matériel et les appareils permettant d’utiliser cette électricité (à quoi sert l’électricité si on n’a rien pour s’en servir ?) ;
  • d’autre part pour former du personnel compétent dans ces domaines techniques, pour assurer par exemple la distribution et la maintenance de tous ces types de matériels.

  • Une analyse de la géopolitique des hydrocarbures permet de dégager deux grands ensembles  :
  • Le Moyen-Orient, très riche en pétrole et en gaz, se trouve loin des consommateurs européens et encore plus loin des Etats-Unis et du Japon. Il est caractérisé par une grande diversité de pays, de peuples, de religions et de régimes. Il a connu une histoire complexe depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. C’est une zone où les risques de conflits demeurent nombreux mais qui possède aussi, heureusement, des facteurs de stabilité comme l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole). Cette organisation de producteurs comprend de nombreux pays du Moyen-Orient et joue un rôle important dans la bonne gestion de la production pétrolière mondiale et, surtout, dans la stabilisation des prix.
  • L’autre grande zone riche en hydrocarbures - la Russie et les deux pays riverains de la mer Caspienne orientale, le Kazakhstan et le Turkménistan peut alimenter naturellement à l’ouest l’Europe et à l’est le Japon, la Corée du Sud et la Chine. Mais l’approvisionnement restera dépendant de la volonté de la Russie, qui peut choisir, en cas de déficit de production par rapport à la demande, de privilégier l’approvisionnement de l’Europe ou, au contraire, celui de l’Extrême-Orient. Certains tentent de s’affranchir de ce contrôle : par exemple, pour contourner le réseau russe, BP et ses associés ont construit un oléoduc reliant Bakou en Azerbaïdjan au port turc de Ceyhan. Une partie du pétrole kazakh devrait aussi emprunter cet oléoduc, échappant ainsi au contrôle russe.
  • On trouve du pétrole et du gaz ailleurs que dans ces deux grandes zones, mais ces régions possèdent moins de réserves. L’Amérique du Sud, et en particulier le Venezuela, exportent leur brut plutôt vers l’Amérique du Nord, en raison de leur proximité géographique et des gros besoins des Etats-Unis ! La géopolitique des autres sources d’énergie pose moins de problèmes. Le charbon est beaucoup mieux réparti dans le monde, et les grands consommateurs sont en général aussi de gros producteurs. Quant à l’uranium, l’essentiel des réserves sont détenues par des pays riches (Australie, Canada, Etats-Unis). Et surtout, pour ces deux ressources, le pic de Hubbert est beaucoup plus éloigné dans le temps que pour le pétrole et le gaz. L’accès aux ressources en charbon et en uranium ne devrait pas faire l’objet de tensions internationales avant longtemps.

    Les barrages hydroélectriques placés sur des grands fleuves traversant plusieurs pays peuvent créer des tensions. Ainsi, la Syrie et l’Iraq protestent contre les projets turcs en cours : la construction de 22 barrages sur le Tigre et l’Euphrate. Les conséquences étant une réduction du débit de ces deux fleuves en aval des barrages, cela diminuerait les disponibilités en eau pour les agriculteurs et provoquerait des atteintes à l’équilibre écologique des fleuves et leurs rives. Sans compter des risques de rupture d’un barrage dans un pays à forte séismicité comme la Turquie, qui menacent tous les habitants en aval. En revanche, ces barrages permettraient de régulariser le cours des deux fleuves ce qui sera favorable aux paysans.
    Le pic de Hubbert 
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